Synopsis
Michèle Varin est policière, elle a perdu un fils un 29 février. Elle est en thérapie et suit des cours de yoga. Un soir de 21 février sous une pluie battante, elle est appelée sur une scène de supposé suicide d’une femme dans la forêt. Elle est accueillie par son binôme Sylvain Bazinsky. Aucun indice affirmant ou infirmant le suicide n’est trouvé. Mais, détail intrigant, la morte n’a qu’une chaussure à ses pieds. Proche des lieux du suicide, un mobil-home habité par une femme célibataire et son enfant, ainsi qu’une autre maison isolée…
CRITIQUE
Ce n’est pas une suite du film « Une affaire privée » (2002) mais le deuxième volet d’une trilogie policière débutée par le film tourné en 2002. On y retrouve, le temps d’une scène, le privé François Manéri toujours incarné par Thierry Lhermitte et seul lien rattachant le premier volet au deuxième.
Guillaume Nicloux enfonce le clou de l’étrange et de l’introspection et de la noirceur dans « Cette femme-là« . Il utilise les atours du film policier cadavres, enquête, énigme, personnages louches, pour faire un portrait psychologique fouillé d’une policière dépressive à cause de la mort de son fils, qui vit seule avec un lapin en fin de vie, et passe ses soirées à faire des puzzles. Le polar n’est qu’un prétexte confronter la policière à la mort et l’horreur de la condition humaine.
Michèle Varin vit des cauchemars sans fin de nuit comme de jour. Elle n’est pas pour autant à la dérive dans son métier. Elle le fait avec conscience, et avec un coéquipier étrange.
Les policiers du film sont à l’image de la société malade, et en quête d’apaisement.
Le spectateur est confronté à deux questions: la policière mènera-t-elle son enquête jusqu’au bout? parviendra-t-elle à surpasser le passage du 29 février anniversaire de la mort de son fils?
Guillaume Nicloux filme avec beaucoup de travellings avant ou arrière pour partir du sujet et finir vers l’ensemble de l’environnement de la scène ou inversement. Le cadrage est posé. Pas de caméra qui tremble, pas non plus de grain de pellicule comme dans le premier volet.
Pour la photographie le réalisateur a fait appel au vétéran Pierre-William Glenn qui a travaillé pour des pointures comme Bertrand Tavernier, Alain Corneau ou Yves Boisset qui se sont illustrés dans le genre policier en France de façon magistrale.
L’aspect policier du film n’aura d’ailleurs pas une franche résolution. Le spectateur connaîtra les visages incarnant le mal, mais celui-ci ne sera pas mis hors d’état de nuire. Tout du moins dans le champ de la caméra. Au spectateur de faire le travail policier.
Le duo Varin – Bazinsky est étrange. Ils ne partagent pas grand-chose, si ce n’est un imperméable. Ils semblent fonctionner en dehors de tout lien avec une hiérarchie et même sans commissariat. Bazinsky ce sera étrangement « suicidé ». Là aussi pas de résolution franche de cette mort.
Josiane Balasko tout comme son compère de la troupe du Splendid, Thierry Lhermitte dans « Une affaire privée« , est en contre-emploi. Elle fait un travail remarquable sur le personnage et se fond parfaitement dans cet univers glauque et noir du scénariste et réalisateur.
C’est à nouveau Eric Demarsan qui compose une musique extraordinaire pour le film. Plus symphonique avec par moments des chœurs. La musique aide à immerger le film dans les tréfonds de l’âme humaine. Travail musical très impressionnant et très efficace.
Ce film est recensé dans la page : LE FILM POLICIER ET LE THRILLER FRANÇAIS DE 1945 à nos jours.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
La longue marche dans la forêt de nuit, sous la pluie de la policière vers la scène de la pendaison. Une sorte de chemin sinueux mais inexorable vers l’horreur et la détresse mais aussi la psyché de l’héroïne.
L’ANECDOTE
C’est la performance d’actrice de Josiane Balasko dans le film « Trop belle pour toi« (1989) de Bertrand Blier qui a convaincu Guillaume Nicloux de la prendre pour interpréter La policière Michèle Varin.
NOTE : 15/20


