GRANDES GUEULES (LES)
- Bourvil, Jean-Claude Rolland, Lino Ventura, Marie Dubois, Michel Constantin, Paul Crauchet
- Robert Enrico
- Aventures, Drame
- 1965
- France, Italie
- José Giovanni, Robert Enrico
- François de Roubaix
Synopsis
Années 1960, dans les Vosges, Hector Valentin rentre du Canada pour reprendre la scierie de son père décédé. La scierie est à l’abandon, et la faire redémarrer ne sera pas facile. Therraz un concurrent de son père dont la prospérité s’affiche aux abords du village, vient avec un mélange de menace et de fausse amitié, lui proposer de lui racheter le site. Hector Valentin pour lui signifier son refus remet en marche la scie. Les salariés d’Hector ne sont guère vaillants et boivent. De plus lors d’une vente aux enchères, il paie son inexpérience en voyant les lots lui passer sous le nez au profit de son concurrent Therraz. Mais il est remarqué par deux hommes Laurent et Mick. Ceux-ci l’approchent pour lui proposer de travailler pour lui…
CRITIQUE
Robert Enrico est connu comme étant le cinéaste français de l’amitié virile et de l’aventure. Certes.
Mais rueducine voit plutôt le cinéaste de l’échec de personnes en marge de la société dans leur tentative d’insertion économique et sociale. Son opus suivants « Les aventuriers » (1967) en fera de même.
A noter que Robert Enrico avec ces deux films adapte des scénarios signés José Giovanni. José Giovanni un homme qui s’est marginalisé pendant la seconde guerre mondiale en devenant un assassin. Et qui s’est réinséré par l’écriture de romans puis par le cinéma et l’adaptation de ses romans par des grands réalisateurs : Jacques Becker, Claude Sautet, Jean-Pierre Melville et Henri Verneuil puis la génération suivante Jacques Deray et Robert Enrico.
Et donc « Les grandes gueules » est sur le fond, plus un film de José Giovanni que de Robert Enrico. Sur la forme il est entièrement d’Enrico.
En effet les hommes qui viennent travailler pour Hector Valentin sont des repris de justice en liberté conditionnelle, qui cherchent à se réinsérer par le travail et pas le plus facile. Bucheronner dans les Vosges dans les années 1960 où la mécanisation est encore peu développée est un métier extrèmement physique et dangereux.
José Giovanni sait de quoi il parle dans son scénario, il l’a vécu (amitiés carcérales, violence à fleur de peau, solidarité du groupe marginalisé) mais José Giovanni n’est pas un optimiste vis-à-vis de la société et il ne lui fait guère crédit pour ramener à elle, ceux qui se sont fourvoyés.
D’où la fin calamiteuse du film. Le bilan n’est guère positif. Même si une amitié entre Laurent et Hector semble naître, celle avec Mick est ensevelie avec le corps de ce dernier, les prisonniers retournent en taule, la scierie est anéantie. Autant dire que l’insertion économique et sociale est un cuisant échec.
André Bourvil est dans un rôle dramatique qui lui allait si bien et dont on peut regretter une filmographie peu axée vers ce registre. Lino Ventura ne tire pas trop la couverture et laisse la place aux camarades pour exprimer leur talent.
Jean-Claude Rolland comète du cinéma, (il se suicide en prison où il est incarcéré en 1967 pour tentative d’incendie) détonne dans le film par un jeu naturel Lino Ventura dira :
C’eût été, s’il avait vécu, un acteur exceptionnel.
Michel Constantin et Paul Crauchet sont en revanche noyés dans la masse. Le duo Pierre Frag et Jess Hahn sont les deux individus qui ressortent du groupe des taulards en conditionnelle. Ils développent un duo à l’image d’Astérix et Obélix avec leur fraternité et leurs disputes.
Trois femmes viennent illuminer par de petites apparitions ce film masculin. Marie Dubois, Hénia Suchar et Reine Courtois. Autant dire que pour elles non plus, il n’y a pas de futur possible avec de tels hommes.
François de Roubaix signe la musique du film. Simple et tout de suite mémorable. Elle est d’une belle efficacité. Guitare sèche pour l’amitié, harmonica pour l’aventure, percussions pour le côté viril et une petite dissonance pour le drame. De la belle ouvrage d’artisan.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
La première bagarre entre les hommes de Therraz et ceux de Valentin durant laquelle Laurent (Lino Ventura) s’évertue à retirer des mains de ses camarades tout objet qui pourrait devenir une arme par destination.
L’ANECDOTE
Le film est célébré de façon régulière dans le village de Vagney où le tournage qui y a duré 9 semaines a laissé des traces et des souvenirs aux habitants. A l’époque des reportages sur le tournage (difficile avec les intempéries) ont été faits et les acteurs interviewés ainsi que José Giovanni et Robert Enrico.




