Synopsis
Années 1970, dans un bourg proche de Blois, le député-maire de la majorité pompidolienne Paul Delamare se représente aux élections municipales. Pour être sûr de l’emporter il approche un homme réputé de gauche Pierre Maury. Celui-ci est marié et vit avec une femme très affaiblie. Pierre Maury est l’amant de Lucienne Delamare. Lucienne a été remariée avec Paul Delamare qui a élevé sa fille Hélène Chevalier, à présent adolescente. Pierre et Lucienne se voient lors des séances de l’Assemblée Nationale de son mari qui obligent le député-maire à s’absenter trois jours à Paris. Mais un jour la femme de Pierre décède…
CRITIQUE
La France de la petite bourgeoisie auscultée par Claude Chabrol, à travers l’adaptation d’un fait divers qui a eu lieu en 1970. Le député-maire est corrompu, et entend bien s’enrichir sur le dos de la commune par des magouilles industrielles et immobilières.
Paul Delamare est cocu. Il en a la preuve et compte bien en tirer parti, en faisant pression sur son adjoint à la mairie Pierre amant de Lucienne. Paul Delamare est un pervers narcissique avec un pouvoir local, des manière de bourgeois et l’emphase d’un Montfleury. Mais il pousse le bouchon un peu loin dans la rodomontade quand il convoque Pierre Maury pour la grande explication et l’ébauche d’un chantage. Claude Piéplu est dans un de ses grands rôles de cinéma. Il semble sorti de ces comédies à l’italienne qui foisonnent en Italie.
Lucienne est une femme sexuellement insatisfaite tout comme Pierre son amant. Ils vivent leurs amours cachés. Car dans un bourg comme celui-ci les rumeurs vont vite. Ils sont un peu ridicules à pousser leurs gémissements pendant leurs ébats. Ils font des bétises d’adolescents en transformant le château-musée de la commune, pendant ses heures de fermetures au public, en chambre à coucher.
Plutôt que de partir vivre ailleurs ensemble, puisqu’ils n’ont aucune attache à cette région, les deux amants se lancent dans le crime domestique.

Mais commettre un crime c’est compliqué. Surtout pour deux amateurs. Et fatalement malgré un pouvoir politique qui veut fermer les yeux sur la cause exacte de la mort du député-maire (Claude Chabrol serait-il l’oracle de l’affaire Robert Boulin qui aura lieu 6 ans plus tard?), la vérité réclamée avec obstination par la fille de Lucienne finira par éclater.
Stéphane Audran est comme souvent dans les films de Claude Chabrol, avec lequel elle est mariée depuis 1964, magnifique et vénéneuse.
Michel Piccoli est dans sa période « petit bourgeois » entre les films de Claude Sautet, et « La grande bouffe » (1973) de Marco Ferreri. Dans ce film il est comme un poisson dans l’eau. Son personnage semble avoir une morale politique et aucune morale sociale. C’est un assassin compulsif qui élimine ceux qui l’empêchent de vivre pleinement sa passion amoureuse.
Claude Chabrol chroniqueur (au fil de ses films) satiriste (par son ton) et moraliste (les assassins sont pris) par petites touches instille des détails de la vie de ses personnages qui les rend plus pathétiques que sympathiques. Imbéciles, plus qu’habiles.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
Le meurtre de Paul Delamare au bord d’une route, nuitamment. L’art du crime est difficile!
L’ANECDOTE
La sortie du film est repoussée par décision administrative de 15 jours à la demande des avocats du criminel dont le scénario du film s’inspire. Ceci pour ne pas influencer les jurés de la Cour d’Assises de la Haute-Vienne, le procès ayant lieu à la même date.


