Synopsis
Palerme, années 1970, Nick Lanzetta, un tueur à gages impitoyable travaillant pour Don Giuseppe Daniello, fait irruption dans un petit cinéma pendant la projection d’un film pornographique et massacre le parrain Antonino Attardi et son clan calabrais à coup de fusil lance-grenades. A la morgue où l’on a du mal à reconnaître les corps, le commissaire Torri, chargé de l’enquête, s’entretient avec Cocchi, frère d’Attardi, qui avec l’aide de Carlo son autre frère, souhaite recruter de nouveaux hommes pour se venger de Daniello. Mais le commissaire Torri est corrompu par la mafia et révèle à Don Corrasco, chef suprême de la mafia palermitaine, les desseins des deux frères calabrais…
CRITIQUE
Troisième et dernier opus de la trilogie de Fernando Di Leo sur le milieu. Le film se déroule dans un Palerme sombre et principalement nocturne.
La noirceur du film ne se joue pas que dans les scènes de nuit mais aussi dans les comportements mafieux de vengeance et de prise de pouvoir. Tout cela attisé par un avocat et politicien véreux.
Le film n’est cependant pas à la hauteur du premier sur le milieu : « Milan calibre 9 » (« Milano calibro 9« ) (1972) et à peine supérieur au deuxième opus : « L’empire du crime » réintitulé « Passeport pour deux tueurs » (« La mala ordina« ) (1972).
Si « Milan calibre 9 » était un poil melvillien, ici, il ne reste plus grand-chose du cinéma de Jean-Pierre Melville.
Tout y est conventionnel et sans aucune surprise. C’est une accumulation de crimes violents entre membres mafieux rivaux. C’est le niveau zéro de la réflexion sur ce qu’est la mafia, les dégâts qu’elle inflige à la Sicile et aux Siciliens.
Reste que la mafia n’a rien d’un milieu romantique, à la différence de l’imagerie américaine de la pègre organisée. Ce sont tous des sauvages, aussi inventifs les uns que les autres pour liquider leur prochain et faire disparaître les corps. Chacun manipule son subordonné pour arriver à un seul but : prendre le pouvoir. Un pouvoir qui devient une abstraction puisque Fernando Di Leo ne montre pas les raisons de cette lutte des clans (parts de marché, concurrence, prédation d’un clan sur un autre…) ni les conséquences de ce pouvoir, sinon dans la scène avec l’avocat. Même l’argent devient accessoire. Un demi-milliard de lires se balade dans la nature et personne ne le recherche. Le film manque d’enjeux et d’ancrage dans la société sicilienne.
Le film de Fernando Di Leo nous montre une mafia de laboratoire, sous cloche, qui n’a d’effets que sur elle-même.
Cela fait donc un film de mafia, et non un poliziottesco comme on peut le lire de-ci de-là, de consommation courante.
Des films de mafia bien plus pertinents sont légion dans le cinéma italien : « La mafia fait la loi » (« Il giorno della civetta« ) (1967) et « Confession d’un commissaire de police au procureur de la république » (« Confessioni di un commissario di polizia al procuratore della repubblica« ) (1971), de Damiano Damiani, « Les maffiosis » (« La violenza : quinto potere« ) (1972) de Florestano Vancini, « Gente di rispetto » (1975) de Luigi Zampa, ou celui de Pasquale Squitieri « Corleone » (1977)… et bien d’autres.
Lire : les films italiens sur la mafia des années 1950 à nos jours.
Henry Silva en tueur froid, doté d’une intelligence doublée d’un instinct de survie, est l’homme de la situation.
Richard Conte, qui finit sa carrière en Italie dans des rôles de ponte de la mafia : « Big guns : les grands fusils » (« Tony Arzenta« ) (1973) de Duccio Tessari, « Polices parallèles » réintitulé « Rue de la violence » (« Milano trema : la polizia vuole giustizia« ) (1973), « Salut les pourris » (« Il poliziotto è marcio« ) (1974), ne force pas son talent.
Quant à Gianni Garko qui a joué quelques cowboys invincibles dans les westerns spaghetti de série B, il se retrouve en flic ripou dans ce néo polar.
La musique de Luis Enríquez Bacalov n’est pas la plus remarquable de ses compositions. A ce jour introuvable en disque.
LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE
L’apparition d’un avocat sous les traits de l’acteur Corrado Gaipa, qui semble être un des membres de la Coupole (bien que le mot ne soit pas dit dans le film), si ce n’est « il capo dei capi ». C’est l’ultime donneur d’ordres, celui qui magouille dans la politique, l’homme respectable et pourri jusqu’à la moelle. Il lui reste à réconcilier les survivants, à redistribuer les zones d’influence des familles et surtout à conserver les cinq sièges de députés dévolus à la mafia. Le film prend alors une dimension politique et étatique (même fugace). Il aurait fallu d’autres scènes de ce genre pour susciter plus d’intérêt au film.
L’ANECDOTE
À la toute fin du film, après un ultime coup de fil, le mot « Continua » (« À suivre ») apparaît à l’écran, laissant présager une suite. Celle-ci n’a cependant jamais vu le jour.
NOTE : 12/20





