LUTRING… RÉVEILLE-TOI ET MEURS! (1966)

FILM DE : Carlo Lizzani
TITRE ORIGINAL : Svegliati e uccidi
PAYS : ITALIE, FRANCE
GENRE : Policier
AVEC : Robert Hoffman, Lisa Gastoni, Gian Maria Volonté, Claudio Camaso, Renato Niccolai, Ottavio Fanfani, Puppo De Luca, Corrado Olmi…
SCÉNARIO : Ugo Pirro, Carlo Lizzani
MUSIQUE : Ennio Morricone

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SYNOPSIS

Milan années 1960, Luciano Lutring un jeune homme fils d’un crémier assiste à une fusillade dans son quartier pauvre de la ville. Il apparaît comme hypnotisé, fasciné par la violence étalée devant ses yeux. Il quitte ses deux amis et commence par voler une voiture.
Un soir à San Remo dans une boîte de nuit il rencontre Candida (au nom de scène Yvonne) une chanteuse et entraîneuse. Il est séduit par elle. Mais celle-ci est fiancée a un dénommé Franco, jeune homme violent et proche de la pègre.
Luciano Lutring profitant de la foule due au carnaval se saisit d’une hache et casse la vitrine d’un joaillier d’une rue désertée pour dérober quelques bijoux et se payer avec celle qui est devenue sa femme une virée en Suisse…

CRITIQUE

Tout d’abord nous regretterons le contre sens du titre du film en français. Puisque la traduction littérale est la suivante « Réveille-toi et tue! ».
Et cela explique mieux la tournure du film.

Ce film poliziesco (policier) qui annonce son sous-genre : le poliziottesco. C’est à dire des films policiers basés avant tout sur l’action et la brutalité. Celle-ci provenant de malfaiteurs ou de policiers. Le tout dans une Italie rongée par diverses violences (mafieuse, d’Etat, politique ou du banditisme) que l’on appelle « années de plomb ».

Carlo Lizzani (1922-2013) illustre dans son film une histoire vraie d’un petit criminel pris dans une spirale de petits méfaits. Méfaits auxquels la police et les journalistes ajoutent de gros braquages de banque dus à une pègre milanaise très organisée et heureuse d’avoir ce paravent qui les cache.

Surnommé « Il solista del mitra » (le soliste de la mitraillette) alors qu’il n’apprend à s’en servir que bien tard. Sans jamais au final en utiliser une lors de ses méfaits. Luciano Lutring devient l’ennemi public numéro 1 en Italie puis en France.
Toujours entre deux valises, deux braquages de bijouterie et entre deux cavales exténuantes pour lui et sa femme. Yvonne, elle, ne rêve que d’une chose : que cette spirale de violence de plus en plus incontrôlable cesse avant qu’il ne soit trop tard.

Le scénario de Ugo Pirro se base sur les faits racontés par Lutring après son arrestation et qui revendra ses mémoires.
On y voit avant tout un couple amoureux mais pris par un engrenage de rapines et de fuites.
Les relations de Lutring avec la pègre apparaissent en ellipse. Et parfois le spectateur manque d’informations sur la façon dont il contacte certains de ses acolytes.
Ce qui est parfaitement mis en exergue c’est l’amour que porte Yvonne à son Luciano et qui est prête à tout pour lui sauver la vie.

La caméra de Carlo Lizzani est souvent virtuose. Notamment lors des scènes d’action (braquages, poursuites en voiture ou à pied dans les rues des villes). L’ultime plan est en cela remarquable.

Belle photographie signée Armando Nannuzzi qui n’est pas né de la dernière pluie. Il a déjà fait de magnifiques éclairages sur des films comme « Le bel Antonio » (1960) « Mafioso » (1962) ou « Il Boom » (1963).

Robert Hoffman (acteur autrichien qui n’a pas laissé de souvenirs mémorables si ce n’est d’avoir débuté sa carrière au cinéma dans « Angélique, Marquise des anges » (1964) de Bernard Borderie en tant que chevalier de Lorraine). Cependant il s’en sort avec les honneurs.

Mais c’est Lisa Gastoni qui se taille la part du lion.
Elle donne à Yvonne toute sa dimension dramatique d’une femme tiraillée par un amour profond pour son mari. Devenu l’homme à abattre pour la presse et les flics, elle fait le nécessaire pour le maintenir en vie.

Même l’excellent Gian Maria Volonté volontairement vêtu de gris avec de grosses lunettes et chapeau mou s’efface dans un rôle terne (mais voulu ainsi) devant la flamboyante actrice.

Elle sera d’ailleurs primée par un Nastro d’argento de la meilleure actrice et d’un Globo d’oro de la presse étrangère.

Quant à la distribution des rôles pour la partie française, elle laisse à désirer. Ce sont tous des italiens et c’est un petit peu flagrant.

Enfin Ennio Morricone en pleine ascension dans le monde du cinéma, signe une colonne sonora (bande originale) efficace avec dans certains morceaux des tirs de mitraillettes mis en musique.
Ce même morceau donnera la base 3 ans plus tard au « thème de Le Goff » dans « Le clan des siciliens » (1969) de Henri Verneuil, où un flic (Lino Ventura poursuit dans Paris un gangster en cavale (Alain Delon), à l’image de Gian Maria Volonté poursuit aussi dans Paris, Robert Hoffman.


Il offre de plus à Lisa Gastoni une magnifique chanson d’amour « Una stanza vuota » (une chambre vide). Avec deux versions de paroles différentes.

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LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

L’attaque de la banque menée par une bande de la pègre milanaise. Carlo Lizzani utilise une spectaculaire plongée sur la rue lors de l’arrivée des deux voitures, et lors du départ une fois le braquage commis.

NOTE : 13/20

L’ANECDOTE

En 1975 José Giovanni (1923-2014) tourne « Le gitan » avec Alain Delon et Paul Meurisse. Film lui aussi inspiré (d’assez loin) de la vie de Luciano Lutring.

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