BICHES (LES)
- Dominique Zardi, Jacqueline Sassard, Jean-Louis Trintignant, Stéphane Audran
- Claude Chabrol
- Drame
- 1968
- France, Italie
- Claude Chabrol, Paul Gégauff
- Pierre Jansen
Synopsis
Paris 1967, Frédérique riche bourgeoise parisienne oisive, remarque un jour une jeune fille bohème, Why, qui dessine des biches à la craie sur le pont des Arts. Elle lui donne une somme d’argent indécente, et la séduit. Elle l’emmène dans sa villa tropézienne où deux parasites Robègue et Riais sont installés. Why lors d’une soirée poker chez Frédérique rencontre et tombe amoureuse de Paul Thomas. Lanuit même ils ont une relation sexuelle. Frédérique jalouse, décide alors de séduire Paul qui accepte plus volontiers une relation avec une femme qui correspond mieux à son âge, et délaisse la jeune Why…
CRITIQUE
Après une fantaisie d’espionnage « La route de Corinthe » (1967) comme le cinéma européen en faisait, et dont Claude Chabrol en dit ceci,
« Tenez, j’ai fait treize films avec le producteur André Génovès. Notre premier film ensemble (« La Route de Corinthe » NDLR), j’en avais honte avant de le commencer, j’ai essayé de changer le scénario ! Peine perdue. Ce film, il faut le voir pour y croire ! N’empêche que grâce à ça, j’ai pu ensuite faire avec Génovès douze films que j’avais vraiment envie de tourner. »
André Génovès (1941-2012) décide de salarier Claude Chabrol. Chabrol aura un revenu mensuel qui lui permet d’écrire de préparer les tournages, tourner les films et faire la post production sans se soucier des rentrées d’argent. D’autant que pendant cette âge d’or Claude Chabrol vit avec Stéphane Audran son actrice principale. De cet âge d’or il ressort la période dite Pompidolienne inaugurée par « Les Biches » (1968) et qui s’achève avec « Les noces rouges » (1973).
« Les biches » n’est pas un film abouti. Le scénario est quelque peu erratique et se perd avec deux personnages secondaires qui relèvent plus de la clownerie que d’une description « d’entomologiste de la bourgeoisie » comme l’on qualifiera plus tard le réalisateur en disséquant son oeuvre. Ces deux personnages sont interprétés par Dominique Zardi et Henri Attal gênent au bon déroulement du film. Les facéties laborieuses de ces deux parasites alourdissent inutilement le récit et nuisent à la tenue du film.
Le film est intéressant dans les glissements amoureux : Frédérique et Why s’aiment, puis Why aime Paul, puis Frédérique aime Paul, mais Paul aime Frédérique et Why, Why aime Frédérique et Paul mais à la fin Frédérique (et donc Paul) rejette Why. Le triangle amoureux ne cesse d’évoluer à longueur de film. Lorsqu’un équilibre amoureux fugace semble se dessiner, le rejet et le dégoût que Why inspire à Frédérique plonge la jeune femme rejetée dans un désordre psychologique qui mènera au drame final.
Si la sexualité est omniprésente dans le film pas une seule fois Claude Chabrol tombe dans la facilité de montrer l’acte sexuel. Et l’érotisme traverse le film de bout en bout.
Why incarne, à la veille de 1968, une classe prolétarienne utilisée par la bourgeoise Frédérique pour ses besoins sexuels, mais aussi pour la servir (l’asservir). Why se met à rêver de pouvoir intégrer cette classe. La douceur de vivre, alcools, soirées, lascivité et oisivité et argent intarissable en sont l’apanage. La jeune femme est fascinée par ce monde et fait tout pour l’intégrer. Mais Why mise au rebut jusqu’à l’humiliation (le dégoût qu’elle suscite) va connaître un dérèglement psychique, une révolution mentale.
La révolution sera donc sanglante et mortifère.
Si la fin du film reste ouverte; il ne fait pas de doute que les trois personnages auront été laminés.
Stéphane Audran en femme vénéneuse est époustouflante. Jouer les bourgeoises prédatrices semble être une seconde nature. Jacqueline Sassard est irrégulière parfois très bien, sur d’autres scènes elle semble moins dans son rôle.
Enfin Jean-Louis Trintignant manipulé par les deux femmes est comme à son habitude irréprochable dans son interprétation.
La photographie de Saint Tropez à Noël, un peu brumeuse, avec du soleil mais rasant, et la musique de Pierre Jansen complètent la réalisation offrant une atmosphère chargée de laquelle peut surgir la noirceur des sentiments et des actes.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
Les Frédérique et Why se baladent sur les quais d’un port où le yacht de Frédérique est amarré. Les deux femmes alors amoureuses se racontent. Dernière scène solaire avant l’arrivée de Paul.
L’ANECDOTE
Jacqueline Sassard (1940-2021) actrice française, née à Nice est déjà sur sa fin de sa carrière cinématographique. « Les biches » est son avant dernier film sur une petite vingtaine, et dix ans de carrière.
Elle est découverte en Italie par Alberto Lattuada en 1957 pour « Gwendalina« . Suivent « Les Époux terribles » (« Nata di marzo« ) d’Antonio Pietrangeli. Puis Valerio Zurlini tourne avec Jean-Louis Trintignant, Eleonora Rossi Drago et Jacqueline Sassard pour « L’été violent » (« Estate violenta« ) (1959). La même année elle tourne pour Luigi Zampa « Nous sommes tous coupables » (« Il magistrato« ).
On la voit dans des films de genre comme le peplum « Les titans » (« I titani« ) (1962) de Duccio Tessari ou encore deux films d’aventures tournés par Umberto Lenzi « Sandokan, le tigre de Bornéo« (1963) et « Les pirates de Malaisie » (1964).
Un film en costume « Le sexe des anges » (« Le voci bianche« ) (1964) de Pasquale Festa Campanile et « Les saisons de notre amour » (« Le stagioni del nostro amore« ) (1965), de Florestano Vancini.
En 1967 elle tourne dans un film de Joseph Losey « Accident« .
Elle épouse Gianni Lancia l’héritier de la firme automobile Lancia et cesse toute activité au cinéma.




