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Synopsis

Bretagne, fin des années 1960, un enfant qui rentre d’une partie de pêche en bord de mer est fauché par un chauffard qui s’enfuit. L’enfant est mort. Son père Charles Thénier, veuf, la quarantaine, écrasé de chagrin, jure de retrouver l’assassin et de le tuer à son tour. Les gendarmes ne parviennent pas à retrouver la trace du chauffard. Charles Thénier décide de reprendre l’enquête. Mais lui aussi se heurte à la grande difficulté de retrouver un individu avec très peu d’indices. Mais un jour le hasard veut qu’il  s’embourbe non loin d’une ferme et que le paysan lui raconte qu’un jour (le même que celui de la mort de son fils) une voiture avec une aile avant abimée, s’était embourbée au même endroit…

CRITIQUE

Un des meilleurs films de Claude Chabrol. Si ce n’est le tout meilleur. « Que la bête meure » (1969) fait partie de ce que l’on appelle la période pompidolienne qui contient : « Les Biches » (1968), « La Femme infidèle » (1969), « Le Boucher » (1970), « La Rupture« , « Juste avant la nuit » (1970), et « Les Noces rouges » (1973).
Claude Chabrol tire à vue sur la petite bourgeoisie parvenue avec ses mauvais goût, sa vulgarité, sa bêtise crasse. Et son gôut malsain de la bagnole et de la vitesse.
De plus il prend Jean Yanne pour interpréter le garagiste assassin, avec sa faconde faussement prolétarienne, et son sens de l’anarchie, une désinvolture mysogine et une violence malsaine envers son fils.
Bref tout le monde (sauf sa mère dont nous pressentons la même méchanceté que chez son fils) à envie de voir crever ce personnage atroce.

Claude Chabrol et Paul Gégauff écrivent l’histoire de deux assassins qui se rencontrent et dont l’un (le plus déterminé) doit éliminer l’autre.
Le premier est un assassin par imprudence routière, le second est un futur assassin par vengeance. Les deux auteurs nous montrent que la vengeance est plus implacable que la bêtise et la bestialité. Parce qu’elle est réfléchie, et retorse.
L’homme qui se venge met au point un plan implacable qui va le désigner en tant que potentiel assassin. Mais cette « fausse découverte » est un piège qui mène vers le meurtre et la disculpation du meurtre.
Claude Chabrol dit :

Le père n’est pas si sympathique que ça dans ma construction. Sa vengeance
emprunte des voies froides et tortueuses. Son point de vue est le suivant : l’adversaire
est si abject qu’il ne veut pas risquer quoi que ce soit en le tuant, car il estime que sa
vie est beaucoup plus valable que sa vengeance même… Si le fait d’écraser un cafard
vous donne mal au cœur, vous hésitez à le faire. Le problème du père est donc :
comment écraser le cafard sans dommage pour lui-même. Et ce qui me frappe chez lui,
c’est qu’il dit au policier, « J’aurais voulu qu’il souffre davantage, car moi je souffre
depuis le mois de janvier… », alors que nous l’avons vu s’envoyer une jolie fille et faire
de bons gueuletons… ! Le goût de la vengeance a fini par lui faire trouver une sorte de
raison de vivre après la mort de son fils, et ça lui a permis de sortir du trou où il menait
une vie solitaire pas très amusante

Une des forces du scénario est qu’il ne nous montre pas tout. Nous ne voyons pas le garagiste mettre la main sur les carnets de l’écrivain, nous ne voyons pas la mise en scène de l’empoisonnement. Ainsi chaque révélation est un coup de théâtre, et ceux-ci s’enchaînent à la fin du film qui nous laisse avec un goût doux-amer en bouche.

Certes la bête est morte, mais qu’en est-il de la justice? Qu’en est il d’Hélène dont Charles s’est servi pour pénétrer l’intimité de Paul? Qu’en est-il de Philippe (fils de Paul) qui se sacrifie pour Charles?  Et enfin cette vengeance méritait-elle le sacrifice de la vie d’un homme après avoir tué la bête?
Autre force scénaristique du film réside dans le fait que Paul Decourt est un livre ouvert. Nous savons tout de lui. Tout ce qu’il fait (même ses infidélités libidineuses) se font au grand jour. On connaît même ses problèmes de santé qui lui font ingurgiter du sirop. Alors que Charles Thénier avance masqué sous le nom de Marc Andrieu et ne dévoile que ce qu’il veut bien dévoiler. Et l’on comprendra que les carnets qu’il dissimule sont faits pour être lus par sa cible…

Autre tour de force est de nous faire accepter le rôle primordial du hasard. En nous l’annonçant par avance. Ainsi le spectateur n’a pas à se poser les questions qui le taraudent. Le hasard ne faisant pas souvent bon ménage avec le cinéma et son écriture d’enchaînement des scènes.

Jean Yanne est extraordinaire son interprétation est le résultat de longs échanges avec Claude Chabrol :

Le personnage de Jean Yanne, par contre, aime la vie, la bouffe, les femmes, c’est une force de la nature et c’est son côté sympathique bien qu’il soit très clairement une ordure. Une fois établi le caractère abject de son
personnage, et Jean acceptant vraiment de jouer le jeu à fond, nous avons passé notre temps, entre les moments du tournage, le soir, aux repas, à essayer de justifier ce
salaud. Jean est prodigieux quand il joue Paul avec une certaine nuance de sympathie.

Michel Duchaussoy dans un style beaucoup plus intériorisé est le contraste parfait. Caroline Cellier donne toute l’humanité possible entre deux inhumatés. Belle composition.

LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

Le repas de famille où les ignominies de Paul s’enchaînent devant un public tétanisé et coi.

L’ANECDOTE

Les tournages chez Chabrol sont souvent festifs. Jean Yanne qui avait sûrement abusé de la bonne chair et des alcools s’est retrouvé avec saPoshe dans un fossé. Accident sans gravité.

NOTE : 17/20

 

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