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Synopsis

1863, sur le champ de bataille entre nordistes et sudistes, de St David’s field dans le Tenessee, le lieutenant John Dunbar est allongé sur une table. Deux médecins lui retirent sa botte droite. La jambe est manifestement en piteux état. Les deux hommes décident de se reposer avant d’amputer ce nouveau patient. Reprenant ses esprits John Dunbar remet sa botte dans des douleurs atroces et prend un cheval, se rend sur la ligne de front et dans un geste suicidaire fait deux passages devant les sudistes sans prendre une balle. Ceci galvanise les troupes nordistes qui prennent l’assaut et enfoncent les lignes sudistes. Un général retrouve John Dunbar désarçonné, évanoui. Pensant qu’il est un héros il sera soigné par le chirurgien du général. Quelques temps plus tard, remis, John Dunbar est envoyé à sa demande sur la frontière avant que celle-ci ne disparaisse…

CRITIQUE

Le western depuis l’échec retentissant du film « La porte du paradis » (« Heaven’s gate« ) (1980) de Michael Cimino a été considéré par les studios comme ne plaisant pas au public, et banni des productions. En 1985 cependant deux westerns sont sortis  avec un certain succès : « Silverado » de Lawrence Kasdan et « Pale rider » de Clint Eastwood.
Puis plus rien jusqu’en 1990.

Avec toutes les peines du monde Kevin Costner parvient à monter le projet de « Danse avec les loups« . C’est tout d’abord un scénario de Mikael Blake mais invendable : c’est un western. Kevin Costner intéressé lui demande de faire de ce scénario un roman. Michael Blake se plie à la demande et le roman finit par sortir en format de poche. Aucun succès en librairie mais Kevin Costner achète les droits du livre. Et reprend la tournée des studios.
C’est finalement Orion petit studio mais qui fait confiance aux réalisateurs à fort potentiel (Woody Allen, James Cameron, Oliver Stone, Jonathan Demme) qui décide de mettre la moitié du budget du film sur la table. Le reste c’est de la prévente et de l’argent personnel de Kevin Costner. Kevin Costner obtient de surcroît le « final cut » (c’est lui qui décidera du montage du film), ce qui n’est pas rien.
Pendant le tournage Hollywood bruissait du « Costner’s Gate », et spéculait sur une nouvelle catastrophe industrielle. Le tournage a dépassé les prévisions et Kevin Costner a dû remettre la main à la poche pour finir le film.

Kevin Costner ne révolutionne pas le point de vue narratif du western : le héros reste un Blanc, John Dunbar. Mais il en bouleverse le point de vue politique.
En revanche il donne la parole aux Sioux, au point que ceux-ci s’expriment en lakota leur langue natale. Fait rare au cinéma.
S’il ne change pas le point de vue cinématographique, il bouleverse le point de vue politique et remet les Sioux dans leur position de natifs des terres d’Amérique.
Il les reconnaît en tant que personnes à part entière, avec une culture, une langue et une dignité propres. Et beaucoup d’humour.
Dans le western classique de Delmer Daves « La flèche brisée » (« Broken arrow« ) ou John Ford (« La prisonnière du désert« ) (« The searchers« ) « Les Cheyennes » (« Cheyenne autumn« ) (1964), trois grands films qui ont déjà tenté de faire changer (en douceur) la figure de « l’indien », les rôles de ces derniers étaient joués par des acteurs blancs grimés (redface). Kevin Costner rejette la pratique du « redface » et confie les rôles à des natifs américains : Graham Greene, Rodney A. Grant ou Tantoo Cardinal.
Kevin Costner franchit la barrière de l’inversion des rôles (ce qui avait été en partie fait dans « Little Big Man » (1970) d’Arthur Penn mais ce n’était qu’un petit épisode du film). Les blancs deviennent des envahisseurs sans foi ni loi et les Amérindiens des victimes d’une répression raciste (l’humiliation de John Dunbar devenu indien par les soldats) et capitaliste (le massacre des troupeaux de bisons pour la vente des peaux et de la langue).
Enfin le héros devient un indien. Il fait communauté avec eux. Il apprend leur langue, leur rite, se marie avec une indienne et prend les armes avec les indiens contre les blancs.

Pour John Ford, notamment dans sa trilogie de la cavalerie : « Le massacre de Fort Apache » (« Fort Apache« ) (1948), « La Charge héroïque » (« She Wore A Yellow Ribbon« ) (1949), « Rio Grande » (1950)  faire communauté c’est glorifier l’uniforme, accepter la discipline, et les moments de détente codifiés. C’est un entre-soi militaire hors duquel l’individu est voué à l’exclusion. La communauté se retranche dans le fort. Elle a les remparts comme limite de sa vision. Enfermée derrière ses palissades en bois, elle reprend à l’envi les codes issus de la civilisation européenne. Au fur et à mesure qu’avance la frontière par l’avancée des forts, « la civilisation » avance.

John Dunbar fait communauté en s’insérant dans une tribu ouverte dont l’horizon est toujours une plaine. Une communauté en harmonie avec les éléments qui inclut celui qui fait l’effort de les comprendre et de les estimer. Même si elle peut faire montre de violence pour se défendre.
alors que John Ford célèbre la conquète de l’ouest et son fer de lance, la cavalerie, Kevin Costner dénonce l’invasion et ses conséquences: une nation anéantie, des paysages saccagés (on voit les premières boites de conserves jetées dans la prairie) et la disparition d’une culture.

Kevin Costner montre comment fonctionne la tribu dans laquelle il s’insère. Une société basée sur le patriarcat. Les hommes sont les décideurs. Ils palabrent entre eux pour se convaincre et à la fin c’est l’ancien qui détient la sagesse ou le chamane qui prennent les décisions. Les hommes apportent la sécurité et chassent pour subvenir aux besoins en nourriture et peaux. Les femmes, bien que chargées des tâches domestiques : chercher le bois, l’eau, monter et démonter les tipis, travailler les peaux… ont une grande influence sur les hommes.
Le film montre que les jeunes devaient montrer leur bravoure par une action d’éclat pour être intégrés parmi les guerriers.
Autre détail intéressant, lors de la scène prénuptiale, Kevin Costner s’attache à souligner que la générosité était une valeur centrale : les riches devaient partager avec les plus pauvres pour gagner du prestige. et que les ragots et les médisances étaient redoutés dans cette société. Cela obligeait les membres de la tribu à bien se comporter.
Tout cela est montré dans le film qui, outre son histoire principale, fourmille de multiples détails quienrichissent énormément le film.

Le film minimise les tensions internes et les conflits entre bandes. Mais c’est au service du fond du film qui consiste clairement à réhabiliter les indiens dans leur humanité. Il n’y a pas de prétention d’un documentaire à caractère ethnologique.

On pourra reprocher au film que le conflit entre les Pawnees et les Sioux ne soit pas expliqué même si au fond de soi le spectateur comprend bien que les enjeux se font autour des terres et des bisons.

La fin du film sans être tragique comme le sera le sort de l’ensemble des peuples Amérindiens, ne propose pas une fin optimiste. Parceque tout le monde connaît l’anéantissement de ces cultures natives, Kevin Costner n’a pas besoin non plus d’achever son chef d’oeuvre sur une note noire. Sans non plus basculer dans un happy end qui aurait été malvenu. Kevin Costner fait preuve de finesse et d’intelligence que ce soit dans son approche des thèmes, des personnages, de la structure de son film.

Les interprétations sont vraiment formidables. Kevin Costner bien sûr dans le rôle principal porte le film magnifiquement. Mais tous les acteurs natifs américains sont extraordinaires. Là encore le réalisateur sait leur donner du temps à l’écran et leur permet de valoriser leur culture et leur langue. Tantoo Cardinal qui interprète « Châle Noir » la femme du chamane Oiseau Bondissant en très peu de scènes, mais toutes fortes dans leur écriture, laisse durablement son empreinte dans le récit. Graham Greene (Oiseau Bondissant) avec ce film et par son jeu exceptionnel s’ouvre une belle carrière hollywoodienne.
Tous les rôles sont travaillés pour qu’ils puissent laisser un souvenir.

Bien entendu la photographie du film est somptueuse et met en valeur les paysages du Dakota du Sud et du Wyoming. Le choix du 35mm offrent un écrin de choix aux décors naturels.

Il confie la musique à John Barry qui met six mois pour écrire la musique. Il est le compositeur des grands espaces et sait mieux que quiconque les dépeindre avec des notes de musique et des orchestrations savantes. Il fait appel au grand orchestre ou à la flûte, aux percussions en rafales ou à l’harmonica. A chaque fois il sublime les images.
Kevin Costner bien qu’ayant une matière musicale incroyable de richesses, n’en met pas partout comme aujourd’hui c’est hélas la pratique.

 

Le film remporte 7 oscars. Meilleur film (produit par Jim Wilson et Kevin Costner), meilleur réalisateur (Kevin Costner), meilleur scénario adapté (Michael Blake), meilleure photographie (Dean Semler), meilleur montage (Neil Travis), meilleure musique (John Barry), meilleur son (Jeffrey rueducine.com-oscar1Perkins, Bill W. Benton, Greg Watkins et Russell Williams II).
Seul le western « La ruée vers l’ouest » (« Cimarron« ) (1931) de Wesley Ruggles (peu regardable de nos jours sur le fond et la forme) avait reçu un oscar du meilleur film. Il aura fallu attendre 60 ans pour qu’un western reçoive à nouveau cette récompense.  

Les scènes avec le loup, et notamment celle où il parvient à lui donner à la main un morceau de viande séchée, sont magnifiques. Les larmes d’émotion ne sont jamais bien loin.

L’ANECDOTE

Orion fait faillite pendant l’année 1991 malgré le succès de « Danse avec les loups » et du film policier « Le silence des agneaux » (« Silence of the lambs« ) (1991) de Jonathan Demme.

NOTE : 19/20

 

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