Synopsis
Philadelphie début des années 1980, Jack Terry est preneur de son dans une boite minable de production de films z. Avec le réalisateur ils butent sur le son d’une scène de crime sous d’une femme dans sa douche pompée sur « Psychose » d’Alfred Hitchcock. Mais aussi sur le souffle du vent. Jack Terry part donc à la recherche de sons avec un micro sensible sur un pont la nuit. Il est témoin de la chute d’une voiture qui sort de la route et plonge dans la rivière. Jack Terry plonge et parvient à sauver une jeune femme, le conducteur de la voiture étant mort. A l’hôpital il apprend que le mort est un candidat à la présidence, le gouverneur George McRyan qui met en danger la réelection de l’actuel président des Etats-Unis. Surgit un personnage qui fait pression sur lui pour qu’il ne parle pas de la fille dans la voiture par égard à la famille du gouverneur…
CRITIQUE
Film paranoïaque et qui en prend le contrepied. Je m’explique:
Brian De Palma s’ingénie à minimiser l’aspect politique du film pour le tirer vers le fait divers. Et la fin du film en est la conséquence: le gouverneur est mort dans un malheureux accident et Sally est la victime d’un tueur en série lui-même occis par sa dernière victime. Ça fait trente seconde au journal télévisé. End of the story.
Cet aspect là du film est assez frustrant dans l’immédiateté du visionnage du film. Mais en y réfléchissant le spectateur peut se dire, qu’après tout, c’est peut être la meilleure conclusion possible (et la plus pessimiste) qui prévaut.
De Palma a montré qu’il était à travers son cinéma critique envers les Etats-Unis et ses institutions (La voiture de Jack Terry qui fonce dans le défilé de l’Independance Day en est un des plus grands symboles). Démasquer les commanditaires de l’assassinat du gouverneur et fabriquer un happy end « forcé » pour complaire au public américain ne l’aurait pas satisfait.
« Blow Out » vient après « Blow-up » (1966) de Michelangelo Antonioni, où un photographe pense avoir photographié sans le savoir un meurtre. et après « Conversation secrète » (1974) de Francis Ford Coppola où un homme enregistre une conversation d’un couple qui revèlerait qu’il est en danger. Dans ces deux films les protagonistes sont des obsessionnels qui utilisent leur matériel (la photo, ou le son) dans ses moindres détails quitte à les déformer pour les reformer afin de découvrir une (la?) vérité.
Jack Terry obtient d’abord un son, puis fabrique un film (à partir de photographies chose à l’époque très peu crédible) pour tenter d’obtenir une vérité. Jack Terry est tout autant obsessionnel que ses prédécesseurs.
Les références à la vie politique des Etats-Unis sont nombreuses : Cela commence par l’accident de voiture du sénateur Edward Moore Kennedy sur l’île de Chappaquiddick en 1969 (lors de cet accident le sénateur s’en sort et la femme qui l’accompagnait est décédée) puis il est question du film d’Abraham Zapruder qui a immortalisé au 8mm la mort de John Fitzgerald Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963.
La disparition de témoins fait aussi référence à celles (dont certaines mystérieuses) qui surviennent après l’assassinat de JFK. Tout comme la frustration finale du héros ressemble à celle du peuple américain insatisfait des conclusions de la commission Warren sur l’assassinat de JFK.
Sa paranoïa augmentera au fur et à mesure qu’il s’apercevra que l’on cherche à neutraliser son matériel et après avoir subi des pressions pour occulter la vérité. Et comme ses prédécesseurs Thomas pour « Blow-up » et Harry pour « Conversation secrète » Jack finira frustré dans l’aboutissement de son enquête. Et victime d’une tragédie personnelle.
Le film est formellement irréprochable. Travail sur les couleurs bleues et rouges à chaque plan. Une grammaire du cinéma ultra maîtrisée et au service du récit. Le cinéma de De Palma dans ce film n’est pas virtuose pour le plaisir. La forme accompagne le fond.
On peut reprocher cependant un défaut d’écriture sur le personnage qu’interprète Nancy Allen. Elle aurait dû indiquer comme Jack le lui avait ordonné de dire où elle se situait quand le tueur l’amenait hors de la gare.
Autre défaut majeur du film la fabrication d’un film synchronisé avec le son à partie de photographies prises dans la presse. C’est un peu gros. Même si en 2025 c’est un peu plus plausible, avec l’intelligence artificielle.
Pino Donaggio accompagne le film avec un immense talent et ajoute aux images un aspect romantique que n’ont pas forcément les images brutes de Brian De Palma.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
La reconstitution de la prise de son et les images mentales de Jack Terry (il n’a pas encore fabriqué le film) pour reconstituer les évènements dramatiques de la veille.
L’ANECDOTE
Le film est un four. Ce n’est que vers le début des années 2000 qu’il sera réhabilité et pour certains considéré comme étant son meilleur film. Pour rueducine.com son meilleur film est « L’impasse » (« Carlito’s way« ) (1993)
NOTE : 15/20



