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Synopsis

Village de Corleone en Sicile, 1901, les obsèques d’Antonio Andolini sont brutalement interrompus par des coups de feu. Le fils aîné de la veuve Andolini vient d’être abattu. Peu de temps après la veuve Andolini accompagnée de son dernier fils se rend chez don Ciccio et le supplie d’épargner son fils Vito. Refus de Don Ciccio qui craint des représailles du gamin une fois qu’il aura grandi. La veuve menace alors le parrain de Corleone d’un couteau et ordonne à son fils de fuir. Elle est abattue par les gardes du corps de Don Ciccio. Vito grâce à des complicités parvient à fuir la Sicile et s’embarque sur un bateau direction New York.  Après une quarantaine à cause de la variole, il est recueilli par une famille dont le mari gère une épicerie. Août 1958 sur l’immense propriété de Michael Corleone sur les rives du lac Tahoe, la fête pour la première communion d’Anthony Corleone fils de Michael, permet à ce dernier de recevoir dans son bureau mafieux et politiciens…

CRITIQUE

Après l’immense succès inattendu du film « Le parrain » (« The godfather« ) (1972), après les réticences de Francis Ford Coppola qui en avait bavé pour tourner le premier volet, une suite est finalement mise en route, aux conditions du réalisateur qui exige auprès de la Paramount un contrôle artistique total sur le film.
Mario Puzo se remet à la tâche de l’écriture du scénario en collaboration avec Francis Ford Coppola. Ils utilisent le matériau du livre qu’ils n’avaient pas exploité lors du premier film. A savoir la jeunesse de Vito Corleone. Le reste est fruit de l’imagination, mâtiné de faits réels.

Les deux scénaristes ne seront plus contraints par la mafia comme dans « Le parrain« . Ainsi les mots mafia et Cosa Nostra sont cités dans le film.

Le film raconte donc la jeunesse de Vito Corleone et poursuit la trajectoire de Michael Corleone laissée dans la fin du premier volet au déménagement dans le Nevada. La jeunesse et l’ascension de Vito dans des tons chauds qui font référence à la nostalgie, et faisant de Vito Corleone un homme qui « rétablit une justice » auprès de ses amis et voisins, il ne fait que substituer son pouvoir et sa violence à un pouvoir et une violence incarnés par le personnage de Fanucci qu’il a éliminé.
La main noire devient la mafia.
Mais peu de choses changent. Nous l’avons vu dans le premier film, la protection par l’extorsion, le business du trafic et de la prostitution subsistent. Et Vito Corleone vit grassement de ces crimes.

Dans le deuxième volet, Francis Ford Coppola et Mario Puzo semblent donner plus de légitimité à la violence de Vito Corleone qu’à celle de Michael. Et c’est pour rueducine.com un problème. Le personnage de Vito Corleone avec ce film termine son arc narratif et devient dans le film un personnage « acceptable » en comparaison de son fils. En cela réside le problème : aucune violence mafieuse ne mérite justification et encore moins approbation.

L’intérêt de ce second volet (ce qui le rend supérieur au premier volet, car plus ancré dans la réalité) est avant tout le mélange de la fiction et des faits historiques notamment tout ce qui tourne autour des casinos, de la fin du Cuba du dictateur Fulgencio Batista, et du personnage d’Hyman Roth très inspiré de Meyer Lansky. C’est aussi la vision du capitalisme américain qui devient de plus en plus vorace dans lequel les grandes entreprises (ITT, General Foods, South American Sugar Company, Panama Pan-American Mining Company) côtoient à la même table les secteurs de l’hôtellerie, du tourisme et du jeu tenus par la mafia. Tout ce petit monde exerce une forme de violence par la mainmise sur des pans entiers de secteurs d’activité, par la collusion avec les dictatures, les renforçant par leurs investissements et la corruption inhérente, et l’acceptation de la mafia et ses méthodes expéditives.
Le capitalisme est donc vu comme une forme d’oppression. Et les marchés comme un gâteau que l’on se partage, lors d’un anniversaire, sur un balcon d’un palace cubain.
Francis Ford Coppola nous montre le gâteau cubain, mais en 1974 le spectateur ne peut que penser au gâteau chilien après le coup d’Etat de Pinochet (11 septembre 1973) et l’implication de la CIA et d’ITT, conglomérat américain des télécommunications.

L’aspect politique du film est tout aussi intéressant. On y voit le sénateur du Nevada qui semble vouloir si ce n’est lutter contre la mafia, pour le moins ne pas marcher avec elle. Mais ses travers sexuels, exploités par la mafia, le transforment en homme redevable à celle-ci. En Russie de nos jours on appelle cela un Kompromat. Lors de la fête, une poignée de politiciens participent à la corbeille pour la communion du jeune Anthony Corleone.

Un des fantômes du film est le président John Fitzgerald Kennedy. Par deux fois le film se rappelle à son bon souvenir.
Lorsque Hyman Roth évoque l’éventualité d’un prochain président qui serait choisi par la mafia. On sait qu’à Chicago l’Outfit a beaucoup oeuvré pour l’élection de John Fitzgerald Kennedy en 1961.
Lors de l’assassinat de ce même Hyman Roth qui ressemble furieusement à celui de Lee Harvey Oswald par Jack Ruby lors de son transfert par la police.
Il faut dire que le cinéma américain des années 1970 et les réalisateurs du Nouvel Hollywood ressassent sans cesse dans leurs oeuvres cinématographiques, les circonstances de l’assassinat de JFK et le désastre judiciaire qui en découle.

Autre intérêt du film c’est la poursuite de l’arc narratif du personnage de Michael Corleone qui commençait dans le premier film par le rejet de l’affairisme mafieux de son père, puis la vengeance sanglante et la prise de pouvoir sur les familles mafieuses newyorkaises et dans ce deuxième épisode une soif d’extension des activités mafieuses et de contrôle paranoïaque sur sa famille le menant à la destruction de celle-ci par l’avortement et l’assassinat.

Une seconde fois la porte se referme sur Kay. La première fois dans « Le parrain » où elle se retrouve exclue des décisions de son mari Michael Corleone. Elle se retrouve dans la pièce voisine du bureau du nouveau parrain. La seconde fois où elle se retrouve exclue de la famille et hors de la maison.
Si Michael Corleone devient un parrain craint et respecté par sa violence, s’il a une fortune colossale due à ses multiples activités illégales, il n’en demeure pas moins esseulé et sans aucun doute rongé par ses démons intérieurs et les fantômes de ses victimes.

Al Pacino est vraiment impressionnant dans sa solitude mentale mais aussi dans les colères noires. Il a finalement très peu de ligne de dialogue dans ce film.
John Cazale dans le rôle de Fredo, frère de Michael privé de ses droits d’aîné, faible et veule, rentre dans les grands portraits du 7ème art. Son interprétation exceptionnelle entre dans le Panthéon du cinéma.
La surprise du film est l’apparition de Lee Strasberg, directeur du prestigieux actor’s studio à New York, dans le rôle Hyman Roth. Son interprétation est remarquable.

Côté technique on prend les mêmes et on recommence. On ne change pas une équipe qui gagne.
Donc Dean Tavoularis à la direction artistique, Gordon Willis à la photographie, Nino Rota à la musique et Carmine Coppola à la musique additionnelle. Seule la costumière du premier volet Anna Hill Johnstone est remplacée par Theadora Van Runkle.

La musique de Nino Rota est encore plus nostalgique et sombre que dans le premier volet. Comme l’état mental de Michael Corleone.

Le film récolte 6 oscars dont les 3 majeurs: Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté.
rueducine.com-oscar1Robert De Niro pour son second rôle, Nino Rota et Carmine Coppola pour la musique et Dean Tavoularis pour la direction artistique.

LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

La poursuite de Fanucci par Vito Corleone.
Fanucci dans la rue et Vito Corleone depuis les toits. Le découpage de la scène est magnifique. Ainsi que le contraste d’une rue bondée à cause de la fête de San Rocco dans Little Italy et les toits déserts.

L’ANECDOTE

John Cazale (1935-1978) tourne son troisième film. « Le parrain« , « Conversation secrète » et « Le parrain 2 »  tous trois avec Francis Ford Coppola. Il lui en reste deux à tourner : « Un après midi de chien » (« Dog day afternoon« ) (1975) de Sidney Lumet et « Voyage au bout de l’enfer » (« The deer hunter« ) (1978) de Michael Cimino. Il décède d’un cancer assisté de Meryl Streep, sa compagne. Avec cette filmographie ramassée constituée de 5 chefs d’oeuvres, une aura posthume d’immense acteur essaimera dans les rangs des cinéphiles.

NOTE : 19/20

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