Synopsis
Genre cinématographique typiquement italien. Ce terme s’emploie pour des films policiers ou des thrillers qui incluent des scènes d’horreur et d’érotisme et furent produits entre les années 1970 jusqu’au milieu des années 1980.
Le nom est emprunté d’une collection littéraire de polar ayant une couverture jaune (copertura gialla).
Comme le poliziottesco le giallo est éminemment urbain. Les scènes nocturnes de filatures, les quartiers louches, ou les appartements bourgeois sont explorés sur toutes les facettes.
Les meurtres dans ce genre de films se font à l’arme blanche. Les mains de l’assassin sont gantées de noir. Le meurtrier est souvent un tueur en série. L’identité de l’assassin dissimulée par des pardessus et des chapeaux à larges bords n’est révélée qu’à la toute fin, après de multiples fausses pistes. Généralement le tueur est la personne insoupçonnable du film. Il peut aussi s’agir d’une femme. La déstabilisation du spectateur est alors maximale.
Le détective est rarement un flic professionnel mais plutôt un amateur impliqué malgré lui dans l’enquête. Le personnage du flic est souvent méprisé par l’italien. Jugé comme impuissant, corrompu, et à la solde de l’Etat. Cela permet aussi au spectateur de s’identifier au personnage principal et de se sentir aussi vulnérable que lui, car dépourvu des moyens policiers.
Les scènes de meurtres sont volontiers sanguinolentes, voire grand-guignolesque quand le genre commence à s’épuiser. Elles sont la plupart du temps filmées en caméra subjective, c’est à dire comme si le spectateur commettait lui-même le crime. Ainsi la terreur de la victime est souvent filmée en gros plan et la violence de la mort avec les giclées de sang qui vont avec, impressionnent d’autant plus.
Les victimes sont des femmes sublimes très « sexuelles ». Elles sont aussi souvent dénudées lors de leur assassinat. Ce qui fait écho à la révolution sexuelle que vit l’Italie, où les femmes s’émancipent, et où la pornographie commence à déferler dans les salles. C’est aussi une vision masculine de la sexualité où une femme hypersexualisée peut immiscer chez les hommes une peur qui peut mener à l’élimination de ces femmes agressives sur le plan sexuel. Enfin cela permet d’assouvir le voyeurisme du spectateur en ce qui concerne le sexe, et la fascination de la violence meurtrière par l’intermédiaire de la caméra subjective.
Le genre met en miroir la psychologie de l’Italie de l’époque au début des années 1970 avec la violence des années de plomb (de 1969 – attentat de la Piazza Fontana à 1980 – attentat de la gare de Bologne).
Aux violences politiques s’ajoutent celle de la délinquance et du grand banditisme et enfin celle des mafias en siciliennes et napolitaines.
La mort frappe au hasard: Une balle perdue qui tue un passant dans la rue pendant un braquage, des innocents fauchés par les bombes des extrémistes politiques et par celles des mafieux dans leurs guerres intrinsèques ou contre les policiers et les magistrats.
Le pays bascule dans une paranoïa lente mais profonde. Les gialli permettent d’exorciser cette violence aveugle et spectaculaire. Mais aussi l’impuissance de la police face aux multiples meurtres qui secouent l’Italie.
Les grands gialli se remarquent par un traitement de l’image exceptionnelle des couleurs très vives et contrastées. Le graphisme des scènes de meurtre revêt une importance primordiale. Les techniciens sur ces films viennent du cinéma d’auteur (Luchino Visconti, Elio Petri, Mauro Bolognini, Luigi Comencini…etc) et ont donc une grande technicité dans le traitement des images, la décoration, les costumes et la musique.
Ces films sont volontiers accompagnés d’une musique soit très enfantine (berceuse ou comptine) ou des morceaux de musique contemporaine dissonante et stridente souvent influencée par le free jazz. Ces morceaux de musique sont soit obsessifs, soit lancinants, soit dérangeants. Ils peuvent aussi faire appel à des voix blanches de femmes (notamment celle de la magnifique voix soprano d’Edda Dell’Orso muse de la plupart des musiciens de musiques de films depuis le milieu des années 1960).
Parmi les plus grands musiciens du genre vient en première ligne Ennio Morricone insatiable auteur du genre qui fait parfois appel à son groupe « Nuova Consonanza » dans lequel il est trompettiste. Il utilise tous les codes musicaux du genre. En passant de la berceuse (ninna nanna en italien) aux rythmes syncopés à l’orgue Hammond et au jazz dissonant. D’autres comme Bruno Nicolai et Stelvio Cipriani ont composé de belles partitions pour le genre. Le groupe musical Goblin a aussi été très sollicité notamment par Dario Argento pour ce genre de musique de film.
Les acteurs vedettes sont souvent des acteurs de deuxième zone venus des Etats-Unis, d’Angleterre ou d’Autriche. Ils permettent sur leurs noms de mieux vendre les films à l’étranger. Helmut Berger, Farley Granger, George Hilton, Ray Lovelock, John Saxon reviennent régulièrement dans ces productions. L’acteur français Philippe Leroy a aussi beaucoup tourné en Italie sur plusieurs genre et notamment le giallo.
Les plus grands films de ce genre particulier sont: « La fille qui en savait trop » (1963) de Mario Bava considéré comme le premier du genre.
Le triptyque de Dario Argento « L’oiseau au plumage de cristal » (« L’uccello dalle piume di vetro« ) (1970), « Le chat à neuf queues » (« Il gatto a nove code« ) (1971), et « Quatre mouches de velours gris » (« Quatro mosche di velluto grigio« ) (1971).
Ces trois films assoient le genre, et amènera d’autres auteurs à s’inspirer de titre « zoologiques » tels « La tarantule au ventre noir » (« La tarantola dal ventro nero« ) (1971) de Paolo Cavara, « Un papillon aux ailes ensanglantées » (1971) de Duccio Tessari, « Le venin de la peur » (« Una lucertola con la pelle di donna« ) (1971) de Lucio Fulci, « Journée noire pour le bélier » (« Giornata nera per l’ariete« ) (1971) de Luigi Bazzoni …etc… etc…
D’autres très bons gialli sortent sur les écrans italiens (le genre est alors assez peu exporté, depuis avec le home cinéma et surtout le DVD il a pu franchir les frontières) « Ton vice est une chambre close dont moi seul ai la clef » (« Il tuo vizio è una stanza chiusa e solo io ne ho la chiave« ) (1972) de Sergio Martino, « Qui l’a vue mourir? » (« Chi l’ha vista morire?« ) (1972) d’Aldo Lado et « Mais qu’avez-vous fait à Solange? » (« Cosa avete fatto a Solange?« ) (1972) de Massimo Dallamano.
Un réalisateur comme Tonino Valerii reconnu pour ses westerns italiens s’est aussi essayé avec bonheur dans ce genre notamment avec le très réussi « Folie meurtrière » (« Mio caro assassino« ) (1972).
Les années 1971-1974 seront très prolifiques en bons gialli. Le genre survivra encore 10 ans avec des soubresauts qualitatifs ici et là.
Le genre se meurt au milieu des années 1980 dans une surenchère de sexe et de violence virant au film d’horreur.
Depuis, le genre a ressurgi aux Etats-Unis, avec « Les griffes de la nuit » (« A Nightmare on Elm Street« ) (1984) de Wes Craven qui lançait le sous-genre américain nommé slasher (plus versé sur le gore il s’épuise à la fin des années 1980 et reprend depuis 1996 avec le succès du film « Scream« de Wes Craven.
Mais en Europe la mayonnaise a vraiment du mal à reprendre malgré la persévérance de Lamberto Bava (fils de Mario Bava) et du vétéran Dario Argento qui continuent de creuser le sillon du genre. « Ténèbres » (1982), « Phénoména » (1985), « Trauma » (1993), « Giallo » (2009)…
C’est dans le genre policier en France que l’on peut retrouver des traces du giallo. Dans « Sans mobile apparent » (1971) de Philippe Labro et « Peur sur la ville » (1975) de Henri Verneuil. Deux coproductions franco italiennes.
