JE LA CONNAISSAIS BIEN
- Enrico Maria Salerno, Franco Nero, Jean-Claude Brialy, Joachim Fuchsberger, Mario Adorf, Nino Manfredi, Robert Hoffmann, Stefania Sandrelli, Ugo Tognazzi
- Antonio Pietrangeli
- Drame
- 1965
- Io la conoscevo bene
- Italie, France
- Antonio Pietrangeli, Ettore Scola, Ruggero Maccari
- Chansons italiennes des années 1950 et début des années 1960, Piero Piccioni
Synopsis
Adriana est une jeune femme. Elle se prélasse seule sur une plage de Toscane envahie d’immondices. Elle écoute seule la radio qui diffuse des chansons. Elle s’aperçoit qu’elle va être en retrd à son travail. Elle est coiffeuse manucure dans un petit salon. Mais ce n’est pas du tout le métier qu’elle a envie de faire. A la fin de la journée, le rideau métallique est fermé, un homme d’une bonne cinquantaine d’année ouvre le rideau et entre dans le salon de coiffure. Il ouvre le tiroir-caisse, et se plaint de la recette du jour auprès d’Adriana qui l’attend dans une pièce en arrière boutique. Ils couchent ensemble…
CRITIQUE
Antonio Pietrangeli est un cinéaste italien qui est négligé de nos jours au regard des Dino Risi, Mario Monicelli, Ettore Scola, Pietro Germi, Federico Fellini et même des Sergio Leone, Sergio Corbucci, Mario Bava et quelques autres auteurs de séries B du cinéma italien… Même rueducine.com qui se targue d’être un blog qui donne au cinéma transalpin une belle part dans ses rubriques (20% de ses articles), ne commente son premier film de ce réalisateur qu’au 2045ème article.
Et pourtant Antonio Pietrangeli avec Ruggero Maccari et Ettore Scola signent un des plus beaux et plus poignant portrait de femme du cinéma italien et du cinéma mondial.
Dans une Italie qui arrive à la fin de son boom économique qui a surtout bénéficié aux villes et aux métropoles, Adriana rève de célébrité et de cinéma. Elle va rencontrer sur son chemin des hommes qui vont non seulement abuser d’elle, (soit en abusant des charmes de sa jeunesse soit en l’escroquant, ou en la « vendant » à d’autres hommes) mais finissent par l’humilier. Le film est donc une accumulation de saynètes qui finissent régulièrement par un avillissement pour la jeune femme jusqu’à ce qu’elle ne supporte plus sa condition.
Mais si les hommes, (à part Mario Adorf et Franco Nero dans deux rôles secondaires), sont odieux avec elle, les scénaristes et le réalisateur ne sont pas tendres avec Adriana. Effectivement elle est indifférente aux hommes qui sont de condition prolétarienne. Elle n’est attirée que par les hommes qui portent beau, claquent du pognon, et à la fin se comportent comme des goujats. L’homme est clairement un prédateur pour Adriana. Mais pour les italiennes en général, et plus elles sont jolies et ont des ambitions « artistiques » plus elles ont fragilisées. On pourrait dire que les scénaristes font aussi en sorte que le personnage d’Adrianna couche « utile » dans le but de s’élever socialement. Mais elle elle ne veut s’élever que par le biais du cinéma. Ainsi la retrouve-t-on ouvreuse d’un cinéma romain où elle connaîtra sa plus grande humiliation publique.
Elle refuse les conseils d’une femme de ses connaissances, de trouver un homme qui l’embourgeoiserait (comme elle) et qui serait un industriel ou un riche commerçant. Or ces gens là sont à la recherche de belles femmes comme Adriana qui leur donnerait une aura supérieure. Mais Adriana ne veut s’élever que par le cinéma.
Le film est la plupart du temps considéré comme faisant partie de la comédie à l’italienne. Mais ce n’est pas là que nous le cartographierons. Mais plutôt dans le drame. Car à nul moment la comédie apparaît dans le film.
Même la scène dans laquelle Ugo Tognazzi danse sur une table en faisant des claquettes et imite un train, fait à peine sourire dans ses trente premières secondes, pour tout de suite verser dans le pathétique.
Antonio Pietrangeli fait penser au Pietro Germi de « Ces messieurs dames » (« Signore e signori« ) (1966) dont la férocité caricaturale se serait métamorphosée en chronique noire des relations hommes femmes. Mais le point de vu du film est celui d’Adriana. Par deux ou trois regards caméra, le spectateur sait que le film est le point de vue d’Adriana.
Ces deux cinéastes se sont intéressés au sort des femmes de leur pays. Et l’on peut dire que si l’un s’intéresse plus à la partie méridionale de l’Italie et les aspects « culturels et légaux » de la soumission des femmes (Pietro Germi), ils en arrivent aux mêmes conclusions. La place de la femme dans l’Italie des années 1960 est loin d’être à égalité avec celle de l’homme. On peut dire que ces deux cinéastes consciemment ou non ont dialogué pendant 5 ans sur leur préoccupation de la situation de la femme dans un pays patriarcal et pétri par la religion catholique dévoyée par son clergé.
D’ailleurs le tout début du film de Pietrangelli fait penser à la toute fin de « Divorce à l’italienne » (« Divorzio all’italiana« ) (1961). Il s’agit de la même actrice, dans les deux films, et elle est en maillot de bain dans les deux films.
Stefania Sandrelli qui porte le film sur ses jeunes épaules (elle a 18 ans pendant le tournage) avec un jeu qui sait alterner la vivacité à la mélancolie, rend le personnage d’Adriana très attachant. Mais elle conserve aussi une part de mystère.
Le film est récompensée par trois Nastri d’argento (prix de la critique).
Meilleur réalisateur, meilleur scénario, et meilleur acteur dans un second rôle pour Ugo Tognazzi.
Rien pour Stefania Sandrelli. Comme quoi le film reflète une certaine réalité.
La description du monde du cinéma par des hommes travaillant dans ce métier depuis plusieurs années est impitoyable. Un monde de vaniteux (qui s’auto-congratule en recevant des prix qu’ils ont payé (petits fours compris), d’égoïstes, de prédateurs sexuels, et de mesquins qui n’ont aucune reconnaissance d’amitié. Celle-ci varie en fonction de la carrière. Plus on est côté dans le métier plus on a d' »amis ».
Antonio Pietrangelli fait partie des grands cinéastes sur le fond comme nous l’avons vu mais aussi sur la forme. Il passe d’un fleuve qui charrie des ordures sur le splendide visage de Stefania Sandrelli en un plan. C’est magnifique. Le film est éclairé par l’immense Armando Nannuzzi qui a mis en lumières bien des grands films italiens de la fin du XXème siècle. Le film restauré par la cinémathèque de Bologne rend au film sa somptueuse photographie. Antonio Pietrangeli éclate son film dans sa narration non linéaire. Ce qui rappelle les films à sketchs très en vogue dans le cinéma transalpin.
La musique joue un rôle prépondérant pour ce film. En effet outre celle écrite par Piero Piccioni (un des grands compositeurs transalpins) les chansons font office de choeur comme au théatre grec. Elles commentent les images soit qui viennent juste de passer soit celles qui passent au même moment.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
L’écrivain au moins deux fois plus agé décrit à Adrianna une femme un peu légère, attirée par les sunlights et par les hommes qu’il ne faut pas fréquenter. Adrianna comprend qu’il s’agit d’elle.
L’ANECDOTE
Stefania Sandrelli à propos de ce film a dit :
« Adriana appartient à ma vie mais elle n’est pas ma vie. Plus elle avait des côté pathétiques, plus je sentais la besoin de l’aimer. Je n’ai jamais eu peur de représenter le côté pathétique qui est en chacun de nous« . L’actrice considère le film comme « un chef d’oeuvre moderne, profond et insurpassable« .





