Synopsis

Seattle début des années 1970, à la Seattle Space Needle le sénateur démocrate Carroll promis à un grand avenir national est assassiné lors d’une conférence de presse par un serveur, alors qu’un second serveur avait lui aussi sorti une arme sans en faire usage. Une commission d’enquête conclut que le crime est celui d’un seul homme. 3 ans plus tard la journaliste Lee Carter vient voir Jo Frady journaliste lui aussi et son ex compagnon. Elle lui fait part de son sentiment d’être la prochaine cible de tueurs. Sur les photos de l’assassinat de sénateur Carroll elle désigne 6 personnes déjà mortes. Certes les circonstances de ces morts semblent accidentelles ou naturelles mais elles n’en sont pas moins curieuses. Et effectivement Jo retrouve quelques jours plus tard le corps sans vie de Lee à la morgue…

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CRITIQUE

Deuxième film après « Klute » (1971) sur la paranoïa.

Celui-ci est encore plus abstrait que le premier. Abstrait par son traitement qui commence comme un thriller, et qui bascule en milieu de film en un objet où l’on se pose encore plus de questions que l’on obtient de réponses.
Je pense que pour pour bien appréhender le film il faut le voir au moins deux fois. A la première vision on se fait surprendre par cette première partie enlevée avec bagarres, course poursuite, explosion de bateau qui nous mène par le bout du nez vers un film commercial d’action, puis qui bascule sans prévenir dans l’étrange, le suspicieux permanent, et l’énigmatique.

Dans sa seconde partie le film joue énormément sur l’architecture en contraste avec l’homme qui devient petit, écrasé, quasi insignifiant. Le film devient une sorte d’abstraction.

Si bien que le spectateur dans un certain confort se trouve subitement confronté à des images qu’il ne sait plus lire.

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Le héros disparaît dans les images tournées en plan large et dans l’obscurité, il devient le jouet d’une entreprise du crime ayant pignon sur rue. Il pense qu’il va mettre en échec l’entreprise, mais à peine a-t-il mis les pieds dedans qu’il est manipulé.

Le spectateur qui avait misé sur le journaliste pour trouver la vérité le perd de plus en plus à partir de la deuxième moitié du film. Son destin final ne le surprend même plus, mais le laisse dans l’expectative face à une vérité qui se dérobe.

Hollywood remâche les assassinats des deux frères Kennedy. Il le fera pendant au moins cinquante ans. Avec pour points culminants le film « JFK » (1991) d’Oliver Stone puis « Bobby » (2006) de Emilio Estevez. Les deux prenant les sujets frontalement. Mais beaucoup de ces films en parleront par métaphore. Ou par faits similaires. Ou encore comme fond historique à un scénario.

Le film s’inspire de trois assassinats dans sa mise en scène.
Le premier assassinat est un condensé des assassinats des deux frères. Tout d’abord l’arrivée du sénateur au pied de la Space Needle qui fait penser au trajet de la limousine de JFK à Dallas.
Dans la tour de la Seattle Space Needle, cela rappelle l’assassinat de son frère Robert Kennedy en juin 1968.
Enfin à la fin du film c’est à celui-de Lee Harvey Oswald que le film fait référence de façon plus graphique.

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Mais le film parle surtout du complot.
Complot rejeté par la commission Warren à propos de l’assassinat de JFK. Commission très décriée, car son rapport l’oblige à étayer des faits contradictoires comme trois tirs venant d’une seule arme (celle attribuée à Lee Harvey Oswald) qu’il faut réarmer après chaque tir ce qui implique une nouvelle visée en moins de 6 secondes sur une cible mouvante (les meilleurs tireurs d’élite s’y sont cassés les dents). Et aussi « la théorie de la balle unique » rebaptisée ironiquement « balle magique ».

Alan J. Pakula filme ces commissions comme d’obscurs comités Théodule dont les membres sont désincarnés. Filmés dans une quasi obscurité d’où ne jaillira point la lumière.
Seul le président de la commission s’exprime alors que tous ont des micros.

La première commission est filmée en travelling avant et ses conclusions rejettent les faits vus par le spectateur (à savoir qu’il y a bien au moins deux personnes impliquées dans le meurtre) et le film s’achève sur une commission similaire, aux conclusions tout aussi fumeuses, mais cette fois filmée en travelling arrière. Image qui clôt le film.

On ne peut pas dire que le film soit optimiste sur les rapports entre politique et vérité.

Warren Beatty est le beau gosse idéal pour jouer ce personnage au final assez banal. Pas plus malin qu’un autre. Il est d’ailleurs meilleur dans la seconde moitié du film que dans la première, où paradoxalement les scènes ne le valorisent pas.
A noter qu’il joue le rôle d’un journaliste. Pour le cinéma « politique » ou à tendance paranoïaque, le journaliste devient le héros de ces films. Il représente le nouveau chevalier en quête de vérité, et qui rejette les compromissions.
Depuis les assassinats de Kennedy, puis de l’affaire Nixon, les politiques sont discrédités et les services secrets et les policiers rongés par la corruption.
Sidney Lumet basera sa filmographie sur  les dysfonctionnement de la police et de la justice.

Très bonne musique de Michael Small qui instille le sentiment d’instabilité, de dérèglement.

 

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LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

L’explosion du bateau à bord duquel le conseiller du défunt sénateur a invité Jo Frady. Le réalisateur s’attarde de façon énigmatique sur le pilote du bateau. Est-ce le poseur de la bombe? Un complice de l’attentat? Ou un innocent sur lequel le réalisateur insiste. Une énigme supplémentaire de ce film qui en est truffé.

L’ANECDOTE

En 1976 Alan J. Pakula tourne « Les hommes du président » « All the president’s men« ) après le pessimiste « A cause d’un assassinat« , le réalisateur trouve dans l’affaire du Watergate qui fit tomber le Président Richard Nixon, une façon d’exorciser le message de son film précédent. La vérité éclate par l’acharnement de deux obscurs journalistes du Washington Post.

NOTE : 17/20

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