ROSE ET LA FLÈCHE (LA)
- Audrey Hepburn, Ian Holm, Kenneth Haigh, Nicol Williamson, Richard Harris, Robert Shaw, Ronnie Barker, Sean Connery
- Richard Lester
- Aventures, Cape et épée
- 1976
- Robin and Marian
- Grande Bretagne, Espagne
- James Goldman
- John Barry
Synopsis
Siège de Châlus année 1199. Une poignée de soldats anglais parmi lesquels Robin Hood et Petit Jean assiègent un château qui recèlerait une statue de 1 mêtre toute en or. Mais le château n’est défendu que par un vieillard borgne des femmes et des enfants. Et la statue gît dans un champs de navets et elle est en pierre. Robin renonce à prendre le château. Quand arrive Richard Cœur de Lion et sa troupe menée par Mercadier. Richard que 18 années de croisades a rendu sanguinaire et assoiffé d’or exige de Robin Hood de prendre coûte que coûte le château et de massacrer les habitants. Refus de Robin. Richard fait arrêter le mutin et Petit Jean. Le vieux borgne depuis son rempart lance à la main une flêche et atteint dans le cou le roi Richard. Ce dernier fait massacrer Châlus et brûler le village. Richard qui voulait décapiter ses deux prisonniers, après un ultime banquet, meurt de ses blessures et avant d’expirer décide de les relâcher. Robin et Jean rentrent à Sherwood…
CRITIQUE
Film magnifique sur l’amour plus grand que le temps qui passe et plus fort que la vie elle-même. Un amour qui transcende Dieu et supplante l’héroïsme et la légende.
Notre Robin des bois revient des croisades bien vieilli et meurtri moralement par les atrocités qu’il a commises au nom de dieu en terre sainte. Son corps est flétri par de multiples blessures qui zèbrent de cicatrices son corps. Mais si son âme est tout aussi blessée que son corps Robin conserve même le sens du devoir et par vanité veut faire briller sa légende sur ses propres terres en luttant contre l’oppression de Jean Sans Terre.
Cependant n’a plus la vigueur de ses vingt ans. Les armes sont de plus en plus lourdes, ainsi que les armures. Monter à cheval devient un calvaire, et dormir à même le sol dans la forêt avec l’humidité promet des réveils douloureux pour un soldat auréolé de gloire.
Le duel avec le shérif de Nottingham n’a rien d’épique. Il est long, difficile et sanglant. Le sol est souillé du sang des deux duellistes et tous deux ahanent à chaque coup d’épée.
Sa Marianne qui en a eu marre de l’attendre quasi vingt années s’est investie dans l’amour de Dieu à la religion catholique, pourchassée, depuis, par le pouvoir de Jean sans terre et l’infâme Shérif de Nottingham.
Dommage que tout ceci soit en partie gâché par une production hispano-britannique un peu fauchée.
L’ouverture sur le siège de la forteresse de Châlus est assez ratée sur le plan du décor naturel qui n’est pas du tout en adéquation avec les paysages français.
C’est le même problème rencontré le diptyque de Richard Lester « Les trois mousquetaires » (1973) et « On l’appelait Milady » (1974) (au demeurant parmi les meilleures adaptation du roman de Dumas père) où les tournages dans les contrées espagnoles jurent avec la véracité du récit.
Heureusement que Richard Lester a un grand talent de réalisateur qui parvient à faire fi de ces faiblesses, pour mieux se focaliser sur le scénario et les dialogues, ici, savoureux. Il profite aussi de l’interprétation de très grande qualité qu’offre un casting ma foi impressionnant. Il introduit tout au long du récit, des petites touches d’humour qui n’ont l’air de rien, notamment quand les seigneurs endossent leurs armures et qu’ils ont du mal à les supporter à cause du poids. Ou encore quand il fait faire des exploits physiques à Robin et Petit Jean qui n’ont plus l’âge pour les faire et le commentent.
Richard Lester utilise la lumière naturelle pour donner plus d’authenticité et retirer tout artifice aux situations désenchantées. La forêt de Sherwood à bien du mal à permettre à ses habitants de l’investir et d’y bien vivre. Elle semble bien pauvre en termes de variété d’arbres, les anciennes constructions sont disparues. Et la nature peu généreuse en gibier. Les souvenirs, eux restent vivaces. On y vivait pourtant bien dans la forêt il y a plus de vingt ans…
Le duo Robin-Petit Jean fonctionne très bien et rend à merveille ces plus de 20 années de complicité et de solidarité mais aussi d’enfantillages et de jalousie amoreuse réprimée de la part de Petit Jean.
Le couple Robin-Marianne est un couple d’un romantisme absolu ce qui est rarement le cas chez des quadragénaires au cinéma. On croit en leur amour même quand Robin dit qu’il n’avait pas pensé à Marianne durant ses 20 ans d’absence, alors que sa première préoccupation est de s’enquérir sur l’endroit où vit Marianne. En fait on comprend que Marianne a été omniprésente dans ses pensées.
Sean Connery et Audrey Hepburn illuminent le film dès qu’il sont en présence ensemble. Leur couple fonctionne magnifiquement. Chaque personnage s’est réfugié dans un faux oubli de leur amour.
Le premier dans les combats des croisades et la seconde dans la religion. Et leurs retrouvailles bouleversent vingt années de certitudes. La certitude que l’épée mêne à la gloire et que la religion mêne à Dieu.
La fin du film est poignante mais aussi nécessaire (qui ne pouvait pas ne pas être). Elle donne à l’amour de Marianne pour Robin toute sa grandeur et permet à Robin de finir sur une journée comme il ne pourrait plus en vivre d’autres. La mort permet d’éviter la mélancolie sur des années perdues et de vivre intensément les derniers instants de vie commune. A Petit Jean de transmettre ce que sera la légende.
L’ex James Bond arbore une calvitie envahissante et une barbe fournie poivre et sel. Plus sel que poivre.

Audrey Hepburn qui avait disparu des écrans depuis 9 ans revient avec quelques débuts de rides. Marianne qui s’est réfugiée dans l’amour de Dieu, retombe immédiatement en amour pour son Robin.
Les seconds rôles sont excellents. De Robert Shaw qui joue un shérif de Nottingham assez ambigu dans ses relations avec Robin. Les deux semblent être passés à peu de chose de l’amitié. Dans le fond, bien qu’opposés, ils donnent l’impression de s’apprécier. Et le duel final n’en est que plus pathétique.
Richard Harris interprète le roi Richard coeur de Lion halluciné par sa violence. Ian Holm est quant à lui un Jean Sans Terre pathétique qui ne pense qu’à lutiner sa jeune reine.
Les costumes sont élimés, déchirés, sales et semblent à l’image de ceux qui les portent.
John Barry a composé pour ce film une superbe mélodie, modulable avec diverses orchestrations, qui au fur et à mesure que le film avance, devient de plus en plus insistante et nous remplit la tête et le coeur. Les larmes se font présentes. C’est superbe!
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
La scène finale où Robin décoche sa flèche pour indiquer où il veut être enterré auprès de Marianne. La flèche part dans le ciel on ne la verra pas tomber… Et tombera-t-elle?
L’ANECDOTE
Le scénariste James Goldman a aussi écrit le scénario du film « Le lion en hiver » (1968) pour lequel il avait reçu un Oscar.





