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Synopsis

En Irlande au XVIII° siècle, Redmond Barry amoureux de sa cousine, provoque en duel un capitaine de l’armée anglaise prétendant de celle-ci. Il s’enfuit et aprés été dépouillé par des bandits, s’engage dans l’armée où il voit mourir un ami. Cet ami lui apprend que sa cousine est marié au capitaine qu’il pensait avoir tué. Le duel était truqué. Redmond Barry finit par déserter après une bataille de la guerre de 7 ans. Accusé d’espionnage par un capitaine de l’armée de Prusse, il est enrôlé de force. Lors d’une autre bataille il sauve son capitaine et celui-ci conscient de la valeur de Redmond Barry en fait un espion. Chargé d’espionner le chevalier de Balibari, chez qui il se fait embaucher en tant que majordome, il est retourné par ce dernier, et les deux hommes s’enfuient de Prusse pour aller vivre la vie de joueurs professionnels dans les cours d’Europe…

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CRITIQUE

Après trois films qui ont marqué le cinéma de son empreinte « Docteur Folamour ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire à aimer la bombe » (1964), « 2001 l’odyssée de l’espace » (1968) et « Orange mécanique » (1971) et trois succès Stanley Kubrick propose avec « Barry Lyndon » à mon avis, le plus beau film de tous les temps.

Tout y est sublime, l’histoire, la réalisation, les costumes, la lumière (le traitement des extérieurs comme des tableaux de peintures du XVIII°, et les scènes intérieures tournées à la lumière des seules bougies). Stanley Kubrick accumule les exploits encyclopédiques et techniques et pour relever les défis qu’il s’est fixés. A savoir faire une fresque historique sur un monde au bord de la disparition suite à la révolution française.

Le film est une adapation d’un récit littéraire de William Makepeace Thackeray (1811-1863). « Mémoires de Barry Lyndon » (« The luck of Barry Lyndon »). Si le film suit l’intrigue, il choisit de ne pas reprendre le récit à la première personne.

Ryan O’Neal (qui à l’époque était un acteur célèbre notamment grâce au film « Love Story » (1970) d’Arthur Hiller) trouve son plus grand et plus beau rôle. Il incarne à la perfection ce personnage à la fois arriviste, goujat et veule qui ne sait que faire de l’amour de sa femme et de sa fortune une fois conquises de haute lutte.

Marisa Berenson, (qui vient du mannequinat international et a tourné dans « Mort à Venise » (1971) de Luchino Visconti et « Cabaret » (1972) de Bob Fosse) devient iconique dans un jeu tout en douceur.  Avec très peu de lignes de dialogue, elle pavient à faire exister son personnage malmené par son second mari. Elle donne à son personnage une prestance rare dans son amour non réciproque qui la fait plonger dans la dépression et le malheur.

Enfin  Murray Melvin tout en finesse en prêtre qui laisse passer l’orage quand il n’a plus la mainmise sur les pensées de Lady Lyndon, et qui reprend son emprise moraliste lorsque Barry Lyndon délaisse sa femme.

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Bien entendu l’ensemble du casting est exceptionnel. Et l’on sait que Stanley Kubrick était capable de faire jouer et rejouer inlassablement une scène jusqu’à obtention de ses exigences artistiques.

Stanley Kubrick fait l’excellent choix d’accompagner le film d’une voix off. Celle-ci n’appartenant à aucun des personnages dans le film. La voix off est un personnage « hors film » qui commente les images souvent avec cynisme et un humour souvent sacarstique. Celle-ci contredit même parfois les images du film ou anticipe les futures scènes pour montrer, l’inéluctabilité des faits. C’est aussi la voix off qui donne une portée philosophique à ce conte qu peut rappeler par moments « Zadig » ou « Candide » de Voltaire.

Film somme qui embrasse plusieurs genres (la guerre, l’espionnage, le drame, l’aventure, le mélodrame, la comédie dramatique, le film de cape et épée…).
Mais surtout film d’une noirceur terrible. Sur l’homme et son âme fascinée par l’échec et son destin fatal.
Stanley Kubrick utilise la grammaire cinématographique du dézoom pour partir du gros plan du personnage pour le noyer dans le tableau et mettre en exergue que malgré les costumes, la poudre au visage, et la fortune, Redmond Barry ne fera jamais partie de l’aristocratie.

La structure du film est d’une grande perfection avec une symétrie entre la première partie et la seconde ou dans chaque partie on y trouve un duel, une partie de cartes, une bataille et un pugilat. Et plus subtilement la mort du père de Redmond dans la première partie et de son fils dans la deuxième partie par amour des chevaux.

 

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Chaque plan semble issu d’un tableau. L’éclairage à la lumière naturelle et aux bougies comme aux XVIII ème siècle offre effectivement un réalisme inédit au cinéma, mais aussi fait du spectateur un anthropologue inattendu. A cause de la technique d’éclairage et de filmage, les acteurs sont soumis à une certaine immobilité pour éviter que l’image soit floue.
Si cela peut paraître un obstacle pour le bon déroulement du film, cela se révèle être un atout.
En effet ces personnages qui se meuvent peu ou avec une certaine lenteur appui le propos en montrant un monde aristocratique « immobile » qui va être balayé par 1789.

La musique parfaite pour illustrer les images font de ce film un objet rare et précieux.
Que ce soit sous forme diégétique (la musique émane des images) ou extra diégétique (la musique commente les images), l’utilisation de celle-ci et le choix des morceaux relève quasiment de la science.
Les arrangements signés Leonard Rosenman de morceaux divers de musiques traditionnelles Irlandaises à la musique baroque allant de Bach à Mozart en passant par Frédéric II de Prusse, Haendel et Paisiello, et la musique romantique de Schubert sont une merveille d’intelligence pour épouser les images.
La musique renforce le récit et sa dramaturgie. Sans ce travail forcené sur la musique le film n’aurait pas cette dimension incroyable. Cela ne se fera pas sans clash entre Rosenman et Kubrick qui assistait aux enregistrements et exigeait des nouvelles prises de son.


Il épuisera aussi son chef décorateur Ken Adam sollicité depuis l’écriture du scénario, qui finit par quitter le tournage pour une psychothérapie à Londres et qui ne retravaillera plus avec lui.

Nous l’avons donc vu, Stanley Kubrick convoque tous les arts du XVIII ème siècle, la peinture, la musique et la littérature par l’entremise de la voix off pour faire de ce film un film éblouissant sur une société en deliquescence à quelques années de la révolution française. Porté par un personnage peu aimable, qui fait du mensonge, la tricherie et l’infidélité sa trajectoire de vie.

Reprocher la longueur du film et la lenteur des scènes est une approche superficielle. Le film contient un nombre impressionnant de rebondissements. Les péripéties s’enchaînent. Les deux parties du film (l’ascension de Redmond Barry et la chute de Barry Lyndon) contiennent des scènes non dénuées d’humour. Les personnages qui gravitent autour du « héros » sont nombreux et chacun apporte au récit son lot d’informations. Les 3 heures quatre minutes et quatre secondes semblent être la durée parfaite du film.
Le spectateur a été placé dans le siècle des lumières comme dans une plongée documentaire. Tout le travail encyclopédique sur l’époque effectuée en amont par Stanley Kubrick porte ses fruits. On sort de la projection avec un sentiment de plénitude, sentiment assez rare, généralement c’est un petit goût de manque ou de trop plein qui taraude le spectateur.

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LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

Redmond Barry est à la table de jeu avec Lady Lyndon, uniquement éclairée par des chandeliers. Lady Lyndon quitte la table de jeu, puis Redmond Barry fait de même et rejoint Lady Lyndon qui est sortie hors du château. Les deux se retrouvent dehors. Ils sont éclairés par la pleine lune. en arrière-plan on voit le château, et ses éclairages. Redmond saisit une main, puis l’autre et embrasse Lady Lyndon. Le tout sur fond du trio pour piano n°100 de Franz Schubert retravaillé par Leonard Rosenman.  Stanley Kubrick fait une entorse à ses choix historiques de musique pour utiliser une musique qui n’existe pas encore au XVIIIème siècle, le trio N° 100 de Schubert. Mais ce choix s’avère hautement judicieux tellement il sublime la situation.
Je ne connais pas quoi que ce soit de plus beau.

 

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L’ANECDOTE

Le film n’a rencontré aucun succès aux Etats-Unis. La critique qui ne comprend pas les intentions de Stanley Kubrick, tombe à bras raccourci sur la durée du film et sa supposée lenteur.
Les entrées cinéma ont juste permis de rentrer dans les frais du studio grâce au succès public en Europe. Ce film a dépassé son budget initial de plus de 100%. Même si Stanley Kubrick travaille en comité restreint (ce qui permet de baisser les coûts salariaux) le dépassement des jours de tournages dû à la méticulosité du réalisateur grèvent fortement le budget.
Le film qui n’a remporté que 4 oscar techniques est aujourd’hui reconsidéré comme un film majeur de l’histoire du cinéma.

NOTE : 20/20

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