Synopsis
Quai des orfèvres début des années 1970, un commissaire s’adresse à un inspecteur en lui disant qu’il ne comprenait pas ce qui était arrivé à un autre inspecteur. Ce dernier, un certain Max, il y a quelques semaines, a subi un échec : une bande de braqueurs de banque qu’il attendait devant un établissement, en a braqué un autre. Gros échec et grosse humiliation vis-à-vis de ses collègues. Max adepte du flagrant délit veut redorer son blason. Il veut prendre des braqueurs au sortir d’une banque. Mais il ne sait pas quelle bande, ni quelle banque. Alors qu’il interroge un garagiste qui aurait fourni les véhicules des braqueurs ayant réussi leur coup, le garagiste désigne un homme dans son garage qui lui revend des voitures suspectes. Max reconnaît l’homme. Il le suit puis l’aborde et fait semblant qu’il s’agit d’une rencontre fortuite. Ils boivent un verre dans un bar. Abel Maresco est un ancien camarade de régiment de Max. Il vivote dans la banlieue de Nanterre avec une bande de ferrailleurs…
CRITIQUE
Film adapté d’un roman de Claude Néron qui participe au scénario entouré de Jean-Loup Dabadie et Claude Sautet. Il ne faut que trois ans entre la parution du livre (1968) et son adaptation.
Le film raconte, sous la forme d’un vaste flashback, le dérèglement psychologique de Max policier et ancien juge d’instruction traumatisé par une affaire: il avait dû relâcher un dangereux malfrat faute de preuve. Devenu adepte du flagrant délit (technique risquée avec des hommes armés et déterminés), l’échec qu’il vient d’essuyer face à une bande de braqueurs « professsionnels » lui est difficilement supportable, d’autant qu’il est la risée d’une partie de ses collègues.
Il lui faut sa revanche. Absolument.
Quitte à suggérer un coup facile à une bande de petits bras spécialistes dans le vol de cuivre et de voitures vendues désossées.
Quitte à manipuler un couple Abel Maresco et Lily.

Michel Piccoli qui est un des plus grands acteurs français du XXème siècle avec une carrière internationale et de multiples récompenses, est ici impressionnant. Froid, calculateur, manipulateur, parfois odieux, on le croit dénué de tout sentiment et seulement mû par l’obsession du flagrant délit. Mais à la toute fin qui le mène à son geste fatal, le spectateur comprend que Max était lui même pris dans une relation amoureuse.
Romy Schneider est, quant à elle, magnifique dans son interprétation. Mélange de vulgarité et de classe, elle balance avec virtuosité entre la prostitution et le sentiment amoureux. Son personnage est généreux et indépendant. Romy Schneider relancée après le film « La piscine » (1969) de Jacques Deray avec Alain Delon et Maurice Ronet, signe avec ce personnage l’un de ses plus beaux de sa carrière.
Claude Sautet soigne son film avec des éléments psychologiques jamais vus jusqu’à présent dans un genre très codifié. Il s’appuie sur le couple Michel Piccoli/Romy Schneider pour développer des thèmes qui mélangent la manipulation et les sentiments amoureux entre les moments euphoriques (la scène des photographies) et les moments de tensions (La scène de réparation d’un réveil).
Claude Sautet introduit aussi un policier ambigü et détestable dans la mise en oeuvre de ses objectifs policiers. Chez Jean-Pierre Melville on croisait un flic peu scrupuleux, le commissaire Fardiano, sous les traits de Paul Frankeur dans « Le deuxième souffle » (1966). Mais c’était un second rôle. Jamais un flic aussi malsain n’avait fait l’objet d’un premier rôle dans le cinéma policier français.
Clause Sautet dit avoir apprécié, le premier jour du tournage, que Michel Piccoli soit arrivé avec un borsalino sur la tête et un costume gris/noir austère. Il a vu que l’acteur avait compris quel personnage il allait interpréter.
L’acteur dit de son personnage:
un ignoble avec une profession honorable
Les auteurs le débarrassent des contingences matérielles en faisant de lui, un héritier d’une famille viticole ayant des rentrées d’argent substantielles et régulières. Ceci permet habilement de permettre à un inspecteur de police, qui théoriquement n’a pas les moyens, de se payer un appartement parisien et les services dispendieux d’une prostituée.
Pour être au plus près de la psychologie des personnages, Claude Sautet privilégie les gros plans sur les visages. Mettant aussi en valeur le jeu intérieur des acteurs.
La musique de Philippe Sarde a la vertu de souligner le dérèglement du personnage de l’inspecteur Max. Très percussive et rythmée comme une valse déréglée et faussée. La trompette solo n’est pas d’une justesse exemplaire. Une nappe sombre d’instruments en fin de morceau, obscurcit le thème et l’ambiance.
Ce film est recensé dans la page : LE FILM POLICIER ET LE THRILLER FRANÇAIS DE 1945 à nos jours.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
Max répare ce qui semble être une horloge ou un réveil mécanique, Lily tente de discuter, mais celui-ci lui répond laconiquement et sans montrer beaucoup d’affection. Ce changement de comportement marque et heurte non seulement le personnage de Lily mais aussi le spectateur qui a de l’empathie pour la prostituée.
L’ANECDOTE
Dernier film policier pour Claude Sautet qui va se focaliser sur la bourgeoisie des années Pompidou/Giscard dans des films comme « Vincent, François, Paul et les autres » (1974) ou « Mado » (1976). Avec Claude Chabrol (ce dernier dans un style un peu plus incisif) ils seront les deux cinéastes de l’exploration des moeurs bourgeoises, des valeurs de la petite et moyenne bourgeoisie et de leurs travers souvent moraux parfois politiques.



