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Synopsis

Dans une grande ville, années 1950 ou 60 (pas déterminé), le cadavre d’une femme est retrouvé. Un inspecteur de police interroge un habitant d’un immeuble proche du lieu du crime. Il a la quarantaine, célibataire, il est tailleur. Il se nomme monsieur Hire. Les voisins le maltraitent, les enfants l’humilient par des mauvaises blagues. Il devient vite son suspect. Monsieur Hire passe beaucoup de temps à sa fenêtre à regarder la voisine d’en face sans qu’elle le sache. Mais un soir d’orage, à la faveur d’un éclair celle-ci s’en aperçoit…

CRITIQUE

Le film est une adaptation du roman de Georges Simenon « Les fiançailles de monsieur Hire » paru en 1933. En 1946 « Panique » de Julien Duvivier avec dans les rôles principaux Michel Simon et Viviane Romance, était une adaptation libre du roman qui avait pour angle la poursuite d’un homme par une foule hostile.
Avec Patrice Leconte et Patrick Dewolf c’est un retour au roman que nous observons avec le point de vue de monsieur Hire.
Là où Duvivier faisait de Hire un bouc émissaire traqué par la foule, Leconte estompe cet aspect au profit du souffre-douleur d’un voisinage mesquin

Mais le réalisateur choisit l’abstraction en ne définissant pas clairement la temporalité des évènements. On devine que cela se passe dans les années 1950-1960, mais avec des improbabilités comme la scène dans les consignes automatiques de la gare qui sont modernes comme le train que ne prend pas monsieur Hire.
Les extérieurs sont indéfinissables, anonymes, faits de lignes droites, d’architectures modernistes sans courbes. La raideur de monsieur Hire se retrouve jusque dans les décors qu’il traverse. Patrice Leconte filme en gros plan, voire très gros plan, afin de ne pas trop offrir au spectateur de décors naturels qui rattacheraient l’immeuble où se situe l’histoire à un lieu précis.

Formellement le film de Patrice Leconte est un des plus maîtrisés de sa longue, éclectique et inégale carrière. Il entre parmi les cinq meilleurs de sa filmographie aux côtés de « Tandem » (1987), « Le mari de la coiffeuse » (1990), « Ridicule » (1996) et « L’homme du train » (2002).

Le voyeurisme de Hire est filmé comme une activité hypnotique soulignée par la musique répétitive du compositeur Michael Nyman qui reprend un thème du Quatuor en sol mineur n°1 opus 25 de Johannes Brahms.

Ce sont de longs plans durant lesquels Hire ne montre aucune émotion malgré la fascination qu’il éprouve. Le visage de Hire est filmé de profil ou bien il est en partie caché par un pan de mur, ou un rideau. Comme sur l’affiche du film. Cela donne le sentiment qu’une partie de sa personnalité de monsieur Hire reste masquée.

Michel Blanc, le visage fardé, blafard, les lèvres légèrement noircies, est un masque. Les relations avec son voisinage et sa perversion en font jusqu’au milieu du film un personnage très étrange, allant jusqu’à l’inquiétant. Et, avec l’inspecteur qui lui tourne autour, sa culpabilité dans le meurtre se précise. Il regagne en humanité une fois le contact pris avec sa voisine Alice qu’il scrute nuit et jour.
L’acteur fait une grande composition.

Sandrine Bonnaire, solaire, manipulée par son amant, se révèle en fin de film manipulatrice et femme fatale. Elle est brillante dans ce jeu ambigu.

Ce film est recensé dans la page : LE FILM POLICIER ET LE THRILLER FRANÇAIS DE 1945 à nos jours.

LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

La scène d’amour durant un match de boxe. Un contraste superbe entre l’agression sur le ring, la foule survoltée et deux êtres consacrés à eux-mêmes et à leurs sens.

L’ANECDOTE

Nominés aux César 1990, Michel Blanc et Sandrine Bonnaire ne décrochent pas la statuette. Ils sont sérieusement concurrencés par Philippe Noiret dans le film de Bertrand Tavernier « La vie et rien d’autre » et Carole Bouquet pour « Trop belle pour toi » de Bertrand Blier.
1989 très belle année de cinéma français.

NOTE : 15/20

 

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