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Synopsis

New York années 1945, Don Vito Corleone est un des 5 boss de la mafia qui règne sur New York et le New Jersey. Lors de la fête du mariage de sa fille Connie, un affidé de la famille Tattaglia, Sollozzo propose à Don Vito Corleone une association sur le trafic de drogue qui semble très prometteur. Cependant Don Vito refuse. Mais son fils aîné Santino y est favorable. Quelques jours plus tard, Sollozzo ordonne l’assassinat de Don Vito pour rediscuter avec Santino et trouver un accord. Don Vito Corleone est abattu mais en réchappe. Son fils cadet Michael évite à son père un deuxième homicide à l’hôpital où il est soigné. Il est violemment frappé au visage par McCluskey un policier à la solde de Sollozzo. Dans un désir de vengeance Michael propose de tuer Sollozzo et McCluskey…

CRITIQUE

Francis Ford Coppola et son studio American Zoetrope sont endettés lorsque la Paramount après avoir essuyé plusieurs refus d’autres metteurs en scène comme Peter Bogdanovich et Sergio Leone lui propose d’adapter le best seller de Mario Puzo « Le parrain ».
Après l’échec de son film « Les gens de la pluie » (« The rain people« ) (1969) et de celui de George Lucas dont il était producteur « THX1138 » (1971) il doit 400 000 dollars à la Warner Bros.
Il doit donc tourner un film et faire un succès pour gagner suffisamment d’argent pour rembourser le studio.
Il accepte le film.

Il écrit le scénario avec Mario Puzo.

Un budget de 2.5 millions de dollars est alloué. Il faut trouver les acteurs et les techniciens. Et c’est là que commence une bataille qui durera jusqu’à la sortie du film avec le studio. Robert Evans, responsable de la production chez Paramount, sert d’amortisseur entre les ambitions de Coppola qui veut tourner un grand film et les attentes du studio qui pense tourner un petit thriller sans envergure mais destiné à rapporter quelques devises.

La bataille sera âpre pour imposer Marlon Brando (trop instable et imprévisible pour le studio) Al Pacino (pas assez connu), James Caan et Robert Duvall (pas assez bankables).
Elle le sera tout autant après les premiers rush pour maintenir Dean Tavoularis (qui fait des décors trop onéreux), Gordon Willis (et sa photographie trop sombre) et Nino Rota (dont la musique n’est pas assez américaine).

Francis Ford Coppola explique à Pauline Kael (journaliste et critique influente aux Etats-Unis) que les pontes de la Paramount voulaient un film plus rapide, plus grand public. Alors que lui voulait une tragédie shakespearienne. Il a finalement trouvé des compromis, mais a dû se battre pour chaque plan du film.  Il ajoute  que « Le Parrain » était un film très mal aimé pendant le tournage. Les pontes du studio n’aimaient pas le casting, n’aimaient pas sa façon de filmer. Coppola se sentait toujours sur le point d’être viré.

D’autant que l’Italian-American Civil Rights League de Joseph (Joe) Colombo s’en mêle. Fondée en 1970 pour combattre l’assimilation des Italo-Américains au crime organisé, elle a fait du film une cible et mène une campagne de pression contre le tournage. Le producteur Al Ruddy négocie avec Colombo un accord : en échange du retrait des mots « mafia » et « Cosa Nostra » du scénario et du reversement de la recette de la première à son fonds, la Ligue facilite le tournage, en proposant des figurants siciliens et des décors naturels.
Joseph Colombo était un mafieux à la tête d’une des 5 familles de la mafia Newyorkaise. Il est abattu en juin 1971, en plein rassemblement de sa Ligue à Columbus Circle sur ordre de Carlo Gambino chef de la plus puissante des 5 familles. L’affaire n’a cependant pas été élucidée judiciairement.

Le montage du film se fait plus ou moins en catimini chez Francis Ford Coppola qui dissimule le vrai montage du film aux superviseurs du studio qui viennent le visiter.

S’ensuit qu’à la sortie le film de trois heures est, pour le studio qui s’attend à une catastrophe qui lui aura coûté au final 6.5 millions de dollars, le plus gros succès en salle que les studios américains n’ont jamais connu.

A rueducine.com la représentation « romantique » de la mafia n’est pas celle que nous apprécions. Nous préférons celle plus réaliste du cinéma italien. Faire un film sur la mafia avec le point de vue des mafieux nous dérange car donner le point de vue c’est en grande partie accepter le discours de ce point de vue. Voir: films italiens sur la mafia

Cependant il faut le reconnaître, aucun film italien n’a la force technique et le souffle et la puissance narrative du film de Francis Ford Coppola.
Mais Francis Ford Coppola tout en donnant le point de vue à la famille Corleone, il ne l’idéalise pas. Et tente de déglamouriser tout le travail effectué durant la cérémonie du mariage en début de film.
Il nous décrit la famille Corleone comme étant dysfonctionnelle, violente et d’une moralité très douteuse.

Son fonctionnement patriarcal exacerbé réduit les femmes au rang d’objet. Femmes, mères ou soeurs, elles sont soumises, trompées, abreuvées de mensonges et de dissimulations et violentées physiquement ou moralement. La dernière image de la porte qui se ferme sur Kay est le piège fatidique dans lequel cette femme est tombée en étant amoureuse de Michael Corleone.
Celui-ci sincère avec elle lors du mariage inaugural du film, au fur et à mesure, lui ment sur ce que sont vraiment les membres de sa famille, lui cache son mariage en Sicile et son veuvage, lui ment sur la mort de son beau frère qu’il vient de faire assassiner.
Les hommes sont les propres destructeurs de leur famille par leur violence. Les Corleone s’aiment mais sont incapables de préserver les membres de la famille.
Les hommes n’ont pas de lien d’amitié.
Bien qu’ils revendiquent l’amitié comme lien social qui les unit entre eux. Ce qui les lie c’est la dette morale. Ce principe repose sur un échange asymétrique : la personne qui rend un service détient un pouvoir sur celle qui le reçoit. Cette dynamique crée des liens de dépendance similaires à ceux du système féodal, où la loyauté est monnayée contre protection ou avantages.


Leur morale vis-à-vis du trafic de drogue est hypocrite, pragmatique, et soluble.
Le capitalisme décrit dans le film en passant du père au fils cadet, passe d’un capitalisme codifié et limité à un capitalisme vorace et féroce qui tend vers le monopole et l’écrasement de la concurrence. Dans un commentaire de son film sur support DVD Francis Ford Coppola dit :

« Le Parrain », c’est l’histoire de l’Amérique. On commence avec des idéaux, et on finit par tout vendre pour le pouvoir […] Je voulais que [ce] soit une métaphore de l’Amérique. Les Corleone, c’est l’Amérique : une famille qui a tout, mais qui se détruit de l’intérieur.

Avec ces personnages Francis Ford Coppola signe une oeuvre shakespearienne digne de « Macbeth » ou de « Richard III » où l’on assassine « pour le business », pas de façon personnelle ce qui est la pire des hypocrisies. Les assassinats ont lieu quand Michael Corleone se trouve dans une église à jurer au prêtre qu’il repousse Satan, qu’il aimera son prochain et autre cliché chrétien, tous contredits par les images. Le réalisateur est largement aidé par la photographie de Gordon Willis qui utilise les noirs, profonds comme les âmes des personnages.

Le film reçoit 3 oscars : Meilleur film, meilleur scénario adapté et meilleur acteur pour Marlon Brando qui ne se rend pas à la cérémonie et envoie à sa rueducine.com-oscar1place une militante pour les droits des Amérindiens Sacheen Littlefeather qui refusera la statuette à sa place. Le discours est un soutien au mouvement de Wounded Knee.
Environ 200 militants amérindiens prennent le contrôle armé du hameau historique entre le 27 février et le 8 mai 1973. Ils dénoncent la corruption des autorités tribales locales (soutenues par le gouvernement fédéral) ainsi que la violation systématique par les États-Unis des traités signés. Des échanges de tirs ont lieu : deux militants amérindiens sont tués et un agent fédéral gravement blessé. Un  blocus médiatique et militaire strict est imposé par les autorités fédérales. Marlon Brando contourne le blocus et parle du conflit au monde entier.

La musique de Nino Rota reprend des thèmes pastoraux siciliens et une danse aristocratique : la valse. Le thème d’amour est repris d’un morceau sautillant d’un film d’Eduardo De Filippo de 1958 « Fortunella ».  L’orchestration à la sicilienne et le tempo lent retranscrit l’inéluctabilité du drame mafieux. Carmine Coppola signe la musique diégétique du mariage qui ouvre le film.

 

LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

La scène où Michael Corleone (Al Pacino) tue Sollozzo (Al Lettieri) et le capitaine McCluskey (Sterling Hayden) dans un restaurant du Bronx est l’une des plus iconiques du film. Pourtant, cette scène a bien failli ne pas exister sous cette forme. Al Pacino, que la Paramount jugeait inexistant à l’écran, était sur le point d’être remercié. Coppola avance alors le tournage de cette séquence dans le plan de travail pour prouver au studio ce que son acteur vaut. Et le pari fonctionne : après visionnage des rushes, la Paramount cède. Al Pacino raconte l’épisode dans ses mémoires, « Sonny Boy«  (2024). Le «Louis’ Italian-American Restaurant» du film a été tourné dans le Bronx, sous le métro aérien dont le fracas remplace toute musique pendant la scène.

L’ANECDOTE

Le film est le 5ème (avec l’inflation) à passer les 100 millions de dollars de recettes. 134 Millions. Il fait une carrière internationale aussi triomphante qu’aux Etats Unis et il est le film ayant un des plus forts ratios de rentabilité pour un film venant d’un studio.
Francis Ford Coppola gagne ses galons d’auteur et de figure de proue du « Nouvel Hollywood« . Au passage il pourra négocier le final cut pour ses prochains films.

NOTE : 18/20

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