rueducine.com-Louis-de-FunèsNé Louis Germain David de Funes de Galarza en France de parents espagnols qui furent aisés mais ruinés. Le petit Louis sait très tôt qu’il veut faire l’acteur ou tout au moins le saltimbanque. Ses débuts dans un Paris occupé sont difficiles. Il s’inscrit au cours Simon mais abandonne alors il fait le pianiste dans des bars et des hôtels sans avoir appris le solfège.
Daniel Gélin qui était au cours Simon en même temps que lui le croise sur un quai de métro et lui propose un petit rôle au théâtre, où il parvient à se faire remarquer.
Louis de Funès va enchaîner les petits rôles au théâtre. Parfois il n’aura à dire qu’une phrase. Mais toujours il parviendra à faire de cette apparition un moment mémorable de la pièce.
Puis naturellement il va passer au cinéma toujours dans des seconds rôles ou des apparitions. Louis de Funès apparaît dans une trentaine de films entre 1953 et 1955. Il devient un incontournable des seconds rôles. Notamment pour Sacha Guitry qui à cette époque tourne des grandes fresques dévoreuses de petits rôles.
C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de Colette Brosset et Robert Dhéry créateurs de la troupe des Branquignols qu’il intègre. Il joue dans le spectacle loufoque « Ah les belles bacchantes » succès qui durera deux ans et sera adapté au cinéma en 1954.

Mais c’est en 1956 que Louis de Funès connaît un premier véritable déclic en intégrant la distribution du film de Claude Autant-Lara « La traversée de Paris » (1956) aux côtés de Bourvil et Jean Gabin. Toujours dans un second rôle. Mais quel second rôle! Il est Jambier petit homme veule qui traficote au marché noir durant l’occupation, dont le nom est hurlé par un Jean Gabin des grands jours.

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Et en 1957 Louis de Funès se retrouve tête d’affiche pour un film mineur de Maurice Régamey « Comme un cheveu sur la soupe » (1957). Suivi de « Ni vu ni connu » de Yves Robert (1958).

En 1959 il tourne à la suite de coproduction franco italiennes de Steno avec l’immense comique Totò: « Un coup fumant » (« Totò, Eva e il pennello proibito« ) et « Fripouillard et compagnie » (« I tartassati« ). Il croise Francis Blanche dans plusieurs films.

En 1962 il retrouve Jean Gabin dans le film « Le gentleman d’Epsom » de Gilles Grangier avec les savoureux dialogues de Michel Audiard. Il est un restaurateur avide qui se fait arnaquer en beauté. Il est encore une fois dans un second rôle mais une fois de plus lorsqu’il apparaît il devient l’égal de la star Jean Gabin.rueducine.com-Louis-de-Funès-le-gentleman-d-epsom
Dans « Carambolages » (1963) de Marcel Bluwal, scénario de Pierre Tchernia et dialogues de Michel Audiard Louis de Funès affine sa technique. Et sans gesticulations il parvient en chef d’agence de voyage, tatillon et sadique à être tout aussi magnifique.
la même année il tourne « Pouic-pouic » avec Jacqueline Mailhan. Il trouve partenaire féminine à sa démesure. Seulement la Mailhan ne partage pas la vedette volontiers. Et ses extravagances font de l’ombre à Fufu. Alors ses choix dans le futur se feront plutôt vers Claude Gensac. Sage blonde légèrement tête en l’air. Une chose est sûre aucun risque qu’elle lui vole la vedette.
En trois films Louis de Funès prend une dimension: « Le gendarme de Saint-Tropez » (1964) de Jean Girault, « Fantômas » (1964) de André Hunnebelle et « Le corniaud » (1965) de Gérard Oury. Trois énormes succès successifs qui font de Louis de Funès une star comique française réclamée par le public.rueducine.com-Louis-de-Funès-le-gendarme-de-saint-tropez
Avec « Le gendarme » il ne sait pas encore qu’il inaugure le premier film d’une série de 6. Il trouve un rôle à sa mesure. Il peut ainsi jouer les petits chefs en tant que Maréchal des logis chef, Ludovic Cruchot.
Avec « Fantômas » suivront deux autres avatars. Il est le commissaire Juve éternel dindon de la farce face à un Jean Marais qui porte beau. Et avec « Le corniaud » il inaugure un duo comique avec Bourvil et il tourne avec Gérard Oury qui sera le réalisateur le plus ambitieux en terme de moyens et de qualité d’écriture avec lequel il tournera 3 autres films parmi les plus mémorables de sa filmographie.

En 1965 il retrouve Michel Galabru et la bande de gendarmes de pacotille composée de Guy Grosso, Michel Modo, Jean Lefebvre, Christian Marin pour une tournée américaine dans « Le gendarme à New York » de Jean Girault puis enchaîne avec la suite des aventures de Fantômas « Fantômas se déchaîne » de André Hunnebelle. Deux films sans grand intérêt mais deux succès populaires.rueducine.com-Louis-de-Funès-Fantômas-se-déchaîne

Mais en 1966 il se renouvelle avec deux films plus ambitieux : « Le grand restaurant« , dans lequel il joue le grand chef Septime qui subit un enlèvement politique dans son restaurant. Il joue surtout aux côtés de Bourvil dans la comédie « La grande vadrouille » de Gérard Oury rencontre improbable d’un chef d’orchestre et d’un peintre en bâtiment jetés sur les routes de la France occupée. Ce dernier casse la baraque et détiendra longtemps le record d’entrées en salles d’un film français.  La comédie est très bien écrite, les péripéties nombreuses, et le duo De Funès-Bourvil excelle dans des rapports quasi sadomasochistes entre le chef d’orchestre bourgeois dominateur et le peintre bonhomme.rueducine.com-Louis-de-Funès-La-grande-vadrouille

Louis de Funès achève la trilogie à bout de souffle des aventures de l’inspecteur Juve dans « Fantômas contre Scotland Yard » (1967) de André Hunnebelle.
Cette même année on retiendra surtout « Oscar » (1967) de Edouard Molinaro. Louis de Funès connaît le rôle sur le bout des doigts. Il l’a joué au théâtre de 1959 à 1961. Mais Edouard Molinaro n’est pas client des pitreries de de Funès et l’acteur à affaire à un metteur en scène qui ne rit pas.  D’autant que l’acteur a la fâcheuse tendance de vouloir se mêler de la mise en scène. Les relations entre les deux hommes sont assez froides. Dans ce film Louis de Funès a pour femme (au cinéma) Claude Gensac qui le sera (au cinéma) encore 7 fois. Le film est un énorme succès au cinéma. 4 ans plus tard Louis de Funès reprendra le rôle au théâtre.rueducine.com-Louis-de-Funès-Oscar

1968. La révolte gronde en France et Robert Dhéry tourne « Le petit baigneur » film hors du temps. Comédie ratée pour le chef de file des Branquignols. Le gesticulations de Louis de Funès n’y peuvent mais. Le petit baigneur est resté à quai.
La même année Louis de Funès retrouve Jean Gabin dans « Le tatoué« . Comédie qui démarre très très bien et se perd au fil des bobines. Dommage car l’histoire d’un Modigliani tatoué dans le dos d’un acariâtre et qu’un marchand d’art veut absolument acheter était une excellente idée.rueducine.com-Louis-de-Funès-Le-tatoué
Louis de Funès finit l’année par le troisième avatar de la série des gendarmes « Le gendarme se marie« . Claude Gensac rallie la saga.

Il retrouve Edouard Molinaro pour « Hibernatus » (1969). Le film malgré un sujet original (un aïeul pris dans les glaces est ramené à la vie) ne captive guère. Louis de Funès qui a entendu les critiques du film « Oscar » où on lui reprochait de tirer un peu trop la couverture à lui en sacrifiant les seconds rôles, laisse plus d’espace aux acteurs qui l’entourent. Une fois de plus le tournage est tendu entre le réalisateur et l’acteur qui a refusé 8 moutures du scénario et une semaine après le début du tournage décide que c’est la première mouture qu’il tournera. Claude Gensac joue les soldats de la paix entre les deux hommes. Et quand Edouard Molinaro décide de laisser tomber, Louis de Funès le rattrape par la manche.rueducine.com-Louis-de-Funès-Hibernatus

Suivent « L’homme orchestre » (1970) de Serge Korber et « Le gendarme en balade » (1970) de Jean Girault. Pas ou peu de scénario pour ces deux films qui se reposent entièrement sur le génie comique de Louis de Funès. La série des « gendarmes est désormais en roue libre. D’ailleurs le prochain épisode n’arrivera que 9 ans plus tard.
L’année 1971 ne sera guère plus fructueuse. « Sur un arbre perché » de Serge Korber film ambitieux mais bancal qui oscille sans cesse entre comédie et drame, comme la voiture accrochée sur son pin parasol, est un échec commercial.  « Jo » adapté d' »une pièce de théâtre mi-comique, mi-policière par Jean Girault et Jacques Vilfrid plus travaillé sur le plan scénaristique que « Les gendarmes » est un divertissement plutôt réussi. Mais une fois de plus l’entreprise manque d’ampleur et d’ambition.rueducine.com-Louis-de-Funès-Jo

Gérard Oury rappelle Louis de Funès pour tourner « La folie des grandeurs » adapté très librement du chef d’oeuvre théâtral de Victor Hugo « Ruy Blas » avec Yves Montand. Ce dernier remplace André Bourvil décédé à la fin de l’année 1970. Car Gérard Oury voulait recréer le duo qui fit des merveilles dans « Le Corniaud » mais surtout « La grande vadrouille« . La mort en décida autrement. Gérard Oury réécrit le rôle pour Yves Montand. Le film qui ne manque pas de moyens est une réussite. Louis de Funès campe un Don Salluste grand d’Espagne de la fin du siècle d’or, avide d’argent, de façon extraordinaire. Le premier quart d’heure du film est un régal. Le duo De Funès/Montand fonctionne très bien. A noter aussi une Alice Sapritch déchaînée en duègne à la sexualité débordante. Le film fonctionne aussi parce que l’acteur comique permet à ses partenaires de s’exprimer. rueducine.com-Louis-de-Funès-la-folie-des-grandeurs

Il faut attendre 2 ans pour revoir Louis de Funès sur les écrans. Il retrouve Gérard Oury pour une comédie sur le conflit Israelo-Arabe vu depuis la France. « Les aventures de Rabbi Jacob » (1973) sort deux semaines avant la guerre du Kippour 6/10 – 23/10/1973. Si le film n’a pas la tenue du précédent il offre cependant quelques moments d’anthologie, comme la scène en moto dans Paris ou la danse hassidique dans la rue des rosiers, ou encore quand le héros du film pris en otage cherche à attirer l’attention des gendarmes dans une station service. Dernier film Oury-De Funès, un projet nommé « Le crocodile » dans lequel l’acteur devait interpréter un dictateur sud-américain ne verra pas le jour à cause des problèmes de santé de la vedette.rueducine.com-Louis-de-Funès-Les-aventures-de-rabbi-jacob

Louis de Funès qui a ralenti ses apparitions au cinéma, subit en 1975 un infarctus, qui va l’obliger à éviter les rôles trop physiques, et dans lesquels il doit moins faire appel aux gesticulations colériques.
C’est ainsi qu’il apparaît en créateur de guide gastronomique dans le film de Claude Zidi « L’aile ou la cuisse » (1976). Film raté sur la critique gastronomique et ce que de nos jours on appelle « la malbouffe ». C’est un Louis de Funès amaigri et plus introspectif dans son dégagement comique qui nous apparaît. Mais c’est Julien Guiomar qui remporte la timbale. Coluche est sous employé. Claude Zidi scénariste et réalisateur anone un cinéma qui à peine sorti a déjà vécu.  Heureusement Vladimir Cosma enrobe ce spectacle à la limite du pathétique d’une musique sautillante. Le film est succès populaire incontestable.rueducine.com-Louis-de-Funès-l-aile-ou-la-cuisse

En 1978 Claude Zidi et Louis de Funès remettent ça avec « La zizanie« . Il a pour partenaire Annie Girardot. Mais le scénario ne vaut pas grand chose. Dans cette maison-usine tout tourne en rond. Tout le monde fait du de Funès, quand lui, le pauvre, ne peut plus vraiment se le permettre. Le tournage est assez houleux entre Annie Girardot alors à l’époque la plus grande actrice française. Histoires d’ego.rueducine.com-Louis-de-Funès-La-zizanie

Je passe rapidement sur ses 4 derniers films qui n’ont guère d’intérêt. On retrouve deux avatars de la série des gendarmes. Au menu des extraterrestres pour le cinquième  (1979) et des gendarmettes (1982) pour le sixième de la série  et dernier film de la carrière de l’acteur. Jean Girault pantoufle dans ces resucées indigestes et tropéziennes; ça tombe bien tout le monde est là pour cachetonner.
En 1980, Louis de Funès a à cœur d’interpréter le rôle d’Harpagon dans « L’avare« . Mais on peut dire que l’entreprise échoue pour deux raisons: La première est que l’adaptation pour le cinéma est ratée. La seconde c’est que Jean Girault et Louis de Funès s’entourent de la même bande qui écume la gendarmerie tropézienne depuis 15 années, et l’on ne peut s’empêcher de de se dire que ce film c’est un peu « Les gendarmes jouent dans l’Avare ». rueducine.com-Louis-de-Funès-l-avare

« La soupe aux choux » (1981) toujours de l’inépuisable Jean Girault s’avère être une catastrophe cinématographique où la vulgarité l’emporte sur tout le reste. Après Coluche, c’est Jacques Villeret qui s’y colle pour faire les jeunes faire-valoir. A oublier.

Louis de Funès est devenu spécialiste de l’interprétation du français moyen, et du petit chef, qui abuse sur la moindre parcelle d’autorité, et devient veule dans une situation défavorable.
Louis de Funès qui aura connu la notoriété assez tard et le vedettariat encore plus tard, travaillera avec assez peu de réalisateurs (André Hunnebelle, Jean Girault, Gérard Oury, Robert Dhéry et Serge Korber). Il en est de même pour les scénaristes (Jean Halain, Jacques Vifrid, Jean Girault, Gérard Oury et lui-même) cherchant à se créer un monde de sécurité. Cet anxieux permanent s’enferme aussi dans la comédie alors que son potentiel dramatique était immense.

rueducine.com-Louis-de-Funès-photo-2Si Louis de Funès aura la reconnaissance du public surtout à partir du film « Le gendarme de Saint Tropez » (1964) de Jean Girault, ce ne sera pas le cas pour celle de la critique qui en général louera le génie comique de l’acteur mais n’appréciera pas les films.
Car Louis de Funès est un inventif permanent. Il bénéficie d’une facilité à grimacer avec un visage d’une plasticité incroyable. Mais en plus il a le génie du rythme dans la grimace et dans la verbigération.
Ses talents rappellent ceux des grands du cinéma muet et surtout Charlie Chaplin. Souvent l’acteur se passe de dialogues pour faire passer ses messages. Grimaces, bruitages, gesticulations, et rythme sont les outils comiques de Louis de Funès.
Le principal écueil que rencontrera l’acteur mais sans rien faire pour changer l’état de fait, c’est que les scénarios ne sont pas à la hauteur de son génie. Seul Gérard Oury parviendra à offrir à Louis de Funès des rôles grandioses.
Et sans les films de Gérard Oury l’héritage de Louis de Funès au 7ème art serait sûrement bien moindre.
Pourquoi la comédie italienne et notamment (à l’italienne) est supérieure à la comédie française des années 1960-1970?
Comment se fait-il que la première ait eu une reconnaissance jusque dans les festivals de films et les trophées nationaux et internationaux (Oscars, Golden Globe)?
Réponse simple : les scénarios sont bien supérieurs du côté des studios de  Cinecittà que du côté de ceux de Boulogne.