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SYNOPSIS

Washington fin des années 1990, le sénateur démocrate de Californie Jay Bullington Bulworth est en fin de campagne. Dans ses bureaux les petites mains s’activent pour trouver des financements, ses conseillers lui écrivent des discours et lui soumettent des rendez-vous avec les lobbys. Mais Jay Bulworth est en pleine déprime voici trois jours qu’il ne mange pas et qu’il ne dort pas, il passe son temps la télécommande de son téléviseur à la main à zapper. Conseillers et médecins sont inquiets. Après une entrevue avec le représentant du lobby des assureurs il marchande en échange de la suppression d’un amendement qui garantit une couverture pour les plus pauvres une assurance vie pour sa fille de 10 millions de dollars. Le lobbyiste parti, Bulworth reçoit un homme étrange auquel il demande de tuer une personne dans les trois jours qui suivent pendant son séjour en Californie. La cible : Jay Bulworth…

CRITIQUE

Brûlot féroce sur les mœurs politiciennes aux Etats-Unis. Warren Beatty y dénonce les discours qui s’enchaînent auprès d’électeurs et de contributeurs tellement différents que ceux-ci sont lisses et passe-partout.

Warren Beatty a beaucoup fréquenté le milieu politique ( il a participé activement en 1972 à la campagne électorale du sénateur démocrate du Dakota du Sud George McGovern (1922-2012). Il a aussi été un ami proche du sénateur républicain John McCain (1936-2018).
Beatty et McCain pensaient qu’une réforme profonde du financement des partis et des candidats aux élections sont plus que nécessaires.
Il connaît donc en profondeur les petits arrangements financiers, la puissance des lobbys, et la faiblesse du vote des noirs qui en principe est plutôt pro démocrate mais très enclin à l’abstention.

Warren Beatty passe à la moulinette partis politiques, les flux monétaires et les médias. Tout ce petit monde qui n’est qu’un entre-soi en prend largement pour son grade. Sous des dehors de slogans mis en forme de rap, les flèches acérées fusent. C’est jubilatoire et assez bien troussé.

Le casting est pléthorique mais plutôt homogène. Halle Berry s’en sort bien dans son rôle en grande partie énigmatique. Elle est dans son meilleur film depuis le début de sa carrière.

Le film à sa toute fin passe bien évidemment par la référence aux assassinats de John Fitzgerald et Robert Francis Kennedy. Traumatismes sans cesse ressassés d’une façon ou d’une autre par le cinéma hollywoodien. Warren Beatty qui a tourné dans « A cause d’un assassinat » « The parallax view » (1974) d’Alan J. Pakula a déjà donné dans la référence.

Composition d’Ennio Morricone magistrale. Les voix de la soprano blanche Edda Dell’Orso et la voix soul d’Amii Stewart se répondent en un dialogue fantastique. Hélas la musique est sous employée dans le film au profit des morceaux de rap.
Ce côté du film est assez décevant surtout quand on écoute la musique du maestro qui écrit deux immenses suites pour le film.

 

LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

L’interview télévisée de Jay Bulworth jogging, bonnet et lunettes noires qui balance sur les tenants des richesses du pays, le pouvoir qu’ils confisquent pour des intérêts financiers devant une journaliste décomposée.

L’ANECDOTE

Francis Veber dans ses mémoires intitulées « Que ça reste entre nous » explique que dans sa carrière américaine il a fait part à la Fox de son intention de faire un remake du film « Les tribulations d’un chinois en Chine« .  A la moitié de l’adaptation le sujet parvient entre les mains du sexagénaire Warren Beatty qui emballé veut à tout prix le rôle d’un jeune homme riche qui las de la vie paie un chinois pour qu’il le liquide. Francis Veber ne veut pas d’un vieil acteur et fait des pieds et des mains pour refuser Beatty. Cependant ses agents le contraignent à rencontrer Beatty lors d’un repas. Contraint et pressé de questions par la star il raconte son film.
Mais le projet de Francis Veber périclite. La Fox ne semble plus intéressée.

Francis Veber qui est rentré en France déçu de son expérience américaine, tourne en 1996 « Le jaguar » puis en 1998 « Le dîner de cons« . Abasourdi il apprend que Warren Beatty lui a piqué l’idée de son film. Comme « Bulworth » par son aspect politique est très éloigné de son projet, Francis Veber dernier n’a plus qu’à aller voir le film de Warren Beatty en salles.

Il en conclura ceci lors d’une interview: « Ces gens sont à la fois haïssables et aimables. Mais il n’y a pas d’hypocrisie comme ici: s’ils n’ont plus envie de vous, les Américains vous suppriment votre parking sans prévenir et changent la serrure de votre bureau. C’est un monde dur, où on vous accueille en limousine et vous repartez en vélo ! »
C’est « …un monde très malhonnête: se conduire comme une crapule, c’est un titre de noblesse… Il n’y règne pas une morale exacerbée« .

NOTE : 15/20

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