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SYNOPSIS

La violence règne sur la Sicile, mafieux, politiques, policiers, juges, et parfois innocents sont les victimes d’assassinats. Parfois les corps disparaissent. Suite à l’assassinat d’un commissaire de police 16 arrestations ont eu lieu. C’est maintenant l’heure du procès. Un seul assume ses responsabilités et parle…

CRITIQUE

Le film est tiré d’une pièce de théâtre au titre évocateur « Violenza » écrite par le journaliste, écrivain, dramaturge et scénariste Giuseppe Fava (1925-1984) mort assassiné de 5 balles dans la nuque dans sa voiture par la mafia.
Giuseppe Fava enquêtait pour son journal « I siciliani » sur Benedetto Santapaola et ses relations affairistes à Catane ainsi que ses trafics en tous genres. Il est le deuxième journaliste et intellectuel abattu par Cosa nostra après Giuseppe « Peppino » Impastato (1948-1978). Voir « Les cent pas » (2000) de Marco Tullio Giordana.
Il dénonce notamment une collusion avec des entrepreneurs qu’il nomme « les 4 cavaliers de l’apocalypse » : Mario Rendo, Carmelo Costanzo, Francesco Finocchiaro e Gaetano Graci.

L’enquête qui débute très mal : appuyée par le maire Angelo Munzone et le député Antonino Drago, part sur une crime passionnel. Pour les deux hommes politiques la mafia n’est jamais arrivée à Catane.

Aparté – voir l’anecdote – Fin de l’aparté.

Il faudra attendre 19 ans pour que justice passe pour Giuseppe Fava. Et que le boss mafieux, l’organisateur et le tueur soient tous trois condamnés.

Le film est donc un film de procès. Pour que l’adaptation théâtrale passe mieux au cinéma, les faits et méfaits sont placés en flash-back dans le film. C’est assez efficace d’autant que la plupart des scènes hors procès sont des scènes d’action ou bien de dialogues passionnants car ils mettent en relation les mafieux entre eux ou vis-à-vis des politiques et font avancer le récit.

Florestano Vancini (1926-2008) et ses scénaristes font un tableau accablant de la nuisance de la mafia sur la Sicile et le peuple sicilien.
Car la mafia maintient la Sicile dans une sorte de néo-féodalité qui empêche son développement.
La scolarisation en Sicile dans les années 1970 est le taux le plus faible de l’Europe. Les jeunes diplômés comprennent très vite que leur avenir est à Milan, Paris, ou Hambourg. S’ensuit donc une fuite des cerveaux.

Les industries, l’immobilier, sont sous la coupe de la Cosa nostra. Les prêtes noms foisonnent pour cacher les véritables chefs de la mafia.
Les politiciens communistes sont menacés, ceux de la Démocratie Chrétienne louvoient pour les meilleurs, pactisent pour les plus faibles ou les plus plus retors.
Policiers et magistrats n’ont pas les moyens d’une police digne de ce nom et d’une justice digne de sa devise c’est à dire : « égale pour tous » (« La legge è uguale per tutti »).

Une chape de plomb mortifère tient la Sicile. Les morts violentes menacent tout un chacun. Les représailles sur les familles (femmes et enfants) sont monnaies courantes et dissuadent très vite toute velléité de dénonciation.
La loi du silence règne.

On y voit aussi les techniques utilisées par la mafia pour faire tourner un procès en catastrophe pour l’accusation: Preuves qui disparaissent, scellés échangés, témoins qui s’accusent de meurtre qu’ils n’ont pas commis, avocats véreux, menaces sous entendues. Bref une panoplie complète et efficace.

Ce film montre aussi que la police et la justice ne cerne pas véritablement leur ennemi. Ils n’ont pas idée du véritable fonctionnement de Cosa Nostra. Ils ne le sauront que bien plus tard grâce au travail du juge Giovanni Falcone et du repenti Tommaso Buscetta.

Tous les acteurs sont formidables en premier chef Enrico Maria Salerno en procureur impuissant face à un procès qui au fur et à mesure qu’il avance, lui échappe.
Gastone Moschin en défenseur de mafieux pas vraiment dégoûté, est assez impressionnant.
Les deux « francesi » du film Georges Wilson et Julien Guiomar s’en tirent très bien malgré leur doublage.

Enfin la musique d’Ennio Morricone pas mélodique du tout, met mal à l’aise le spectateur. En cela il va dans le sens du film. Outre les exactions monstrueuses, la musique souligne le destin du procès mais aussi laisse entrevoir un fléau qui est installé pour encore bien longtemps.

L’ANECDOTE

Il faut savoir qu’en règle générale si l’on interroge un sicilien et qu’on lui parle de la mafia, la réponse est toute trouvée : « La mafia? Elle est à Rome!« . Il y a bien sûr quelques siciliens d’exception qui regardent la vérité en face et dénoncent la mafia en Sicile et il faut le dire ils sont de plus en plus nombreux. Mais ils ne sont pas encore majoritaires.

NOTE : 17/20

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