ANNÉE DU DRAGON (L’)
- Ariane, Caroline Kava, Eddie Jones, Joey Chin, John Lone, Leonard Termo, Mickey Rourke, Raymond J. Barry, Victor Wong
- Michael Cimino
- Policier
- 1985
- Year of the dragon
- USA
- Michael Cimino, Oliver Stone
- David Mansfield
Synopsis
Chinatown, New York milieu des années 1980, le capitaine Stanley White est nommé à la tête de la police à Chinatown. Au même moment Joey Taï jeune chinois ambitieux prend le pouvoir sur le quartier par la violence contre la mafia italienne et contre ses propres parrains. Stanley White, le jour de sa nomination s’introduit dans le bureau de Joey Taï où une réunion des chefs de la triade a lieu. Il leur déclare la guerre ouvertement. Ses supérieurs qui avaient fait des arrangements avec la mafia chinoise voient d’un très mauvais œil l’acharnement de White à vouloir « américaniser » les chinois par la force. Mais un massacre dans un restaurant change la donne et des moyens illimités sont donnés à White pour faire le ménage dans Chinatown…
CRITIQUE
Après le cinglant échec de son précédent film, le western ambitieux, mégalo et incompris « Les portes du paradis » (« Heaven’s gate« ) (1980), Michael Cimino se retrouve au trente sixième dessous sur le plan professionnel.
Il est accusé d’avoir sali l’image de l’Amérique avec son film et d’avoir coulé le studio United Artist.
Dino de Laurentiis le sort du purgatoire plus de 4 ans après pour une adaptation d’un roman de Robert Daley.
Michael Cimino fait appel à Oliver Stone. Ce dernier a besoin d’un succès en tant que scénariste pour éblouir Dino de Laurentiis, afin qu’il produise son propre film « Platoon« .
Oliver Stone et Michael Cimino adaptent donc le roman homonyme de Robert Daley. Michael Cimino n’aime pas du tout le roman de Daley mais il n’a pas le choix s’il veut pouvoir envisager un futur à Hollywood.
Le scénario est superbe et rappelle à sans cesse « Voyage au bout de l’enfer » (« The deer hunter« ) (1978). Le personnage de Stanley White pourrait être le prolongement de celui de Michael (Robert De Niro) dans « Voyage au bout de l’enfer » D’ailleurs le personnage incarné par Mickey Rourke porte le treillis et mène une guerre qu’il veut gagner seul et contre sa hiérarchie.
Nous avons ici une parabole sur la guerre du Vietnam « perdue par la faute à la hiérarchie de Washington et aux médias ».
Cette histoire de deux jeunes loups (l’un flic, l’autre mafieux) arrogants et antagonistes qui se font détester de leur entourage mais dont l’un devra céder face à l’autre, nous tient en haleine pendant un peu plus de deux heures.
Chacun possède son « american way of life », son rêve américain.
Stanley White veut que les communautés s’intégrent à l’Amérique et se soumettent à la loi pour que l’Amérique soit une vraie nation.
Joey Tai veut faire prospérer ses trafics illicites par tous les moyens surtout criminels et violents pour asseoir fortune et pouvoir sur Chinatown.
Ce sont deux visions de l’Amérique qui s’affrontent.
L’une qui depuis la guerre du Vietnam se sent dépossédée de ses valeurs et de ses territoires moraux mais aussi qui voit Chinatown échapper aux lois communes avec la complaisance de vieux flics, qui achètent la paix en cédant le quartier à la mainmise des triades.
L’autre ultra capitaliste qui veut par la vente de la drogue et la corruption posséder entièrement Chinatown et à partir de là, conquérir l’Amérique.
Le premier veut ramener dans le giron de l’Amérique et de ses lois Chinatown, le second veut faire de Chinatown une base de conquête du marché américain.
Les deux dans leur lutte s’opposent à la génération ancienne qui les entrave.
Entre les deux, la journaliste d’origine chinoise Tracy Tzu dénonce la violence de la triade de Joey Tai. Elle se refuse aussi à Stanley White : elle a compris, comme son ex-femme avant elle, la violence et l’imprévisibilité de l’homme.
Aux Etats-Unis les critiques qui ont largement confondu personnages et auteurs ont taxé le film de racisme anti-chinois.
C’est une erreur!
Certes le personnage de White est raciste, mais son message n’est pas approuvé par le réalisateur. Stanley White (polonais qui s’est américanisé en changeant son nom et en s’engageant dans la guerre du Vietnam) est en quête perpétuelle d’une Amérique rêvée, fantasmée.
Impossible à atteindre.
Il incarne un flic qui ne cherche pas la justice, mais sa justice. Il sème le chaos en bousculant ses supérieurs et un équilibre des forces dans Chinatown par la corruption. Ce qui rappelle les grands films sur la justice de Sidney Lumet, et sa thématique sur la « corruption acceptable » développée dans « Le prince de New York » (« Prince of the city« ) (1981) et « Dans l’ombre de Manhattan« (« Night falls on Manhattan« ) (1996). Là où les institutions approuvent « les petits arrangements » entre la police et les chefs de triades de Chinatown, Stanley White se pare de l’habit blanc (le nom de White n’est pas anodin) de l’incorruptible et sème le désordre à vouloir rétablir la loi pure et immaculée inscrite dans les Codes juridiques.

Stanley White y perdra beaucoup. Comme le capitaine Achab poursuivant Moby Dick. Le vétéran du Vietnam Stanley White poursuit sur le sol de Manhattan une guerre perdue 10 ans auparavant, quitte à confondre la communauté chinoise avec le Vietcong.
Chinatown pour Stanley White c’est le territoire indien hostile que traverse Ethan Edwards (John Wayne) à la recherche de la petite Debbie dans le western « La prisonnière du désert » (« The searchers« ) (1956) de John Ford. C’est se diriger vers ce que les colons appelaient « la frontière » avec les fantasmes de terre promise mais aussi l’angoisse de l’insécurité dûe aux guerres indiennes et aux répercussions sur les migrants européens. Stanley White et Ethan Edwards sont deux personnages en miroir filmés avec 30 ans d’écart. Le polar de Cimino a par ailleurs de forts accents de western. La scène du duel final en est très révélateur.
Chaque scène est somptueusement mise en scène dans des décors magnifiques signés Wolf Kroeger qui reconstitue New York à Los Angeles. La richesse des images renvoie à celle des thématiques du film.
Michael Cimino a des fulgurances de mise en scène qui laissent pantois : lors d’une réunion où Stanley White s’oppose à ses supérieurs, on le voit faire pivoter sa chaise et regarder par la fenêtre, où le drapeau américain de l’immeuble d’en face lui apparaît en reflet. Le spectateur comprend que White se détourne d’une discussion qui lui déplaît pour contempler ce qui le rassure : le drapeau et les valeurs qu’il lui prête.
Michael Cimino a la grâce des grands réalisateurs, ses scènes sont toutes plus somptueuses et marquantes les unes que les autres.
Quant à Mickey Rourke il est dans le meilleur rôle de sa carrière chaotique.
Bonne musique plus qu’illustrative de David Mansfield compositeur attitré du réalisateur dans les années 1980.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
L’attaque fulgurante du restaurant de Chinatown. Michael Cimino voulait une scène de violence spectaculaire et mémorable. Il y parvient.
L’ANECDOTE
La méprise des critiques américains, le film est hué aux Etats-Unis (nominations multiples aux razzies awards) additionné au rejet du public américain, qui n’aime pas voir un reflet peu flatteur de lui-même, surtout en ces années conquérantes de reaganisme, mèneront le film à l’insuccès.
Il ne rapporte que 18 millions de dollars pour un budget de 22 millions.
Le film est cependant très bien accueilli par le public en France et en Europe en général. Certains critiques de l’époque lui tombent dessus à bras raccourci et l’accusent de tous les maux de la terre et leur contraire (racisme, marxisme, violence gratuite, anti américanisme). De nos jours le malentendu semble levé et le film plus apprécié.





