PIRATES DU MÉTRO (LES)
- Dick O'Neill, Earl Hindman, Hector Elizondo, Jerry Stiller, Julius Harris, Martin Balsam, Robert Shaw, Walter Matthau
- Joseph Sargent
- Policier
- 1974
- The taking of Pelham 123
- USA
- Peter Stone
Synopsis
New York année 1974, alors que le lieutenant Zachary Garber, flic blasé de la régie du métro, fait visiter les locaux à des homologues japonais, une anomalie apparaît soudain sur les écrans du centre de contrôle : la rame Pelham 123 dévie de son trajet habituel… Quatre hommes ont infiltré le métro, chacun montant à une station différente.. Armés de mitraillettes ils ont pris en otages 18 passagers. Ils détachent les wagons et poursuivent sur une petite partie du réseau. Une fois installés, le chef des malfrats monsieur Blue entame les négociations. Le lieutenant Garber expédie ses hôtes japonais et apprend que la ville de New York a une heure pour rassembler 1 million de dollars et leur remettre la somme. A chaque minute dépassée, un otage sera abattu…
CRITIQUE
Joseph Sargent (1925-2014) qui vient essentiellement de la télévision surprend avec ce film. Les 4 films qu’il a précédemment tourné n’ont pas marqué les esprits. « Colossus : Le projet Forbin » (« Colossus: The Forbin Project« ) (1970) est peut-être le plus connu de ses films précédents.
Le film sort en 1974. La ville de New York est au bord du gouffre financier en 1975, elle est en quasi cessation de paiement. La paupérisation explose par le chômage et par conséquence l’insécurité aussi.
Le film utilise le contexte politique et social par la marge. Et c’est extrèmement intelligent. Le scénario se concentre sur la prise d’otage et la façon dont les policiers vont pouvoir mettre la main sur les ravisseurs.
Le film aussi donne une apparence de compétence dans l’utilisation et la conduite d’une rame de métro, qui bien entendu est factice. Mais aussi au sein même du centre des opérations dans laquelle la tension monte. Pour les uns le service ne doit pas être interrompu à quelques heures de la fin de journée de travail et le rush sur les trnasports en communs, pour les autres c’est la priorité à la bonne marche de la négociation avec les malfrats et éviter les morts annoncés en cas de retard au versement de la rançon. Ce qui pour un spectateur néophyte en matière ferroviaire, donne la sensation d’être au coeur d’une vaste machine indispensable à la vie de la ville de New York et lui propose un film au caractère quasi documentaire et par conséquent doté d’une redoutable efficacité.
Si l’essentiel du film se déroule dans les lieux clos de la rame du métro ou dans la salle des opérations de la régie du métro (TA), le film s’aère de façon spectaculaire dans les rues de New York avec une voiture de police jetée dans une course contre le temps.
La réalisation de Joseph Sargent est extrèmement efficace, elle alterne les scènes de tensions et les scènes d’explications par les dialogues. Par exemple, par petites touches nous comprenons la situation politique et sociale de la ville, de la même façon nous en apprenons sur les quatre preneurs d’otage. Le fait qu’ils portent des postiches, des pseudos à base de couleur (monsieur Bleu, monsieur Gris… repris plus tard par le réalisateur Quentin Tarantino pour son film « Resevoir dogs » (1992)) et un tout petit peu (le nécessaire) sur leur passé.
Le film s’appuie sur un casting essentiellement masculin de haute volée. Tous les rôles sont très bien interprétés. Walter Matthau joue le flic lambda qui tombe sur une situation exceptionnelle qui va le révéler dans des compétences qu’il ignorait posséder. Martin Balsam est touchant à la fin du film. Le spectateur a presque envie qu’il s’en sorte.
Robert Shaw en cerveau froid et déterminé de cette prise d’otage est impressionnant. On le sent redoutable et son emprise sur ses acolytes est remarquablement bien amenée.
Les rôles qui forment les 18 otages sont crédibles chacun dans sa partition. Ceux-ci représentent les minorités et les classes laborieuses mais aussi les laissés pour compte (une femme en état alcoolique profond ne se sera même pas aperçu à la fin du film de la crise qui a secoué le wagon.) Seuls les décisionnaires dans la salle de commandement du métro, les personnages qui gravitent autour du maire et les preneurs d’otage qui représentent tous un pouvoir différent mais un pouvoir, sont blancs.
L’humour ne manque pas dans le film est c’est avant tout le maire de la ville qui en fait les frais. Cloué au lit par une grippe, assailli par son conseiller pour qu’il prenne des décisions dont il n’a pas la moindre idée si ce n’est qu’elle doit lui rapporter des voix, le film en fait aussi un homme corrompu dont le compte en Suisse semble bien mieux loti que les caisses de sa ville. Lorsqu’il décide enfin de se rendre sur les lieux le spectateur apprend sa venue par les sifflets de la foule et une saillie sarcastique d’un policier. Mais il n’apparaîtra plus à l’écran englouti par sa ville.
Si les maires de l’époque de la ville de New York n’ont pas été mis en cause personnellement pour des faits de corruption, des systèmes de corruptions autour de l’immobilier, de la police, et autres services régnaient sur la ville. Les films de Sidney Lumet « Serpico » (1973), « Prince of New York » (1981) nous le rappellent.
La musique de David Shire, qui trouve un groove d’enfer avec des dissonances qui rappellent les bruits du métro et les sirènes de police est exceptionnelle et tout à fait mémorable.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
Le métro à pleine vitesse lancé comme leurre pour permettre la fuite des 4 preneurs d’otage. Scène spectaculaire qui renvoie aux films catastrophe en plein essor dans les années 1970.
L’ANECDOTE
Joseph Sargent à la sortie du film a déclaré :
« Nous faisons un film, pas un manuel sur le détournement de métro… Je dois avouer que je n’avais jamais réalisé la gravité de Pelham avant de recevoir la première réaction de la TA (Note de la rédaction : diminutif de NYCTA New York City Transit Authority) . Ils pensaient que cela pouvait être un stimulant […] Oui, nous avons volontiers cédé concernant le dispositif de sécurité. N’importe quel cinéaste responsable l’aurait fait.
« Les New-Yorkais vont être ravis de voir nos rames de métro impeccables, Mais la TA était inflexible sur ce point. Selon eux, montrer des graffitis reviendrait à les glorifier. Nous avons rétorqué qu’il s’agissait d’une forme d’expression artistique. Mais nous n’avons rien obtenu. Ils ont affirmé que la mode des graffitis serait passée d’ici la sortie du film. J’en doute fort. »





