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Synopsis

1958 José Giovanni publie trois romans qui seront adaptés au cinéma.
« Classe tous risques » (1960) de Claude Sautet,
« Un nommé La Rocca » (1961) de Jean Becker
et « Le deuxième souffle » (1966) de Jean-Pierre Melville.

Il est l’auteur de romans policiers français le plus en vue.
Sur « Classe tous risques » il collabore au scénario et aux dialogues et sur « Un nommé La Rocca » il écrit les dialogues. Jean-Pierre Melville ne lui permettra pas d’intervenir sur son film « Le deuxième souffle » que José Giovanni ne jugera pas favorablement.

José Giovanni revient de loin!…

… Joseph Antoine Roger Damiani est né à Paris de parents originaires de Corse. Le père Barthélemy Damiani et la mère et Émilie Santolini sont propriétaires de deux grands Hôtels parisiens le Normandy et L’Elysée Star. Barthélémy Damiani fait plusieurs courts séjours en prison pour des faits d’escroqueries ou de tripot clandestin. Mais il met à la ruine la famille qui doit plier bagage sur Marseille puis Chamonix où Joseph découvre la montagne et ses joies.
En 1942-1943 Joseph Damiani ne suit plus de scolarité. Il ne se présente pas aux examens scolaires.
Il préfère s’engager dans le chantier de jeunesse et montagne tenu par l’armée de l’air du gouvernement de Vichy. Puis sa mère le présente à Simon Sabiani (1888-1956) ancien maire de Marseille.
Sabiani est un ancien SFIO (socialiste) il en est exclu à cause de son virage nationaliste. Il se rapproche du Parti Populaire Français (PPF) de Jacques Doriot sinistre collaborationniste. Sabiani est aussi proche des fameux Carbone et Spirito dont le film « Borsalino » de Jacques Deray réécrit l’histoire. Le clientélisme et la corruption règnent dans la ville phocéenne.
Simon Sabiani fait entrer Joseph Damiani au PPF qui esquive le Service de Travail Obligatoire (STO). Joseph Damiani pourchasse ceux qui veulent échapper au STO. Parfois il rackète contre liberté, parfois il arrête les réfractaires.
Fin mai 1944 Joseph Damiani sent le vent tourner et part pour Nantes chez sa soeur. Là il intègre un soi-disant maquis tenu par un malfaiteur qui sous couvert de résistance pille.
En août 1944 à Lyon il est soupçonné d’avoir extorqué des négociants en soieries juifs.
Le 18 mai 1945 Joseph et son frère Paul accompagnés de Paul Ménassole et Georges Accad enlèvent Haïm Cohen, un négociant en vins et se font remettre argent, et chèque puis l’abattent d’une balle dans la tête et jette le corps dans la Seine.
Le 31 mai les mêmes enlèvent Jules et Roger Peugeot, les dépouillent, les assassinent et les enterrent dans une forêt.
Ils sont arrétés 15 jours plus tard. Ménassole se suicide. Paul Damiani parvient à s’évader de la prison de la Santé en décembre 1945. Le 17 juin 1946 il est abattu par un patron de bar qu’il voulait racketter.
Lors de son procès à Marseille un rapport de police ressort sur la moralité de Joseph Damiani.

« Il est permis de dire qu’on se trouve en présence d’un individu extrêmement nuisible à la société et qui, avant d’être assassin, a été traître à la cause de son pays et [a] commis des actes relevant du plus pur gangstérisme. »

Le 10 juillet 1948 Joseph Damiani et son complice Accad sont condamnés à mort.
Le , il obtient la réduction de sa peine à vingt ans de travaux forcés.
Le (après les remises de peine) Joseph Damiani sort libre de la maison centrale de Melun le , à l’âge de 33 ans, après onze ans et demi de détention.

Pendant qu’il attendait dans le couloir de la mort son éventuelle éxécution, Joseph Damiani a écrit un journal sur l’horrible attente de l’éxécution capitale sous le titre « Huit mois face à la tombe, journal d’un condamné à mort ».

Puis encouragé par son avocat et écrivain Stephen Hecquet, il se lance dans l’écriture de romans sous le pseudonyme de José Giovanni.
Il commence par « Le trou » un roman qui retrace sa tentative d’évasion. Stephen Hecquet fait lire le manuscrit à Roger Nimier qui le passe à Albert Camus, qui est au comité de lecture de la maison d’édition Gallimard, et ce dernier commande 10 romans à José Giovanni qui en donnera 4 dès la première année. Marcel Duhamel créateur pour Gallimard de la collection « Série Noire » fait entrer l’auteur dans sa collection.

José Giovanni dont l’écriture montre un certain déterminisme dans la condition du malfaiteur (et souvent assassin) en cavale, sort aussi des sentiers battus de la pègre parisienne. Ses anti-héros bougent beaucoup. Ils n’ont pas de pied-à-terre. Ils ne vivent pas à Pigalle. Ils vont de planque en planque d’une ville à l’autre. Dans « Classe tous risques » le film débute en Italie et retrace la cavale de Milan à la côte d’Azur.
Le cinéma qui a aussi besoin de renouveler l’archétype du gangster voit en cet écrivain un excellent moyen pour redynamiser un genre qui ronronne depuis le milieu des années 1950. Les films tournent toujours autour de Jean Gabin et Paul Frankeur. Et les scénarios se ressemblent. Auguste Le Breton est un peu le pape du genre à l’époque avec des films comme « Du Rififi chez les hommes » (1955) de Jules Dassin, « Razzia sur la chnouf » (1955) d’Henri Decoin, « Le rouge est mis » (1956) de Gilles Grangier. Ce ne sont pas de mauvais films, bien au contraire, mais la description du milieu semble surannée.
José Giovanni intéresse une nouvelle génération de réalisateurs et avec eux une nouvelle génération d’acteurs, comme Lino Ventura qui décroche ses premiers rôles, et Jean-Paul Belmondo qui surgit de la Nouvelle Vague.

Bertrand Tavernier qui a développé des liens d’amitié avec José Giovanni, écrit dans son blog à propos du DVD de « Classe tous risques« :

« Giovanni apportait une bouffée d’air dans un cinéma assoupi. On sortait enfin de Pigalle. Les personnages de « Classe tous risques » essaient de survivre en Italie, puis traversent toute la France, traversée scandée par la magnifique musique de Georges Delerue (Dans cette suite, cette variété de paysages, on sent là aussi l’influence du western). Sa connaissance de la pègre, liée à un sens personnel de la pudeur, lui permet d’éviter bien des clichés et surtout de centrer presque tous ses récits autour de quelques thèmes qu’il traite de manière très émotionnelle : la survie, l’amitié, la hantise de la délation, du compromis. Il fait l’impasse sur le passé des personnages. Seul compte ce qu’ils sont en train de vivre maintenant, dans le présent le plus immédiat. »

José Giovanni a écrit vingt-deux romans, trente-trois scénarios et a réalisé seize films et quatre téléfilms.

Parmi les scénarios les plus importants. Nous trouvons :

« Le trou » (1960) de Jacques Becker qui reprend la tentative d’évasion qu’il avait faite à la prison de la Santé.
« Classe tous risques » (1960) de Claude Sautet. Cavale désespérée de deux gangsters entre Milan et la côte d’Azur.
« Un nommé La Rocca » (1961) de Jean Becker
« Symphonie pour un massacre » (1963) de Jacques Deray
« Les grandes gueules » (1965) de Robert Enrico tiré de son roman « Le haut-fer » sur la difficile (impossible?) réinsertion de prisonniers dans la société.
« Avec la peau des autres » (1966) de Jacques Deray
« Le deuxième souffle » (1966) de Jean-Pierre Melville. Un évadé tente un dernier gros coup avant de se retirer. Le plus beau film de Jean-Pierre Melville selon rueducine.
« Les aventuriers » (1967) de Robert Enrico. L’aventure vue par le côté tragique.
« Ho ! » (1968) de Robert Enrico A nouveau le déterminisme de celui qui met le doigt dans l’engrenage de la marginalité par la violence et le braquage.
« Le Clan des Siciliens » (1969) de Henri Verneuil.

Il ne maitrisera pas la version d’Alain Corneau « Le deuxième souffle » (2007) bien que crédité au scénario qu’il n’a pas écrit, il s’agit de rendre hommage à l’auteur du roman.

Mais José Giovanni a voulu être aussi un réalisateur et contrôler ses récits sur grand écran de bout en bout.

« La Loi du survivant » (1967) une suite du film « Les aventuriers » (1967)
« Le Rapace » (1968) qui annonce « Il était une fois… la révolution » (« Giù la testa! ») de Sergio Leone avec ses mercenaires, ses faux révolutionnaires, et l’idéal politique qui se résume à prendre le pouvoir.  Nous sommes déjà dans l’après 1968.
« Dernier domicile connu » (1970). José Giovanni adapte un roman américain et transpose une chasse à l’homme de New York à Paris avec une bella aisance. Pour rueducine le chef d’oeuvre de José Giovanni réalisateur.
« Un aller simple » (1971)
« Où est passé Tom ? » (1971)
« La Scoumoune » (1972). Il réadapte après « Un nommé La Rocca » son roman « L’excommunié ». Mais il y échoue. Malgré Jean-Paul Belmondo et Claudia Cardinale le film est à la peine. 
« Deux hommes dans la ville » (1973) le film le plus emblématique de José Giovanni et sa lutte contre la peine de mort. Avec Jean Gabin et Alain Delon.
« Le gitan » (1975) dernier grand film de José Giovanni. Avec Alain Delon.
« Comme un boomerang » (1976)
« Les égouts du paradis » (1979) l’affaire Spaggiari vue par José Giovanni d’après les mémoires d’Albert Spaggiari. 
« Une robe noire pour un tueur » (1980)
« Le ruffian » (1983) dernier film avec Lino Ventura et Claudia Cardinale. Un rendez-vous en partie manqué.
« Les loups entre eux » (1985)
« Mon ami le traître » (1988)
« Mon père, il m’a sauvé la vie » (2001)

Lino Ventura et dans une moindre mesure Jean-Paul Belmondo et Alain Delon seront les acteurs du cinéma de José Giovanni. Mais c’est surtout Ventura qui incarne l’individu « giovannesien » à travers les films de Claude Sautet, Jean-Pierre Melville ou Robert Enrico et aussi ceux de José Giovanni himself.

 

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