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Synopsis

Jeff Costello habite un appartement lugubre avec pour seul agrément une petite cage avec un bouvreuil. Il se prépare. Borsalino et trench coat beige. Il sort et vole une voiture. Il se rend dans le fin fond d’une banlieue pour faire changer les plaques et prendre une arme chez un fourgue. Puis il se rend chez sa maîtresse pour lui dire qu’il a besoin qu’elle dise aux policiers qu’il était chez elle de 19h45 à 2h du matin. Elle lui dit qu’à 2h elle attend un homme. Il se rabat sur 1h45. Puis il se rend dans un cercle de jeu clandestin dans un hôtel borgne et réserve sa place pour 2h du matin. Enfin, il se rend dans une boite de nuit, traverse la salle principale puis les couloirs pour au final entrer dans une pièce privée et abattre le propriétaire des lieux…

CRITIQUE

Jean-Pierre Melville avec ce film tourne le film qui fera d’Alain Delon une icône du genre policier. Et « Le samouraï » deviendra un film qui influencera bien des cinéastes. En France Olivier Marchal avec « 36 quai des orfèvres » amène l’imagerie de policier avec de longs imperméables, qui observent des rituels avant les confrontations, et un Paris pluvieux. En Italie, notamment Fernando Di Leo « Milan calibre 9«  (« Milano calibro 9« ) (1972) et « Passeport pour deux tueurs«  (« La mala ordina« ) (1972), qui reprend l’épure des dialogues, l’atmosphère visuelle froide et les personnages de loups solitaires engoncés dans des imperméables. Mais aussi Sergio Sollima « La cité de la violence » (« Città violenta« ) (1970) ou Charles Bronson est un tueur à gages taiseux et pourchassé par ses commanditaires. Enfin Duccio Tessari « Tony Arzenta » (« Big guns : les grands fusils« ) (1973) avec Alain Delon toujours en tueur à gages, toujours pourchassé par la police et ses employeurs. Outre-Atlantique, Quentin Tarantino cite régulièrement Melville parmi ses références majeures, Martin Scorsese se dit influencé par l’esthétique melvillienne, Michael Mann adopte son sens de la géométrie urbaine, de l’isolement des criminels et l’ascétisme des scènes de casse…

L’acteur français laconique, solitaire, porte sur lui le tragique du destin de son personnage. Mais en partie aussi le tragique de sa propre vie. C’est un film qui a énormément joué sur la psyché d’Alain Delon.  Il finira seul entouré de ses chiens et à partir des années 1980, lors d’interviews, parlera de lui à la troisième personne comme s’il était étranger à lui-même.

Film ascétique sur l’opposition de deux professionnels et deux exigences professionnelles, l’un tueur à gages, l’autre policier. Tous deux mettent tous les leviers de leur métier, toute leur science pour parvenir à leur but. L’un pour attraper le tueur, l’autre pour échapper aux policiers et à ses employeurs.

Jean-Pierre Melville est le cinéaste dont le sujet de prédilection est le perfectionnisme, et qui est un grand perfectionniste lui-même dans son art cinématographique. Jusqu’à posséder ses propres studios de cinéma (voir l’anecdote). Il introduit un grain de sable (une femme) dans le parcours meurtrier de Jeff qui le mènera à sa perte.
Il introduit un grain de sable (une femme) dans le parcours meurtrier de Jeff qui le mènera à sa perte.
On trouvera aussi ce thème du grain de sable fatal dans certains films de l’américain Michael Mann « Le solitaire » (« Thief« ) (1981) « Heat » (1995), « Collateral » (2004).

Ce film est recensé dans la page : LE FILM POLICIER ET LE THRILLER FRANÇAIS DE 1945 à nos jours.

LA SCÈNE D’ANTHOLOGIE

Jeff Costello rentre chez lui. Il pose son borsalino et son trench coat sur une patère. Puis il s’approche de la cage du bouvreuil et observe que celui-ci est plus agité qu’à l’habitude et a perdu quelques plumes. Jeff Costello commence à chercher des indices de la présence d’intrus dans son logement pendant son absence. Il ne tarde pas à trouver un micro. Scène impressionnante sur la lutte des deux principaux protagonistes avec l’introduction de la technologie comme outil répressif dans la police.

L’ANECDOTE

Jean-Pierre Melville dans son souci de perfectionnisme mais surtout d’indépendance, avait ses propres studios de cinéma rue Jenner à Paris. Lors du tournage du film un incendie se déclare ravageant l’ensemble des installations. Si la piste du court-circuit électrique reste privilégiée, Jean-Pierre Melville a laissé entendre qu’il pouvait bien s’agir d’un geste malveillant envers lui. Le feu interrompt le tournage du film quelques jours. Le décor principal de la chambre de Jeff Costello est reconstruit dans les studios de Saint-Maurice (94) qui, eux, brûleront en 1971.

NOTE : 16/20

 

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