PONT DE LA RIVIÈRE KWAÏ (LE)
- Alec Guinness, Geoffrey Horne, Jack Hawkins, James Donald, Sessue Hayakawa, William Holden
- David Lean
- Guerre
- 1957
- The Bridge on the River Kwai
- Grande Bretagne, USA
- Calder Willingham, Carl Foreman, David Lean, Michael Wilson, Norman Spencer
- Malcolm Arnold
Synopsis
Thaïlande pendant la deuxième guerre mondiale, des prisonniers de guerre d’un bataillon britannique, mené par le colonel Nicholson, entrent dans un camp de travail japonais. Le colonel Saïto les accueille en leur disant qu’ils devront construire un pont en quelques semaines, sur la rivière qui borde le camp. Tous devront travailler y compris les officiers. Le colonel Nicholson fait remarquer que le travail des officiers à des tâches physiques est contraire à la Convention de Genève. Le colonel Saïto ne relève pas. C’est journée de repos. Lors de l’appel, le lendemain matin le colonel Saïto rappelle que tous les prisonniers devront travailler, Nicholson sort alors un fascicule rappelant le contenu de la Convention de Genève. Saïto donne un coup de cravache au visage de Nicholson. Celui-ci refuse ainsi que ses officiers de travailler sur le chantier du pont. Tandis que la troupe part au travail Nicholson et ses officiers sont sévèrement brimés…
CRITIQUE
Film sur la vanité en temps de guerre.
Deux officiers (colonels) antagonistes s’affrontent.
Le japonais avec un objectif clair et limité par le temps: La construction d’un pont qui permet à la ligne de chemin de fer Rangoon – Bangkok d’être achevée. Et pour parvenir à cet objectif il y mettra tous les moyens à sa disposition à savoir la main d’œuvre des prisonniers britanniques de son camp de travail y compris les officiers.
Le britannique refuse en vertu de la Convention de Genève qui règlemente le travail des prisonniers. Et qui stipule que les officiers ne peuvent être forcés à travailler. Convention de Genève qu’il transgressera quand il fera appel aux blessés et malades pour aider à finir la construction du pont dans les délais.
L’entêtement des deux hommes est une guerre psychologique assez dantesque.

Mais le retournement de situation, à savoir l’ascendant du britannique sur le japonais, lui fait commettre une énorme erreur : Il reprend en main l’ensemble de la construction du pont, pour en faire un exemple d’architecture britannique à la face du monde.
Sa vanité mégalomaniaque l’entraîne dans la collaboration aveugle avec l’ennemi au nom de l’honneur, et l’honneur est ici le masque de l’orgueil.
Le tout aussi vaniteux colonel Saïto quant à lui, pleure sur son lit d’avoir perdu son duel psychologique face à Nicholson alors que la construction du pont est à présent quasi assurée.
Vanitas vanitatum et omnia vanitas : Le pont si beau, si robuste et si rapidement érigé par des cerveaux si brillants et des soldats si disciplinés finira en petits morceaux dans la rivière. Détruit (consciemment ou inconsciemment, au spectateur d’en juger) par celui-là même qui faisait de cet ouvrage un accomplissement de son orgueil.
David Lean utilise la musique de Malcolm Arnold qui arrange la marche du colonel Bogey (écrite en 1914) aux paroles graveleuses. Les sifflets remplacent les paroles et le compositeur brode autour un contrepoint qui résonne comme un air de cirque. Tout le film est dans la musique (ou presque).
Lean a un sens de l’image exceptionnel, qu’il confirmera dans ses films suivants: « Lawrence d’Arabie » (1962), « Le docteur Jivago » (1965) et « La fille de Ryan » (1970). Ses plans autour de la construction du pont sont mémorables. Tout comme la progression du commando à travers la jungle. Il a aussi le sens de l’espace: l’arrivée des troupes anglaises dans le camp suffit à faire comprendre l’articulation géographique du camp de travail.
Le film commence par un plan de rapaces et s’achève de la même façon. La mort rode héroïque au début et pathétique à la fin du film. La folie des hommes est à l’œuvre.
Le casting du film est impressionnant. Au premier chef Alec Guinness qui glisse de héros à collabo avec une facilité déconcertante tout en maintenant son personnage droit dans ses bottes. C’est du grand art.
William Holden campe un soldat américain tire-au-flanc et roublard. Un hédoniste dans une guerre qui ne le concerne pas. Une fois de plus il est remarquable dans ce rôle. Il renvoie souvent à son personnage du sergent J.J. Sefton du film de Billy Wilder dans « Stalag 17 » (1953).
Enfin Sessue Hayakawa à la filmographie impressionnante marque aussi les esprits dans ce rôle de colonel intraitable et violent, que les objectifs fixés par sa hiérarchie (la construction du pont en peu de temps) obligent à perdre la face. Mémorable.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
La réunion de travail dans le baraquement du colonel Saïto. Les officiers britanniques font remarquer les faiblesses en termes d’ingénierie des officiers japonais sans non plus les accabler. Saïto perd la main sur la construction du pont. Cette réunion entérine la défaite de l’ensemble des officiers japonais, après une première défaite de Saïto face à Nicholson. Les maîtres du camp sont les britanniques, mais n’abusent pas de leur victoire.
L’ANECDOTE
Outre un triomphe public à travers les continents, le film est couvert de récompenses parmi lesquelles sept oscars: meilleur film décerné à Sam Spiegel (producteur), celui du meilleur réalisateur à David Lean, meilleur acteur pour Alec Guinness, meilleure photographie pour Jack Hildyard, meilleure musique de film pour Malcolm Arnold, meilleur montage pour Peter Taylor et enfin meilleur scénario adapté décerné à Pierre Boulle qui n’en a pas écrit une ligne. Pour cette dernière récompense, du fait de leur présence sur la liste noire de Hollywood, Carl Foreman et Michael Wilson sont totalement ignorés par l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences. Norman Spencer et Calder Willingham ne sont pas crédités.


