Synopsis

Arthur Vlaminck frais diplômé se prépare à un rendez-vous d’embauche. Marina sa fiancée l’aide à choisir chemise et cravate. Il se rend au quai d’Orsay au ministère des affaires étrangères où il a rendez-vous avec Alexandre Taillard de Worms le ministre. Quand celui-ci surgit comme un boulet de canon dans la pièce où on l’a mis en attente. Le ministre lui dépeint la situation internationale : Les néo-cons(ervateurs) au pouvoir aux Etats-Unis veulent faire une guerre préventive contre le Louzdémistan. Pour la France il n’en est pas question. De Worms a besoin de lui pour mettre au point le discours qu’il fera à l’ONU contre cette guerre. Il l’emploie comme « chargé de langage ». Suite à cet entretien premier défi : trouver un bureau…

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CRITIQUE

Le film retrace ce qui sera le sommet de la carrière internationale de Dominique de Villepin (Alexandre Taillard de Worms dans le film), alors qu’il est ministre des affaires étrangères du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin sous la présidence de Jacques Chirac. Ce sommet est le discours qu’il prononce à l’ONU contre l’intervention armée des Etats-Unis et de la Grande Bretagne en Irak à titre préventif. Discours applaudi par l’auditoire. Fait rarissime.

Adaptation d’une bande dessinée par les auteurs eux-mêmes et par le réalisateur du film qui a ajouté sa sensibilité. La bande dessinée très originale s’inspirait de l’expérience d’un des auteurs (Abel Lanzac). Bertrand Tavernier grâce à sa mise en scène inventive et un montage judicieux qui fait surgir son ministre dans l’image parvient à conserver l’esprit de la bande dessinée et son rythme infernal.
Il nous fait parfaitement ressentir ce chaos permanent qui règne dans le ministère où les événements et les crises se bousculent. Sans parler des rivalités internes.
Et surtout les exigences d’un ministre fluctuant, parlant par concept et généralités, aux velléité littéraires bien étranges pour qui le concret est péjoratif. Le travail de ses collaborateurs est « de la tambouille, de la mélasse ou de la vaseline ». Seuls « Les fragments » d’Héraclite trouvent grâce à ses yeux.

Mais le film comme la bande dessinée n’est pas un film à charge contre Dominique de Villepin. Malgré son caractère insaisissable, son mépris pour ses collègues du gouvernement, ses demandes énigmatiques à ses collaborateurs qu’il rudoie volontiers, c’est un homme qui a su dire non à une guerre illégitime et l’histoire lui donnera raison, la guerre s’avérant un fiasco politique en dépit d’une victoire militaire.
C’est aussi un homme qui malgré ses défauts reste attachant.

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Et c’est là que Thierry Lhermitte fait montre de toute sa technique. Dynamique, inventif l’acteur compose peut-être à ce jour son meilleur rôle.  Il offre à son personnage un tonus et une gestuelle extravagante. Un vrai moulin à vent!

Niels Arestrup interprète quant à lui un directeur de cabinet extraordinaire qui gère les humeurs du ministre, abat un travail colossal jusque tard dans la nuit, et remet régulièrement le cabinet en ordre de marche alors que le chaos règne . Il a été justement récompensé par un César
J’ai lu de droite et de gauche que Bertrand Tavernier se lançait dans la comédie, c’est oublier un peu vite que dans la plupart de ses films de grands moments de comédies jalonnent sa filmographie. « Que la fête commence« , « Coup de torchon » (1981), « La vie et rien d’autre » (1988), « La fille de d’Artagnan » (1994)…

Tous les seconds rôles sont valorisés et j’ai personnellement une pensée pour François Perrot qui campe de façon admirable le père du ministre et duquel découlera un des thèmes du discours à l’ONU. Chez Bertrand Tavernier il a toujours été grandiose dans « Coup de torchon » et « La vie et rien d’autre » ses apparitions sont fabuleuses. Il se fait trop rare de nos jours. Je crains qu’à son âge (90 ans) ce ne soit une de ses dernières apparitions.

Mais le film de Bertrand Tavernier est aussi un hommage au travail des fonctionnaires dans les ministères qui font face à une inertie certaine due à plusieurs facteurs. Une technocratie française qui se heurte à une technocratie européenne, et des ego rivaux au sein des ministères qui se font barrage les uns les autres.

La musique de Philippe Sarde ressemble à mon goût un peu trop à celle de « L.627 » (1992). Même s’il semble que c’était une demande de Bertrand Tavernier. Cependant elle fait le job, d’accompagner le film sans heurts.

 

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LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

Première apparition du ministre précédée par des claquements de d’abord lointain et étouffés qui se rapprochent et s’achèvent par un « Bonjour camarade! » jovial assez inattendu. Le ton du film est donné en 5 secondes!

L’ANECDOTE

Bertrand Tavernier a bénéficié de deux privilèges : le premier est de pouvoir filmer au sein même du ministère, le second au sein même de l’ONU.

NOTE : 13/20

Video & Photo

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