Synopsis
Paris début des années 1990, l’inspecteur Lucien Marguet dit « Lulu » suite à un fiasco policier se fâche avec son supérieur. Il est muté dans un premier temps dans un lugubre service de recueil des plaintes puis rapidement dans une brigade des stups. Il se retrouve dans un Algeco avec des moyens très limités, un commissaire compréhensif, et cinq nouveaux collègues, dont un chef d’équipe qui semble assez limité. Petites et grosses affaires, gestion des cousins et misère sociale seront le quotidien de la brigade…
CRITIQUE
L’article de loi du Code de la santé publique, L627 réglementait et punissait la production, la fabrication, le transport, l’importation, l’exportation, la détention et la cession illicites de stupéfiants depuis 1970. Cet article a été abrogé en 2000 lors de la refonte des codes juridiques. Aujourd’hui, l’arsenal législatif contre le trafic de stupéfiants a été transféré au sein des articles 222-34 et suivants du Code pénal.
Bertrand Tavernier, avec ce film, révolutionne la vision du cinéma policier français.
D’autres avaient tenté le “cinéma vérité” dans le genre policier, sans aller au bout : « Le désordre et la nuit » (1958) de Gilles Grangier, ou « Police » (1985) de Maurice Pialat.
Pour parvenir à coller avec une certaine vérité ou vérité certaine, il fallait un scénariste très affûté. Et un réalisateur ayant une sensibilité sociale affirmée.
La rencontre du cinéaste avec l’ancien flic des stups Michel Alexandre va être le déclencheur du film. En effet lors d’une rencontre Michel Alexandre dévoile à Bertrand Tavernier le quotidien d’une brigade des stups. Bertrand Tavernier voit qu’il y a matière de faire un film à la fois policier et une photographie de la société et des moyens policiers pour maintenir l’ordre. Il lui demande de mettre par écrit des récits d’anecdotes qu’il a connues.
On y voit une police démunie de moyens, qu’ils soient administratifs, de transport ou de locaux, et sous-payée, mais impliquée et volontariste, qui ne compte pas les heures et sacrifie sa vie de famille à la cohésion du groupe et à la réussite des « affaires ». Ce manque criant de moyens, chronophage et démobilisateur, saute aux yeux de tous, mais pas à ceux du socialiste Paul Quilès (1942-2021), ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique éphémère de l’époque, qui aurait dû s’en soucier. Il préfère s’insurger contre l’image que le film donne de la police et faire un procès médiatique au réalisateur, plutôt que d’assumer ses responsabilités.
Bertrand Tavernier montre une accumulation de petits gestes policiers, et refuse de se limiter à une seule enquête menée à bout. « Les affaires » s’accumulent, parfois une affaire en amenant une autre. Michel Alexandre souligne l’importance du renseignement et donc des indics. Et le dilemme policier, que reprendra plus tard Alain Corneau dans son film « Le cousin » (1997) (écrit aussi par Michel Alexandre), sur la rémunération du renseignement et des risques pris par les indics.
Le film n’a pas de fin. Le travail de la police non plus. Le boulot des flics c’est comme remplir le tonneau des Danaïdes.
La vie de la brigade est émaillée de moments divers : dramatiques, dilettantes (les repas, les parties de Risk), de tension et de désaccords entre collègues. Le spectateur est traversé par plusieurs sentiments : le rire, la tristesse, la perplexité, le désespoir, la compassion…
Bertrand Tavernier a été critiqué pour ne pas avoir pris le point de vue des trafiquants de drogue et de désigner la population immigrée comme étant la seule pourvoyeuse de drogue. Sous-entendu : « Monsieur Tavernier vous êtes un raciste« .
Faut-il vraiment venir au secours de Bertrand Tavernier? Je ne pense pas! L’œuvre cinématographique plaide d’elle-même. De plus le constat est là et tristement d’actualité encore, le trafic de drogue s’amplifie chaque année malgré la succession des ministres de l’intérieur et les actes législatifs. .
Didier Bezace qui a une immense carrière au théâtre, n’a pas eu de grand rôles au cinéma (mis à part celui-ci), est très convaincant. On est loin du flic héros et (ou) beau gosse dont nous avons été abreuvés dans les années 1970-1990.
Jean-Paul Comart campe un chef de groupe crétin et infantile qui n’a un sens des responsabilités que très limité. Mais il n’est qu’un obstacle de plus que le reste du groupe contourne comme tous les autres obstacles pour parvenir à leur fin.
Philippe Torreton apparaît pour la première fois dans un film de Bertrand Tavernier. Ils travailleront bien souvent ensemble.
Des ex-policiers appelés pour écrire des scénarios ou réaliser des films policiers sera un phénomène qui va s’étendre afin de rapprocher le plus possible la fiction de la réalité. Ou de s’inspirer de faits réels pour les fictionner de façon spectaculaire comme dans le cinéma d’Olivier Marchal « 36 quai des orfèvres« .
Philippe Sarde a écrit une musique que l’on entend rarement dans le film. Mais à la fin du film, lorsqu’elle surgit, elle bouleverse le spectateur.
Ce film est recensé dans la page : LE FILM POLICIER ET LE THRILLER FRANÇAIS DE 1945 à nos jours.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
Lulu a perdu « sa cousine » (une prostituée et toxico indic avec laquelle il a une relation très proche sans pour autant être sexuelle). Il la cherche dans tous les endroits où elle a ses habitudes. Le spectateur ressent la même angoisse que le flic.
L’ANECDOTE
Suite aux déclarations de Paul Quilès sur le film, Bertrand Tavernier a invité ce dernier à venir visiter les installations policières en préfabriqués près de chez lui.
Le ministre ne fera pas le déplacement.



