JE SUIS UN AVENTURIER
- Corinne Calvet, Harry Morgan, Jack Elam, James Stewart, Jay C. Flippen, John McIntire, Robert J. Wilke, Ruth Roman, Steve Brodie, Walter Brennan
- Anthony Mann
- Western
- 1954
- The far country
- USA
- Borden Chase
Synopsis
Seattle 1896, Jeff Webster et Ben Tatum prennent le bateau pour aller vendre leur troupeau en Alaska. Mais le troupeau embarqué, Jeff et Ben à peine à bord et le bateau n’ayant plus ses amarres, un homme depuis le quai traite Jeff d’assassin. Le capitaine du bateau se charge donc d’arrêter Jeff. Mais celui-ci se défend puis, grâce à une femme, se cache et échappe aux hommes d’équipage. Jeff voyage caché. Le bateau arrive à Skagway en Alaska et le troupeau traverse les rues de la ville interrompant une pendaison mise en scène par le shérif Gannon. Celui-ci fait arrêter Jeff et dans un procès à la hâte sur une table d’un saloon, lui prend son troupeau pour payer l’amende. Jeff sans ressource doit trouver un job…
CRITIQUE
Le titre français du film est une aberration.
C’est dit!
D’aventurier, il n’y a point.
Western atypique avec James Stewart (1908-1997) dans lequel son personnage est d’une noirceur d’âme assez impressionnante, lui qui nous a habitués à être un héros positif. Il finit par être un peu plus positif, mais à la toute fin seulement, et sans que son égoïsme ne soit totalement effacé. Nous sommes loin de la psychologie solaire du personnage dans « La vie est belle » (« It’s a wonderful life« ) (1946) la comédie humaniste de Frank Capra ou « La flèche brisée » (1950) un western de Delmer Daves.
Le scénario du film de Borden Chase (1900-1971), grand connaisseur de la conquête de l’Ouest et qui a déjà écrit sept westerns parmi lesquels trois chefs-d’œuvre « La rivière rouge » ( »Red river« ) (1948) de Howard Hawks, « Winchester ’73 » (1950) et « Les affameurs » (« Bend of the river« ) (1952) tous deux d’Anthony Mann (1906-1967), est remarquable. Il décrit un Ouest en bordure du Klondike qui reste encore à « civiliser ». Des malfrats s’improvisent shérif, des villes champignons naissent avec la ruée vers l’or et les administrations ainsi que les temples religieux sont encore à construire. Il faut aussi mettre en place les institutions policières et judiciaires.
Bref la loi du plus fort a tendance à prendre le dessus sur la population. Et certains puissants profitent d’une absence d’organisation et d’institution pour prospérer. Afin de rétablir la justice il faut donc qu’un homme sorte du lot.
Mais l’aspect malin (et retors) du scénario est que le seul homme qui pourrait redresser les torts, n’est qu’un individualiste, un égoïste qui ne voit que son seul intérêt. Il passe une grande partie du film à être spectateur des faits de violences exercés par le shérif Gannon et ses sbires et à éviter la confrontation pour maintenir le bon devenir de ses affaires.
James Stewart est remarquable comme à l’accoutumée. Il est accompagné de Walter Brennan, dont le Ben Tatum rappelle le Stumpy de “Rio Bravo” (1959) de Howard Hawks, qu’il tenait déjà auprès de John Wayne.
Et quand le méchant est réussi, le film l’est en grande partie. Et John McIntire entouré de ses pistoleros est incroyable. Il va de la bonhomie au cynisme le plus absolu en deux secondes. Il fait largement penser au juge Roy Bean qui faisait sa propre loi à l’ouest du Pecos.
Anthony Mann utilise les paysages de l’Alberta pour alimenter la dramaturgie de son histoire avec un certain bonheur. Il n’a pas la maestria d’un Raoul Walsh pour « mettre en scène » les décors naturels comme dans « La grande évasion » (« High Sierra« ) (1941) mais c’est quand même assez impressionnant.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
Une avalanche a balayé une partie de la caravane qui amène le matériel de la tenancière de bar Ronda Castle, ainsi que le troupeau de Jeff. Les survivants veulent porter secours aux blessés, mais Jeff refuse. Il veut poursuivre la route vers Dawson. Il faut que les autres décident de secourir les blessés sans lui pour qu’il finisse par se ranger, contraint, à leur avis.. Vous n’avez jamais détesté un personnage interprété par Jimmy Stewart? Regardez ce film!
L’ANECDOTE
James Stewart a tourné 17 films avec son cheval qui s’appelait Pie. Voici ce qu’en dit l’acteur :
« Le cheval était incroyable. Je l’ai monté pendant 22 ans. Je n’ai jamais pu l’acheter parce qu’il appartenait à une petite fille qui s’appelait Stevie Myers, la fille d’un vieux cow-boy qui soignait les chevaux pour Tom Mix et W.S. Hart. Il a pris sa retraite et lui a donné ce cheval. C’était un peu un rebelle. Il a blessé quelques personnes. Je l’ai vu quand j’ai commencé à faire des westerns. Artie [« Audie », NDLR] Murphy l’a monté quelques fois. Il a presque tué Glenn Ford, il a foncé dans un arbre.
Mais j’aimais ce petit cheval. Il était un peu petit, un petit quart de cheval [croisé quarter horse, NDLR] et arabe. Je suis devenu son ami. Je croyais vraiment qu’il comprenait le cinéma. Je me suis lancé au galop, droit vers la caméra, je l’ai arrêté et j’ai fait plein de dialogues, et il est resté parfaitement immobile. Il n’a jamais bougé. Il savait quand la caméra allait se mettre en route et quand l’équipe plaçait les repères. Il le savait parce que ses oreilles se dressaient.
Je le sentais sous moi, se préparer. Il bougeait toujours. Pie, c’était son nom. Je me souviens d’un film, [il s’agit de « Je suis un aventurier » (« The far country« ), NDLR] les méchants étaient dans le saloon et j’avais une petite clochette sur la selle, une sorte de marque distinctive. Les méchants allaient me prendre parce qu’ils savaient quand j’étais arrivé en ville grâce à la clochette. La caméra a commencé à filmer les pieds de Pie alors que j’approchais du saloon et que les gars se préparaient à me tuer. Et puis la caméra remonte et il n’y a plus personne sur Pie. Et bien sûr, je suis derrière et je les tue tous.
Quelqu’un est venu avant qu’on fasse ça et a dit : « Comment allez-vous faire faire ça au cheval ? » J’ai dit : « Eh bien, laissez-moi lui parler. » Et il y avait un type qui travaillait beaucoup avec moi et le cheval, qui s’appelait Jack Sanders, un super type de western. Et j’ai parlé à Pie. Il était trois heures du matin, toutes les lumières étaient allumées. Et j’ai dit : « Tu commences là et tu vas jusqu’à l’autre bout et tu t’arrêtes. » Et Jack Sanders était à l’autre bout. Ils ont dit : « Combien de temps ça va prendre ? » J’ai dit : « Fais-le tout de suite » et Pie l’a fait.
Et dans le dernier film que Hank [« Henry », NDLR] Fonda et moi avons tourné, « Attaque au Cheyenne Club » (« The Cheyenne Social Club« ) (1970) de Gene Kelly, Pie vieillissait. On a tourné à Santa Fe, au Nouveau-Mexique. Pie est tombé malade et je n’ai pas pu l’utiliser tout le temps. Et, à mon insu, Hank a peint un tableau du cheval à l’aquarelle. C’est un excellent artiste — aquarelles, huiles, encre, lithographie, tout. Il a un talent incroyable. En rentrant chez nous, il m’a apporté le tableau et deux jours plus tard, Pie est mort. C’était une grande perte. Mais j’ai Pie [accroché, NDLR] dans notre bibliothèque et je le considère comme un ami. »
NOTE : 16/20



