Synopsis
Lyon début des années 1970, Michel Descombes, un horloger d’un quartier populaire, ouvre sa boutique au lendemain d’un repas arrosé avec des amis. La police entre dans son magasin puis lui demande de se rendre dans son logement qui se situe dans les étages de l’immeuble. Là, les policiers qui font une visite rapide du logement, annoncent à Descombes que sa camionnette a été retrouvée. Ils lui demandent s’il a des nouvelles de son fils. Mais Descombes n’en a pas. Il est prié alors de suivre les policiers sur les lieux où le véhicule a été retrouvé. Ils passent devant le véhicule garé sur un talus en bord de route, mais continuent leur chemin vers un café du village proche. Là le commissaire Guiboud l’attend. Guiboud et Descombes repartent sur le bord de route où se situe la camionnette. Le commissaire Guiboud apprend à Descombes que son fils a tué un homme…
CRITIQUE
Premier long métrage de Bertrand Tavernier.
Bertrand Tavernier qui, en désaccord avec la Nouvelle Vague et son ostracisme bêta envers les scénaristes dits « de la qualité française », embauche Jean Aurenche et Pierre Bost (respectivement cinq ans et six ans sans écrire de scénario). Il leur rendra hommage en 2002 dans le film « Laissez-passer« .
Les deux auteurs contournent le genre policier.
En effet le film ne s’applique pas à suivre l’enquête. C’est le commissaire qui au fil de l’histoire raconte à l’horloger les avancées de l’enquête. Ce qui intéresse les auteurs c’est l’ambiance de Lyon dans les années 1970 et la politique de l’époque. Un petit peu la difficulté de communication entre les générations.
Le grand intérêt du film réside dans les relations entre un flic malheureux dans sa vie qui en trouve un plus malheureux encore et recherche une relation pour le moins étrange. Un mélange d’amitié et de compassion.
Le film est tiré d’un livre de Georges Simenon « L’horloger d’Everton » qui se situe dans les années 1950 aux Etats-Unis. Il a fallu transposer l’histoire dans les années 1970 et du Nord des Etats-Unis aux bords de Saône. Aurenche et Bost en ont bavé des ronds de chapeau. Le défi de prouver qu’ils étaient capables d’écrire une histoire moderne, politique et mémorable, en étoffant le rôle du commissaire s’est révélé très complexe. Surtout pour Aurenche qui s’occupait des dialogues.
Le duo-duel entre Jean Rochefort et Philippe Noiret est très bien écrit. Les scénaristes prennent en compte la méfiance de l’époque des gens de gauche envers les forces de police et leurs supposées méthodes violentes. Les moments où les deux hommes se parlent finissent en général par une rupture brutale : « Vous m’emmerdez » ou « Vous n’auriez pas dû venir« .
Philippe Noiret qui a cru au projet alors que le scénario n’était pas achevé, et a aidé Bertrand Tavernier à trouver des financements, est très impliqué dans ce rôle de père dépassé par les agissements de son fils.
Jean Rochefort qui est arrivé plus tard dans la distribution, à la faveur du désistement de François Périer qui quitte le navire 5 jours avant le premier jour de tournage, est lui aussi formidable en flic en mal de socialisation.
Christine Pascal (1953-1996), lyonnaise tourne son premier rôle au cinéma. Elle joue la petite amie du fils Descombes. Elle ne se contentera pas de cette casquette et deviendra scénariste puis réalisatrice. Elle présidera la FEMIS entre 1995 et 1996. Bertrand Tavernier la fera tourner dans quatre autres de ses films : « Que la fête commence » (1975), « Le juge et l’assassin » (1976) elle n’y fait qu’une apparition, « Des enfants gâtés » (1977) dont elle coécrit le scénario, et « Autour de minuit » (1986). Elles se suicide à cause de graves troubles psychiatriques morbides.
Le film ne se prive pas de souligner l’aspect politique de l’époque et l’affrontement post mai 68 entre la classe ouvrière et les tenants de l’ordre. Au détour d’une phrase un slogan surgit, les graffitis sont ostensiblement montrés, mais aussi les services d’ordre de certaines entreprises qui recrutaient dans les bas-fonds de l’armée française des mercenaires de la sécurité.
Le film est aussi un portrait de la ville de Lyon dont certains quartiers frisent l’insalubrité. La condition du tournage du film était qu’il soit tourné en entièreté à Lyon au grand dam du producteur.
Bertrand Tavernier a voulu d’ailleurs filmer sa ville par des jours ensoleillés, contrairement aux poncifs qui entourent la littérature de Simenon, où dominent la grisaille, la brume ou la pluie.
C’est ainsi que le film a été un révélateur du patrimoine de la ville et a été à l’origine du lancement d’un ravalement de façades des bâtiments et du recouvrement des couleurs originelles le long des quais.
La musique de Philippe Sarde souligne l’aspect dramatique du film.
Ce film est recensé dans la page : LE FILM POLICIER ET LE THRILLER FRANÇAIS DE 1945 à nos jours
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
Le commissaire Guiboud et Michel Descombes devisent sur la famille dans un parc de Lyon. Le commissaire tient en laisse le lévrier afghan de sa femme. « Il fait chier ce chien » dit-il. Le spectateur pense qu’il n’y a pas que le chien…
L’ANECDOTE
Philippe Sarde a aidé financièrement Bertrand Tavernier alors dans la panade pendant l’écriture du scénario qui a été longue et laborieuse.
NOTE : 15/20



