Synopsis
Sergio Sollima (1921-2015) est l’un des trois « Sergio » qui ont donné au western italien dit « spaghetti » ses lettres de noblesse.
Sergio Leone (1929-1989) qui a lancé le genre avec une façon de « chorégraphier » ses scènes à en distordre le temps et l’espace en y montrant une violence inédite et un habillage visuel qui accentue l’authenticité, enfin il y injecte un habillage mélodique signé Ennio Morricone qui révolutionne le genre.
Sergio Corbucci (1926-1990) signe deux grands westerns italiens. L’un totalement nihiliste « Le grand Silence » (« Il grande Silenzio« ) (1968), l’autre plus solaire « El mercenario« (1968). Il signe d’autres westerns dignes d’intérêt : « Django » (1966) entre autres qui sera un immense succès en salle.
Sergio Sollima commence ses études cinématographiques en 1941 mais la guerre perturbe son plan de carrière. Il rejoint les partisans romains. Au sortir de la guerre il se tourne vers l’écriture. Il publie un livre sur le cinéma américain et quelques critiques. Puis l’acteur Leopoldo Trieste lui demande d’écrire pour le théâtre moins sinistré que l’industrie cinématographique.
Il fait l’assistanrt réalisateur pour Mario Costa, Franco Rossi Domenico Paolella et Sergio Corbucci.
Sa carrière de réalisateur débute en 1962 dans un film à sketchs « Les amours difficiles » (« L’amore difficile« ) dont il tourne un sketch « Le donne » (« Les femmes« ).
Tout d’abord il tourne 3 films d’espionnage (Agent 3S3, passeport pour l’enfer » (« Agente 3S3, passaporte per l’inferno« ) (1965) puis « Agent 3S3, massacre au soleil » (« Agente 3S3, massacro al sole« ) (1966) tournés sous le pseudonyme de Simon Sterling et « Un certain monsieur Bingo » (« Requiem per un agente segreto« ) (1966) sous son vrai nom. Le dernier reçoit un beau succès en salles.
Sergio Sollima se lance alors dans le western italien. il a un style moins flamboyant que Sergio Leone, ses westerns sont moins chorégraphiés et ils ont la particularité d’être bien moins baroques que Sergio Corbucci. Il est plus influencé dans sa mise en scène par John Ford. Il a pour scénaristes Sergio Donati et Franco Solinas. Sergio Donati a déjà travaillé pour Sergio Leone sur le scénario du film « …Et pour quelques dollars de plus » (« Per qualche dollaro in più« ) (1965).
« Colorado » titre français médiocre pour « La resa dei conti« (1966) (le règlement de comptes) oriente le western italien vers le film politique. Avec Damiano Damiani et « El Chuncho » (« Quièn sabe?« ) (1966) et Sergio Leone « Il était une fois …la révolution » (« Giù, la testa!« ) il est un des rares a s’être lancé sur cette voie.
Il récidive toujours dans le western politique avec « Le dernier face à face » (« Faccia a faccia« ) (1967) co-écrit avec Sergio Donati ces westerns sont parmi les plus grands western italiens. Ambitieux par leur propos et dans leur mise en forme, Sergio Sollima réalisateur peu prolifique enchaîne deux œuvres maîtresses. Ses westerns bénéficient d’une musique géniale signée Ennio Morricone. Sergio Leone en prend quelque peu ombrage, il a du mal à admettre que le maestro puisse composer des musiques aussi puissantes pour un autre que lui, et continuer sans lui, à sublimer le filone. Pour Sergio Sollima le compositeur intègrera dans quelques uns de ses films une citation de la « Lettre à Elise » de Beethoven, oeuvre que le réalisateur vénérait.
Sergio Sollima est au sommet de sa carrière.
Quand Sergio Leone parle dans ses westerns du mythe de l’ouest, Sergio Sollima, lui, parle de l’Italie: de la montée du fascisme « Le dernier face à face » et des relations Nord-Sud « Colorado« . Le nord profitant de sa puissance (richesses, industries) pour utiliser la main d’oeuvre pauvre provenant du Sud (Campanie, Pouilles, Basilicate, Calabre et Sicile) et abuser de ses faiblesses.
« Saludos hombre » (« Corri uomo, corri« ) (1968) qui reprend le personnage du péon mexicain de « Colorado » nommé Cuchillo et interprété par Tomàs Miliàn, par manque de moyen n’est plus à la hauteur des deux films précédents. Peut-être aussi est-ce l’absence d’un grand nom du scénario au générique qui empêche le film d’être aussi bon que les deux précédents.
D’ailleurs il se détourne du western et du film politique pour tourner le thriller « La cité de la violence » (« Città violenta« ) (1970). Pour cela il tourne loin de Rome et Cinecittà. Il a pour vedettes Charles Bronson, Jill Ireland, et Telly Savalas.
Puis il passe au giallo « Le diable dans la tête » (« Il diavolo nel cervello« ) (1972).
Enfin un poliziottesco « La poursuite implacable » (« Revolver« ) (1973). Ce film policier n’entre pas vraiment dans les canons du poliziottesco de consommation courante. Le fait qu’une partie de l’action se déroule à Paris est atypiqueLes poliziotteschi sont tournés en général dans les grndzs villes italiennes (Rome, Milan, Naples, Gênes ou Turin). Tous ses films sont plus qu’honorables mais ne sont pas les chefs d’oeuvre que sont ses deux premiers westerns.

En 1976 Sergio Sollima tourne ce qui le rendra définitivement populaire auprès du public italien. La série télévisée en 6 épisodes « Sandokan » suivie de deux longs métrages avec le même héros « Le corsaire noir » (« Il corsaro nero« ) (1976), puis « Le tigre est encore vivant : Sandokan à la rescousse » (1977).
Par la suite Sergio Sollima tournera pour la télévision. Le cinéma italien dans les années 1980 est moribond et n’offre plus d’opportunités aux « petits maîtres italiens » du cinéma.
Son ultime film sera une suite des aventures de Sandokan « Le fils de Sandokan » tourné pour la télévision en 1998.