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Synopsis

Dans un temps mal défini, un pays incertain, le jeune sous-officier Drogo est nommé pour se rendre à la forteresse de Bastiano à la frontière du pays avec le pays tartare aux confins du désert. Une douzaine d’officiers forme le commandement du la forteresse. Tous attendent l’arrivée de l’ennemi. Les jours passent et les occupations se résument à quelques sorties d’entraînement miltaire et des repas monotones. Certains officiers sont malades le lieutenant Comte Peter von Hamerling ainsi que le lieutenant-colonel Nathanson. Mais l’attente fait aussi perdre le sens des réalités de certains officiers et l’application du règlement militaire…

CRITIQUE

Valerio Zurlini peut tourner ce film parce que Jacques Perrin interprète s’implique pleinement dans la production du film.
Le film est mémorable sur plusieurs plans.
Sur le plan purement géographique et historique. Son tournage des extérieurs se situe dans la citadelle de Bam sérieusement détruite en 2003 par un tremblement de terre et qui depuis est en reconstruction. mais sous le régime corrompu des ayatollahs seul Allah sait comment. La caméra de Valerio Zurlini et les éclairages splendides de Luciano Tovoli donnent une dimension fantastique à la forteresse, mais aussi au désert qui l’entoure. Le film est donc un témoignage sublime de l’état de la citadelle en 1975.

Sur le plan cinématographique le film rend la qualité que pouvaient atteindre les films italiens en terme d’images, de décors des intérieurs et des costumes (tous deux signés de Giancarlo Bartolini Salimbeni) et de musique (Ennio Morricone). Tout est magnifique. A l’époque encore le cinéma italien est la plus grande industrie du 7ème art au monde et les techniciens de ce cinéma le prouvent.

Ce cinéma là était capable de rameuter le fleuron des acteurs européens pour les réunir dans un chef d’oeuvre. Nous avons quand même une dizaine d’acteurs de stature internationale dans ce film. Et tous sont au top. Giuliano Gemma qui a toujours joué des rôles de personnages positifs est pour la seule fois (ce me semble) de sa carrière dans la peau d’un personnage assez sombre et violent.

Le film ne définit pas un temps historique précis. Les costumes rappellent la fin du XIXème siècle, la mitrailleuse, le début du XXème siècle, et un cadre de Napoléon se réfère à la nostalgie du génie militaire du début du XIXème siècle. Bref Valerio Zurlini et son scénariste André-Georges Brunelin jouent aussi avec les repères du spectateur.

Le film montre combien le passage du temps, l’ennui, les mesquineries qui éclosent, l’homosexualité refoulée, et l’attente sans fin détruisent les hommes de l’intérieur. Entre la maladie, la folie qui les guette et leurs propres armes, leur destruction est plus certaine que les armes de l’ennemi.
Les officiers rèvent encore du romantisme de la guerre et de la charge à cheval. Mais canons et mitrailleuse feront l’essentiel du travail au prochain conflit. L’immobilisme des officiers dans leur rêveries, leurs attentes, et leurs failles psychologiques en font des personnages obsolètes face à un monde qui bouge et dont les tactiques de guerre évoluent.

Le film montre aussi un monde qui devient de plus en plus petit. Les économies budgétaires obligent l’armée de réduire les effectifs de la forteresse Bastiano, obligeant le commandant du fort,  sérieusement amputé, de lâcher les avant postes pour se concentrer sur la forteresse en elle-même. Et pour le côup le film a un retentissement avec nos années 2022-2025 où l’Europe s’est aperçue que face à un pays redevenu agressif (la Russie) les politiques de désarmement à la fin de la guerre froide sont préjudiciables à leur sécurité.
Au fort de Bastiano quand l’ennemi nombreux se présentera, le désengagement en hommes et matériel sera sûrement chèrement payé.

Ennio Morricone signe une musique lancinante qui ajoute aux images une atmosphère de déliquessence. Elle n’en est pas moins magnifique.

 

LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

Le lieutenant Drogo se rend chez le général pour demander une nouvelle affectation certificat médical à l’appui. Refus du général qui argue de la caducité de son certificat mais surtout de l’attachement du lieutenant au fort de Bastiano et la gloire au combat qui finira bien par venir. Cynisme bureaucratique et bonhommie Philippe Noiret parfait.

L’ANECDOTE

Giuliano Gemma a raconté :

« Valerio Zurlini gérait les acteurs comme un général gère sa troupe. Une fois avant le tournage d’une scène avec tous les acteurs principaux habillés impeccablement, l’un d’eux (dont je tairais le nom) était dépenaillé, Zurlini l’a engueulé devant tous les autres en lui disant qu’il était inadmissible qu’il vienne dans cet accoutrement alors que les autres étaient prêts à tourner ».

NOTE : 17/20

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