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Synopsis

Milan, années 1970, Tony Arzenta est un bon père de famille mari aimant et attentif. Son métier consiste à assassiner des gens pour le compte de la mafia milanaise qui a des ramifications en France, en République Fédérale Allemande en Hollande et au Danemark. Après un dernier contrat, il se rend chez le boss de Milan, Nick Gusto, et lui fait part de son intention de raccrocher les flingues au ratelier. Nick Gusto lui fait comprendre que l’on ne quitte pas la famille une fois qu’on y est entré. Mais Arzenta persiste. Gusto rétorque qu’il n’est pas seul décisionnaire et que les autres chefs de l’organisation ont leur mot à dire. Arzenta répond : « A toi de les convaincre« . Quelques jours plus tard, la femme de Tony Arzenta amène son fils à l’école. Elle emprunte la voiture de son mari qui explose. L’heure de la vengeance a sonné…

CRITIQUE

Ce film n’appartient pas au filone poliziottesco contrairement à ce qui est annoncé un peu partout (Wikipedia, SensCritique et autres sites…). C’est un thriller ayant pour toile de fond la mafia.
Le film sort en France avec le titre que l’on sait alors que le titre original est « Tony Arzenta« . C’est-à-dire que l’on part d’un titre centré sur le personnage principal du film pour en arriver à un titre français redondant entre l’anglais et le français « Big guns : les grands fusils » et qui devient beaucoup plus évasif. Il semblerait que le choix de ce titre soit dû au fait que le titre italien ne racontait rien aux spectateurs français. Pas sûr que le public français ait fait le rapprochement entre big guns et tireurs d’élite de la mafia.
Le film n’attirera que 870 000 spectateurs en France : un échec.

Le scénario s’appuie sur une idée de Franco Verucci, développée par le scénariste et réalisateur Ugo Liberatore, et le débutant Roberto Gandus qui se spécialisera dans l’écriture (romans ou scénarios) de série B qui se rattachent au giallo ou au film d’horreur.
Le film est une coproduction italo-française dans laquelle la société Adel, d’Alain Delon, participe.

Et pour le coup cela se voit. Alain Delon duplique, le personnage de Jeff Costello du film de Jean-Pierre Melville « Le samouraï » (1967), à quelques détails près : il a une famille bien qu’elle disparaisse vite, il n’a pas de rituel et n’est pas dans l’ascèse, mais dans la traque et la vengeance. Cependant il  a les mêmes signes extérieurs : imperméable, solitude, mutisme, froideur, en lutte contre ses employeurs, et surtout mort-vivant. Car Tony Arzenta devient un cadavre ambulant dès l’instant où il décide de quitter la mafia.

Ce rôle d’homme au sang froid, au regard bleu mais quasi inexpressif, lui va comme un gant, cependant l’acteur semble avoir trouvé une recette qu’il ressasse. On ressent aussi une envie (une nécessité ?) de se forger une image où il incarnerait des tueurs implacables qu’il déclinerait de film en film : « Le clan des siciliens » (1969) d’Henri Verneuil, « Le cercle rouge » (1970) de Jean-Pierre Melville, « Soleil rouge » (1971) de Terence Young, « Scorpio » (1973) de Michael Winner.

C’est Duccio Tessari qui réalise le film. Grand spécialiste du film de genre (filone en italien), il passe du péplum « Les titans » au western italien « Le retour de Ringo« , au film d’espionnage « Très honorable correspondant« , au giallo « La mort remonte à hier soir » sans faire de chefs-d’œuvre, mais toujours des bons films, populaires et qui ne dévalorisent pas le genre dans lequel il s’inscrit. Bref un petit maître au savoir faire précieux pour les producteurs italiens.
« Big guns… » ne déroge pas à la règle. Le film est une réussite artistique dans le genre thriller italien et film de mafia. Il parvient à marier l’incarnation melvillienne du héros avec des scènes spectaculaires, souvent violentes ou furieuses qui sont réparties judicieusement tout au long du film et maintiennent le spectateur dans l’histoire.
Duccio Tessari maîtrise son film parfaitement. Il a le sens de l’image et du filmage de l’action.
Il sait situer le spectateur (à Paris, à Copenhague ou à Milan) en un plan. Pour Milan il choisit le fameux brouillard épais et laiteux de la plaine du Pô.
Le film s’achève sur une scène mémorable, sur les marches de la cathédrale de Noto (Sicile). Là aussi, il alterne les plans serrés, puis le zoom arrière et à nouveau plan serré au pied des marches. Beau travail.

Duccio Tessari travaille son film sur les couleurs primaires et avant tout le rouge. Beaucoup de rouge dans les décors des appartements (celui de Carré est encela impressionnant même la baignoire est rouge), des bureaux (les fauteuils), même le night club. Couleur qui renvoie sans cesse à l’explosion de la voiture et le sang qui sera versé consécutivement.

Autour d’Alain Delon gravitent plusieurs acteurs dont Richard Conte, qui, à la suite du succès du film de Francis Ford Coppola « Le parrain » se découvre une popularité renouvelée et va en Italie en récolter les fruits. Il ne tournera plus que des films italiens (douze) et la plupart des poliziotteschi  jusqu’à son dernier souffle « Bacchanales infernales » (« Un urlo dalle tenebre« ) (1975) d’Angelo Pannacciò et Luca Damiano, une sorte d »‘Exorciste » du pauvre.
On voit aussi Roger Hanin en mafieux français. Sa mort dans le film fait que son personnage reste mémorable.
Deux splendides actrices italiennes côtoient le héros du film. Nicoletta Machiavelli qui joue l’éphémère femme de Tony Arzenta et Carla Gravina qui interprète l’ex-maîtresse du mafieux français qui se réfugie chez Arzenta.

La musique de Gianni Ferrio est inégale. Elle alterne deux morceaux contraires. « Un giorno in più » romantique ou nostalgique avec diverses orchestrations (flûte solo, harmonica solo ou violons). Le contraste entre ce morceau et les images forment un hiatus trop important. Parfois il devient irritant. En revanche, « La gabbia » bien plus funky et sexy, plus urbaine et mieux adaptée au récit, est une belle réussite. Elle aussi est orchestrée de façons diverses sur des tempos différents. Les riffs de guitares électriques accompagnent l’orgue Hammond augmenté par un effet de cabine Leslie. Elle annonce les morceaux de bravoure du film. C’est percutant, entraînant : la musique projette le spectateur vers l’action imminente.

LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

La mort de Carré, mafieux français qui veut l’exécution d’Arzenta. Arzenta le chasse dans un train, l’abat, et le corps de Carré accroché par les jambes dans la cabine, pend à l’extérieur et heurte tous les obstacles le long de la voie : vision d’horreur mélangée à du grotesque, additionnée d’une prouesse technique pour Tessari.

L’ANECDOTE

Deux ans plus tard Duccio Tessari et Alain Delon tournent à nouveau ensemble « Zorro » que Delon dira dans les médias avoir fait pour son fils Anthony. Les enfants rêvant que leur père soit Zorro. Hélas ce Zorro-là ne restera pas dans l’histoire du cinéma.

NOTE : 14/20

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