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Synopsis

Surgissant d’une brume de chaleur, un cavalier solitaire arrive dans la petite ville minière de Lago. Il traverse la ville par la voie principale, laisse son cheval devant l’étable de la ville et se rend au saloon pour se désaltérer. Trois hommes viennent le molester. L’homme sans nom prend sa bouteille de whisky, traverse la rue et se rend chez le barbier. Alors que le barbier s’apprète à le raser, les trois hommes reviennent le molester. Il les abat les trois. Les trois hommes étaient payés par l’entreprise minière pour la sécurité du village et des biens. Les dirigeants de la mine et le maire décident qu’il leur faut trouver quelqu’un pour les remplacer d’autant que trois assassins vont sortir de prison et venir à Lago régler leur contentieux…

CRITIQUE

Clint Eastwood qui a débuté sa carrière dans une série western « Rawhide » a connu la célébrité en s’exilant de 1964 à 1966 en Italie pour tourner trois westerns italiens « Pour une poignée de dollars » (« Per un pugno di dollari« ) (1964), « …Et pour quelques dollars de plus » (« Per qualche dollaro in più« ) (1965) et le chef d’oeuvre « Le bon, la brute et le truand » (« Il buono, il brutto, il cattivo« ) (1966) sous la direction de Sergio Leone qui lui ont permis à son retour de devenir une star grâce au triomphe des trois films sortis simultanément aux Etats-Unis.
Puis il tourne avec Don Siegel « Un shérif à New York » (« Coogan’s bluff« ) (1968), « Sierra torride » (« Two mules for sister Sara« ) (1970), « Les proies » (« The beguiled« ) (1971) et « L’inspecteur Harry » (« Dirty Harry« ) (1971).
Et entre temps réalise « Un frisson dans la nuit » (« Play Misty for me« ) (1971).

« L’homme des hautes plaines » est donc sa deuxième réalisation. La huitième production de la société de Clint Eastwood la Malpaso Productions.

Eastwood reprend la figure de l’homme sans nom venu de nulle part chère à Sergio Leone et ses collègues du western italien. Son héros n’est pas non plus un chevalier blanc. Son âme est bien noire : il n’hésite pas à violer et à détruire les biens des habitants de la ville, et à pratiquer l’abus de pouvoir.
Mais la comparaison avec le maître italien s’arrête là. Clint Eastwood ne filme pas comme Sergio Leone. Pas de très gros plans sur les visages, pas d’étirement des scènes, (mais il utilise beaucoup le plan large comme son mentor italien) la musique ne joue pas le rôle prépondérant qu’elle a dans les films du réalisateur d' »Il était une fois dans l’ouest » (« C’era una volta il west« ) (1968).


L’influence de Don Siegel est dans la façon de tourner. Tourner vite et efficace de façon sèche et sans fioriture pour conserver une énergie; et par là même contenter le studio qui co-produit, le tournage finissant généralement avant les délais prévus, et quelques économies à la clef. On retrouve la thématique des polars de Don Siegel et notamment « L’inspecteur Harry » dans lequel le héros évolue avec autour de lui des personnages corrompus dans un système judiciaire défaillant qu’il doit suppléer.

Clint Eastwood rajoute à ces deux influences une vision onirique et fantasmatique du western. L’étrange surgit dès l’arrivée de l’homme sans nom dans cette brume de chaleur mélangée, à l’évaporation des eaux du lac. Une ville en bord de lac dans un western est un fait unique et plus jamais revu à ce jour.
Cela donne aussi un aspect d’étrangeté, d’inédit.
La ville totalement repeinte en rouge est aussi une idée extraordinaire et novatrice qui déstabilise par son côté irrationnel et cauchemardesque quand on voit que la ville est aussi rebaptisée « Enfer ».
La ville qui brûle en partie la nuit alors qu’ont lieu les règlements de compte illustre parfaitement le nouveau nom de la ville.
La nomination par l’homme sans nom du nain de la ville (et souffre douleur) en tant que shérif apporte à la fois une touche iconoclaste mais aussi inquiétante.
La peinture rouge de la ville est là pour rappeler au subconscient des habitants que c’est depuis le sang versé de leur shérif, qu’elle trempe dans la corruption et qu’elle est plongée dans la peur.
Enfin la toute fin de la version française désigne l’homme sans nom comme étant le frère du shérif assassiné et venu pour le venger. La version originale demeure bien plus ambigüe permettant plusieurs interprétations. Notamment sur le fait que l’homme sans nom soit le fantôme du shérif, ou encore un redresseur de tort occasionnel qui va de ville en ville réveiller des sales histoires et en régler les comptes.

Visuellement le film est superbe. Les couleurs sont magnifiques et contrastées. Le bleu sombre du lac et le rouge de la ville sont très bien rendus. Les scènes nocturnes sont aussi très bien rendues.

Clint Eastwood avec ce deuxième film malgré un accueuil difficile en salles (trop de choses étranges pour un western) gagne ses galons de réalisateur à fort potentiel.
En tant que comédien, il est de quasiment tous les plans sauf lors de la sortie de prison puis du voyage des trois assassins qui reviennent à Lago et les conciliabules entre les dirigeants de la ville.
Après la polémique lors de la sortie de « L’inspecteur Harry » alors que la critique Pauline Kael le traite de fasciste, Clint Eastwood noircit encore son personnage de cinéma. Homme violent, violeur, destructeur et ange exterminateur.

Les autres acteurs et actrices parviennent à tirer leur épingle dans ce jeu de massacre. Beaucoup ont une scène où ils peuvent défendre leur personnage. Verna Bloom en femme mi-révulsée mi-fascinée par cet homme extraordinaire (dans le sens littéral qui sort de l’ordinaire), Billy Curtis nain bombardé shérif qui prend fait et cause pour l’étranger venu de nulle part, et Geoffrey Lewis dont la scène finale est remarquable, sont de ceux-là.

La musique de Dee Barton introduit des sons électroniques qui soulignent l’apparition surréaliste de l’homme sans nom et augmentent les aspects fantasmagoriques et angoissants du film.

 

LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

Les hommes qui ont demandé à l’homme sans nom de rétablir la sécurité en lui donnant les pleins pouvoirs et lui permettant de vivre en ville gratis, s’en mordent les doigts. Ils décident de s’en débarrasser nuitamment. Celui-ci réduit tout un hotel en morceaux de bois à coup de dynamite.

L’ANECDOTE

Clint Eastwood déclare sur le film :

Ce n’est qu’une allégorie une spéculation sur ce qui se passe lorsqu’ils tuent le shérif et que quelqu’un revient et fait appel à la conscience de la ville. Il y a toujours une rétribution pour ses actes.

La morale chrétienne n’est jamais bien loin en Amérique.

NOTE : 16/20

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