LES FILMS ITALIENS SUR LA MAFIA DES ANNÉES 1950 À NOS JOURS
- Alessio Orano, Amedeo Nazzari, Carla Gravina, Charles Vanel, Claudia Cardinale, Claudio Amendola, Fabio Testi, Franco Nero, Gian Maria Volonté, Giuliano Gemma, Irene Papas, James Mason, Jennifer O'Neill, John Saxon, Lee J. Cobb, Lino Ventura, Luciano Catenacci, Marilù Tolo, Martin Balsam, Massimo Girotti, Maurizio Merli, Michele Placido, Ornella Muti, Pierfrancesco Favino, Raymond Pellegrin, Rod Steiger, Salvo Randone, Saro Urzi, Toni Servillo, Tony Musante
- Alberto Lattuada, Damiano Damiani, Elio Petri, Eriprando Visconti, Fiorella Infascelli, Francesco Rosi, Giuseppe Ferrara, Lina Wertmüller, Luigi Zampa, Marco Tullio Giordana, Matteo Garrone, Paolo Sorrentino, Pierfrancesco Diliberto, Pietro Germi, Ricky Tognazzi, Stefano Sollima, Umberto Lenzi
- 1950
- Italie
- Age & Scarpelli, Alberto De Martino, Alberto Lattuada, Arduino Maiuri, Carlo Bonini, Diego Fabbri, Enzo G. Castellari, Ettore Giannini, Francesco Rosi, Giancarlo De Cataldo, Gianni di Gregorio, Lina Wertmüller, Marco Ferreri, Massimo Gaudioso, Matteo Garrone, Maurizio Braucci, Michele Lupo, Paolo Sorrentino, Pietro Germi, Roberto Saviano, Sandro Petraglia, Stefano Rulli, Suso Cecchi d'Amico, Turi Vasile, Ugo Chiti, Ugo Pirro
- Carlo Rustichelli, Luis Enriquez Bacalov, Piero Piccioni, Riz Ortolani
Synopsis
Article dédié à la mémoire de:
Giovanni Falcone, Paolo Borsellino, Rocco Chinicci, Alberto Dalla Chiesa, Boris Giuliano, et tous les magistrats et policiers ainsi que les membres de la protection des personnalités tués, et membres des familles assassinés collatéralement, Placido Rizzotto, Giuseppe Impastato, Giuseppe Fava, Mauro de Mauro, Mario Francese, Carmine Pecorelli.
Dédié aux combattants vivants:
Sigfrido Ranucci, Roberto Saviano et Pino Maniaci.
En hommage aux écrivains, scénaristes et réalisateurs qui ont permis aux citoyens italiens d’appréhender les systèmes mafieux et leur nocivité.
Définition de la mafia italienne
Cosa Nostra en Sicile, Camorra en Campanie et N’Dranghetta en Calabre sont les trois « sociétés » mafieuses en Italie. Par société nous entendons une entente délictueuse et secrète entre personnes ayant pour but de profiter des faiblesses de l’Etat italien pour asseoir un pouvoir financier et politique basé sur la corruption et la violence. Elles sont dirigées par des familles qui s’entendent sur des trafics divers qui vont de la main d’oeuvre ouvrière, aux chantiers BTP, aux trafics d’armes, d’être humains, de drogues et au trafic d’influences. Le but est l’enrichissement et d’étendre son influence sur le territoire italien et à l’étranger. Ces mafias prospèrent grâce à la faiblesse de l’Etat Italien et son manque de moyens financiers.
Petit historique
La mafia a profité de la libération de la Sicile suite à l’opération « Husky » (débarquement allié sur les plages sud ouest siciliennes, puis conquête de l’ile du 10 juillet 1943 au 16 août 1943).
L’armée américaine met alors en place une administration avec de notables anticommunistes dont une bonne partie sont issus de la mafia afin de remplacer l’administration fasciste qui était plutôt antimafieuse (avec des nuances locales).
Dans certaines régions siciliennes la mafia est non seulement à la tête des trafics autour du marché noir des produits alimentaires, du tabac, de l’alcool, et des armes, de plus elle administre aussi ces régions et par conséquent prospère largement en profitant aussi des débuts de la reconstruction de l’île.
L’ïle lors d’un scrutin en 1946 se dote d’une autonomie vis-à-vis de l’Etat italien. Statut inscrit dans la constitution en 1948. L’Etat italien délègue donc certains des pouvoirs à la région.
Le clientélisme se développe à tous les niveaux (région, ville, village).
Les difficiles réformes agraires successives finissent par faire déplacer les mafieux des grandes propriétés à la campagne vers la ville ses industries du BTP, ses commerces et ses administrations.
Fin des années 1950, sous la houlette des démocrates chrétiens et mafieux, Salvo Lima (maire de Palerme) et Vito Ciancimino (conseiller au travaux public et proche des Corleonesi), la mafia profite du boom économique et des besoins de logement. Ainsi la bétonnisation de la ceinture verte et des villas historiques (plus de 4000 permis de construire entre 1958 et 1963) seront nommés par le journaliste Roberto Ciuni le « sac de Palerme » (Il sacco di Palermo) puis repris comme terme populaire.
Entre les plus value sur les achats et reventes des terrains et les coûts de construction, la mafia palermitaine fait sa fortune.
Le cinéma italien et la mafia
A la libération de l’Italie, les cinéastes sont pour la plupart, communistes. Ils décident de filmer la misère du pays en tournant des films qui mélangent la fiction et le documentaire.
C’est le néoréalisme.
Dans ces films on y voit un pays revenu au XIXème siècle sur le plan agricole, des villes en ruines, des hommes et des femmes sans emploi et qui vivent d’expédients.
Le phénomène mafieux qui avilit les siciliens et notamment les plus pauvres, qui anéantit les opposants communistes et les syndicalistes ne pouvait qu’attirer l’attention des cinéastes transalpins.
Dans un premier temps (années 1940-1960) éclairer le phénomène et tenter d’en comprendre les dimensions socio-politiques.
Dans un second temps (années 1970-1980), dénoncer les méfaits mafieux et en particulier sa violence.
Dans un troisième temps, (1990-2000) célébrer les héros de la lutte antimafia.
Dans un quatrième temps (depuis les années 2000) disséquer les collusions entre la politique et la mafia et remettre en lumière la mue des mafias et leur persistance dans le pays par des histoires plus centrées sur des personnes que sur la communauté.
La distinction entre les films italiens sur la mafia et les films américains sur la mafia, est que les premiers n’ont aucune ambigüité : Les mafieux sont des assassins, des dévoyeurs méprisables et la lie de la société italienne. Ce ne sont jamais des héros. Même s’ils l’emportent à la fin sur la police ou les magistrats, ils sont voués aux gémonies, et détestables à jamais.
Aux Etats-Unis des films comme « Le parrain » (« The godfather« ) (1972) de Francis Ford Coppola, « Scarface » (1983) de Brian de Palma ou « Les affranchis » (« Goodfellas« ) (1990) de Martin Scorsese, contiennent une certaine ambigüité:
La lecture première est une vision romantique du crime organisé et des personnages mis en scène comme des héros. D’ailleurs dans la jeunesse américaine, les personnages principaux de ces films sont souvent cités dans les chansons de rap, ou érigés en modèles. Ce n’est qu’en lecture du sous-texte que le message sur la nocivité mafieuse apparaît très atténuée par rapport au premier degré.
Le cinéma italien s’empare du sujet de la mafia dès l’année 1949 avec « Au nom de la loi » (« In nome de la legge« ) de Pietro Germi (1914-1974). Déjà une armée de scénaristes travaillent sur le film (système de travail italien qui fera sûrement un des piliers de la vitalité du cinéma italien lors de son âge d’or entre 1960 et 1978).
Le film oscille entre néoréalisme pour ses extérieurs et western inspiré de John Ford pour la caractérisation des personnages. La Sicile paysanne est encore féodale. Aristocrates et mafieux sont les caciques du pays. Nous sommes à ce moment là, avec une mafia ancrée dans la terre et non urbaine.
La fin du film étonne et contrarie le portrait du personnage principal décrit comme incorruptible et attaché à la justice. La mafia paraît comme substitut de l’Etat. Il est déjà question de peur, d’omertà et d’assassinat.
« Les coupables » (« Processo alla città« ) (1952) de Luigi Zampa aidé de Mauro Bolognini et Nanni Loy s’intéresse à un véritable fait divers du début du XXème siècle (le procès Cuocolo) mettant en cause des membres de la Camorra et en particulier des notables de la ville de Naples. Premier procès de la Camorra, la teneur historique ainsi que le fait divers sordide en font un sujet cinématographique.
De nouveau une belle poignée de scénaristes travaillent sur le film.
Le sujet du film vient de Francesco Rosi, napolitain de naissance et à l’époque scénariste et assistant réalisateur. Le film évoque des faits camorristes du début des années 1900 et qui se révèlent encore d’actualité quand sort le film. Ici aussi indifférence et silence règnent et empêchent l’enquête.
Amedeo Nazzari et Paolo Stoppa forment une belle affiche. Luigi Zampa montre qu’il peut être un réalisateur moderne.
L’âge d’or du cinéma italien (1960-1978)
Le cinéma italien produit le plus grand nombre de films au monde. Il marche sur ses deux jambes:
Le cinéma populaire qui produit des films de consommation courantes. Et le cinéma d’auteur.
Séries B et séries Z et développent des genres dits « filoni ». Le peplum, le western italien, l’espionnage post James Bond, le giallo, le poliziottesco, le post apocalyptique…
Le film de mafia peut se trouver indistinctement dans une série B ou un film de prestige. On peut le classer comme sous-genre du poliziottesco entre les années 1970 et 1980.
Ces filoni font des entrées phénoménales et permettent au cinéma d’auteur de vivre et de sortir une avalanche de chefs d’oeuvres. Les scénaristes travaillent indistinctement avec les cinéastes intellectuels et les cinéastes plus axés sur le cinéma populaire. Les films sont travaillés par des pools de scénaristes dont on ne sait qui fait quoi, mais souvent il en ressort des films viables et intéressants.
Des chefs opérateurs prestigieux travaillent les lumières des films. Ils feront des films à l’étranger.
Des musiciens incroyables illustrent de leur talent les films.
« Salvatore Giuliano » (1961) de Francesco Rosi (1922-2015)
« Ce n’est pas un film documentaire, mais un film documenté »
dit Rosi.
Très peu d’acteurs professionnels et beaucoup d’acteurs amateurs. Un film aride qui ne montre que des faits avérés. Et donc, par conséquent, laisse beaucoup de zones d’ombre.
Les faits sont l’assassinat de Salvatore Giuliano qui succède au massacre de Portella della Ginestra. Il s’agit d’une manifestation paysanne portée par le parti communiste pour une meilleure répartition des terres de Sicile, qui s’achève en bain de sang. 11 morts plus de 30 blessés. Les hommes de Salvatore Giuliano (un bandit séparatiste sicilien) sont armés, certains de mitraillettes, et tirent sur les manifestants. La mafia est fortement supposée être la commanditaire de ce massacre.
C’est ce que l’on appellera un film-dossier. Francesco Rosi en fera plusieurs qui marqueront l’histoire du cinéma.
L’année suivante le film « Mafioso » (1962) d’Alberto Lattuada et avec Alberto Sordi marque par son ton inédit. Le film commence comme une comédie à l’italienne, puis vire à la comédie dramatique.
Nous sommes à nouveau confrontés à une mafia rurale, crainte par tous et acceptée par tous. Bien qu’issue de la terre et sa possession, cette mafia rurale n’en a pas moins des accointances avec l’Amérique ultra urbanisée de New York. Le contraste entre Milan, l’aridité de la Sicile puis New York est saisissant.
Alberto Sordi incarne Nino Badalamenti un ouvrier sicilien qui a migré à Milan pour travailler et qui retourne au pays en famille pour les vacances d’été. Le capo du village par l’intermédiaire de la mère de Nino l’investit d’une mission : commetttre un assassinat à New York. Nino ira au bout de sa mission et retournera travailler à l’usine à Milan.
Chef d’oeuvre.
Francesco Rosi sort son deuxième film-dossier: « Main basse sur la ville » (« Le mani sulla città« ) (1962). Le réalisateur napolitain tourne à Naples. Il dénonce la politique immobilière de la ville fagocitée par la camorra.
Francesco Rosi voit les quartiers populaires disparaître au profit d’immeubles de standing aux loyers élevés qui rejettent à l’extérieur les familles modestes. Il dénonce l’achat de terres agricoles à vil prix, pour en faire des terrains constructibles sur lesquels une spéculation phénoménale se développe.
Le film dénonce une période politique réelle de la ville de Naples sous l’administration du maire et armateur Achille Lauro. Les scènes de conseil municipal sont extraordinaires de réalisme. Il y dénonce la mainmise politique de la Démocratie Chrétienne (DC) qui pratique la collusion mafieuse et le clientélisme.
L’acteur américain Rod Steiger interprète le maire de la ville de Naples.
Pietro Germi revient par la bande à la mafia avec son film « Séduite et abandonnée » (« Sedotta e abbandonata« ) (1964).
La mafia n’est pas le coeur du film. Mais on ne cesse d’y parler d’honneur, de famille, de vengeance (vendetta) et de respectabilité. Bref les mamelles du vocabulaire mafieux.
Et effectivement le père de famille qui voit sa fille déflorée et abandonnée agit comme un mafieux: Il envoie son fils assassiner le malotru, il va extraire un baron impécunieux de son palais en ruine et lui payer une nouvelle dentition pour marier sa fille, il impose aux hommes du village sa vision des choses. Sa tombe ressemble étrangement à celle d’un parrain.
Multiplications des films sur la mafia
Il faut dire que la mafia commence sa mue et passe de la campagne à la ville et commence à s’imposer par la violence extrème.
Des problèmes de territoires se règlent dans le sang entre familles mafieuses.
A cette époque (1958) Luciano Liggio vient d’asseoir son pouvoir sur la petite ville de Corleone.
Avec Bernardo Provenzano et Toto Riina qui se chargent des basses oeuvres, ils se sont débarrassés du capo de Corleone, le bon docteur Michele Navarra. Celui-ci voyant le pouvoir de Luciano Liggio devenir génant pour lui, décide de l’assassiner. Mais c’est un échec et Liggio légèrement blessé dans la tentative d’assassinat, appuyé par les mains armées de Toto Riina et Bernardo Provenzano ne le rateront pas. Le corps de Michele Navarra est transpercé de 94 balles.
Une guerre de clan se déclenche à Corleone. C’est le clan Liggio qui l’emporte. Liggio est arrété, jugé… et acquité.
La cinéma italien alors en pleine vitesse de croisière s’empare du thème de la mafia. Sa violence dont on connaît la puissance évocatrice au cinéma, mais aussi le mystère qui l’entoure (la parole est inexistante sur le sujet) et enfin les victimes nombreuses dont certaines sont des notables ou des représentants de l’Etat sont des sources d’histoires à transposer.
Très vite le cinéma italien met en perspective dans l’histoire contemporaine de l’Italie, la mafia (surtout sicilienne) et ses exactions.
La première guerre de la mafia (1963)
Les films se nourrissent en partie des faits dûs à la première guerre de la mafia qui commence en 1963 par l’assassinat du parrain Calcedonio di Pisa
Bien entendu quelques morts violentes s’égrennent les années suivantes. Les clans mafieux se disputent le trafic de drogue et les zones d’influence des familles.
La violence se déchaîne entre les familles mafieuses.
Elle s’achève par le massacre de Ciaculli et la mort de 7 carabiniers tués par une voiture piégée.
La voiture piégée (« autobomba » en italien) apparaît pour la première fois comme arme de destruction de mafieux à mafieux.
Les journalistes rapportent évidemment pour les journaux siciliens et nationaux cette violence impressionante par la quantité de morts et les moyens mis en oeuvre pour commettre ces assassinats. L’apparition des voitures piégées et les dégats aveugles qu’elles procurent traumatisent les palermitains.
Des écrivains éditent des romans, des éssais, des nouvelles sur la mafia. Parmi eux Leonardo Sciascia ou Giuseppe Fava. Leonardo Sciascia (1921-1989) fera oeuvre d’historien et remontera l’histoire de la Sicile pour trouver les sources mafieuses qui surgissent au moyen-âge.
Giuseppe Fava (1925-1984) dénoncera la mafia de façon plus frontale et militante. Il le paiera de sa vie. De leurs oeuvres sortiront de grands films sur la mafia sicilienne.
En 1967 sort en salles « A chacun son dû » (« A ciascuno il suo« ) d’Elio Petri. Le film est une adaptation d’une nouvelle de Leonardo Sciascia paru en 1966. Le film est une enquête sur un double assassinat par un professeur. La police ayant opté pour le crime d’honneur d’un homme volage et d’un ami malheureusement au mauvais endroit au mauvais moment.
La mafia bien que l’on y voit sa violence, l’omertà, et le prédéterminisme social qu’elle engendre, n’est pas le sujet central du film. Le sujet central du film est le sexe dans la Sicile au moeurs très réactionnaires.
Elio Petri (1929-1982) alterne les scènes « façon cinéma » et les scènes « façon documentaire ». Et trouve un ton original. L’originalité de la mise en scène sera la marque de fabrique de cet immense réalisateur italien.
La même année Damiano Damiani tourne « La mafia fait la loi » (« Il giorno della civetta« ) (1967).
Damiano Damiani (1922-2013) dissèque une enquête sur un assassinat qui se heurte soit à l’omertà soit à une avalanche de faux témoins à la solde mafieuse qui viennent perturber l’enquête et noyer le poisson. Les hommes « d’honneur » n’en ont guère.
Damiano Damiani entame une croisade antimafia qui égrènera sa filmographie. Cela en fera un auteur particulier dans le cinéma italien. Il n’aura pas une carrière internationale à la hauteur de son talent et de son combat.
6 années après « Main basse sur la ville« , Francesco Rosi tourne son film-dossier le plus ambitieux à ce moment:
« Lucky Luciano » (1968). Il s’agit d’une biographie du capo de la mafia italo américaine à partir de la deuxième guerre mondiale à sa mort à l’aéroport de Naples.
Pour une remise de peine et son extradition en Italie, Lucky Luciano met les ports américains sous la coupe réglée de la mafia, afin d’éliminer tout syndicat qui pourrait ralentir l’effort de guerre et de sécuriser les ports New yorkais d’éventuels sabotages allemands. Les Etats-Unis se rapprochent donc de la mafia pour ses intérêts immédiats, puis l’expulsent en Italie. Cela permet à Lucky Luciano de rapprocher la mafia sicilienne et la mafia de New York et du New Jersey. Lucky Luciano s’avère être un fédérateur et stabilisateur des familles mafieuses. En 1946 il réunit les familles américaines à Cuba et redessine les contours du trafic d’héroïne, le partage des gains des casinos cubains et américains, et appaise les tensions entre les chefs mafieux. Plus tard il coordonnera les débuts de la French Connection entre les parrains siciliens, les parrains américains et les laboratoires tenus par le milieu corse dit « marseillais ». Il meurt en 1962 avant l’apogée du système et son démentèlement dans les années 1970.
Francesco Rosi fait une biographie sans chercher à mettre en avant l’aspect spectaculaire de la mafia. Il creuse le sillon du film-dossier et fait appel à des images d’archives pour étayer le récit. Cependant il contourne l’épisode cubain de 4 mois de Lucky Luciano.
Giuseppe Ferrara s’inscrit lui aussi dans la dénonciation des pouvoirs nocifs de la mafia. Il s’inscrit dans un mélange de style entre Francesco Rosi pour l’aspect documentaire et Damiano Damiani pour le côté spectaculaire de ses films. Cependant c’est un réalisateur un peu plus pataud, moins affuté sur la mise en scène, et sur la psychologie des personnages que Rosi et Damiani.
Pour son premier film « Les incorruptibles défient la mafia » (« Un sasso in bocca« ) (1969) c’est l’aspect documentaire qui prend le dessus sur le côté fictionnel. Si le film n’est pas dans le haut du panier du genre, on y apprend cependant que les siciliens trop bavards avec les forces de l’ordre ont de grande chance de se retrouver morts, une pierre dans la bouche (d’où le titre original).
Les années 1970 les films sur la mafia et notamment la mafia sicilienne apparaissent plus souvent sur les écrans italiens. Le phénomène mafieux prend de l’ampleur dans les médias. La sauvagerie des assassinats frappent les esprits et offrent de belles perspectives de scènes d’action.
Mais les cinéastes italiens ne se fourvoient pas dans « l’héroïsation » de personnages mafieux. Les scénaristes et réalisateurs italiens dont la plupart sont de gauche et beaucoup sont communistes, n’acceptent pas la violence de la mafia même si dans les films celle-ci offre un graphisme spectaculaire.
De ces années 1970, il sortira de grands films d’auteur comme des films de consommation courantes (série B) et des films qui oscillent entre le cinéma d’auteur sans négliger l’aspect spectaculaire.
La vitalité du cinéma italien est telle que les acteurs américains (souvent en difficulté sur le plan de leur carrière) mais aussi français entrent dans les distributions de rôles de ces films.
Les années de plomb (1969-1980)
l’Italie traverse une crise sécuritaire qui sera nommée bien plus tard « les années de plomb ». Cela commence avec l’attentat de la Banca Agricola sise Piazza Fontana à Milan (17 morts) et s’achève avec l’attentat de la gare de Bologne (85 morts) même si des violences résiduelles subsistent jusqu’en 1988.
L’Italie est traversée d’une flambée de violences politiques (attentats d’extrème droite et d’extrème gauche, menace de coups d’Etat), de violences délinquantes (les attaques à mains armées, les enlèvements contre rançon), de violences mafieuses, et de violences policières lors de manifestations.
La mafia a donc pleinement sa place dans ces années de plomb.
le 10 décembre 1969: massacre de la via Lazio. Mort du mafieux Michele Cavataio sur ordre de la commission.
Le 16 septembre 1970: le journaliste Mauro De Mauro, qui enquétait sur l’assassinat du chef d’entreprise Enrico Mattei le 27 octobre 1962, est enlevé. Jamais retrouvé.
Le 5 mai 1971: assassinat du procureur Pietro Scaglione qui enquétait sur la disparition du journaliste Mauro De Mauro.
Le 30 mai 1978: assassinat du parrain mafieux Giuseppe di Cristina qui parle trop à la police… prélude à la deuxième guerre de la mafia.
Le clan corleonesi monte en puissance. Luciano Liggio est arrété en 1974 jugé et condamné à perpétuité en 1975. Salvatore ‘Toto » Riina prend la tête du clan et ses méthodes de tueries sauvages vont imposer à la longue la politique de Cosa Nostra. Le clan corleonesi n’a pas encore les pleins pouvoirs à la commission. C’est le clan qui s’occupe des basses oeuvres. Pour le compte de la commission et pour son propre compte.
Le réalisateur Damiano Damiani sort deux films sur la mafia en 1970 et 1971.
Le premier « Seule contre la mafia » (« La moglie più bella« ) (1970) raconte un délit sexuel par un jeune mafieux qui viole la jeune femme qu’il convoitait, mais dont la famille de la victime ne voulait pas de cette relation.
Il s’agit de l’adaptation d’un fait réel. Le viol de Franca Viola. Sa lutte pour faire emprisonner le violeur mafioso est exemplaire. Damiano Damiani éxalte cette lutte des faibles contre la violence acceptée par la plupart des siciliens. La femme la plus belle (la moglie più bella, titre original du film) c’est celle qui lutte.
Le film bénéficie de la musique d’Ennio Morricone qui (un peu comme pour le western italien) met en place une musique carctéristique pour les films sur la mafia. Ici le maranzano prend un place prépondérante dans l’orchestre.
Le second « Confession d’un commissaire de police au procureur de la République » (« Confessione di un commissario di polizia al procuratore della Repubblica » (1971)reprend aussi des faits réels. Notamment l’assassinat du syndicaliste Placido Rizzotto nommé Giampaolo Rizzo dans le film, ou bien un exemple de « lupara bianca » (fusil blanc) de dissimulation d’un corps dans le béton frais.
Damiano Damiani souligne dans le film les liens entre les entreprises du bâtiment et la mafia sicilienne.
Le film montre aussi de façon explicite la collusion entre mafia et politique locale.
Les précautions en début de film signalant qu’il n’était pas inspiré de faits réels (utilisées déjà pour « Seule contre la mafia« ) ne font pas long feu.
Pour ce film Damiano Damiani utilise la musique de Riz Ortolani qui est assez remarquable.
Pour ces deux films Damiano Damiani ne néglige pas le spectacle et n’occulte pas les scènes d’action et de crimes, tout en soulignant la réflexion sur ce qu’est l’influence néfaste et mortifère de la mafia sur la société sicilienne.
Francesco Rosi persiste et signe dans le film-dossier avec « L’affaire Mattei » (« Il caso Mattei« ) (1972). C’est l’affaire JFK italienne. L’assassinat d’un homme parmi les plus importants d’Italie et pas la moindre preuve pour désigner un coupable.
Alors tout y passe: les services secrets italiens, la mafia, les 7 grands trusts du pétrole, le gouvernement français…
Francesco Rosi travaille avec le journaliste Mauro De Mauro afin d’obtenir le dernier discours de Mattei. Mauro De Mauro est enlevé. Tomaso Buscetta (repenti mafieux) dira au juge Falcone que le corps de Mauro De Mauro fait partie intégrante de l’autoroute A19 qui relie Palerme à Catane, et en construction en 1970.
Pasquale Squitieri (1938-2017) après un passage par le western vient au thriller sur la camorra avec « Les tueurs à gage« . Le titre original de son film « Camorra » (1972) est explicite. Il s’agit d’un film de vengeance entre deux clans napolitains. Le scénario est de lui-même. Pasquale Squitieri s’appui sur ses interprètes Fabio Testi, Raymond Pellegrin et Charles Vanel ainsi que de Jean Seberg. Le film est efficace mais c’est un pur produit de consommation qui ne met pas en perspective la camorra par rapport à l’Etat italien.
A noter que Pasquale Squitieri parle de ce qu’il connaît: comme Francesco Rosi c’est un napolitain.
En 1976 une oeuvre théatrale de Giuseppe Fava est restranscrite pour le cinéma. Le film malheureusement intitulé en France « Les maffiosis » (« La violenza: quinto potere« ) est un des meilleurs films qui soit sur la mafia de l’époque.
Le film permet surtout d’appréhender la difficulté qu’ont la police et la justice italienne de cerner et comprendre le système mafieux. Système qui sera mis à jour par le repenti Tomaso Buscetta à partir de 1984.
Le film montre comment ce sont les lampistes qui paient les exactions mafieuses, tandis que les boss et les donneurs d’ordres parviennent à échapper à la justice.
Le théorème de Buscetta permettra de mettre fin à cette situation :
« Aucun homicide ne peut être perpétré dans le territoire sous le contrôle d’une famille sans l’accord du chef de cette même famille et pour les homicides de grande envergure il faut l’assentiment de la commission (cupula NDLR) »
La même année le réalisateur Fernendo Di Leo specialisé dans le filone poliziottesco tourne « Milan calibre 9 » (« Milano calibra 9« ) (1972). Le film est un thriller qui raconte une guerre interne de la mafia milanaise. Film de consommation courante mais avec un budget conséquent et un savoir faire indéniable, le film n’apporte rien sur le plan pédagogique, juste le plaisir de voir un bon film d’action. Le film bénéficie d’une excellente musque signée Luis Enriquez Bacalov.
« Mimi métallo blessé dans son honneur » (« Mimi metallurgico ferito nell’onore« ) (1972) de Lina Wertmüller, sous l’angle de la comédie à l’italienne montre la puissance de la mafia sur la vie des citoyens citoyens. Le pauvre Mimi qui vote communiste est viré de son emploi dans une mine près de Catane, et doit donc quitter la Sicile et se réfugier à Turin pour pouvoir vivre. Mais la mafia a des tentacules jusque dans le nord de l’Italie…
Lina Wertmüller joue avec le concept de l’honneur qui passe par l’avilissement sexuel. C’est très décapant (surtout à l’époque), grotesque, pathétique et hilarant.
Le film « Il caso Pisciotta » (1972) d’Eriprando Visconti (neveu de Luchino) se penche sur le cas d’empoisonnement du bras droit de Salvatore Giuliano dans la prison d’Ucciardone à Palerme. Un capo mafieux séjournant dans la prison est sûrement le donneur d’ordre. Mais le magistrat disparaît alors qu’il se rend chez sa maîtresse. Une fois de plus la mafia sort les atouts de son jeu: Violence, intimidation, omertà.
Salvo Randone interprète le chef mafieux de façon magistrale.
L’année 1973 voit déferler des films ayant pour sujet la mafia. Mais ce sont des série B. Les producteurs ont assimilé que le système mafieux est assimilé par l’ensemble des italiens qui remplissent les salles de cinéma, et qu’il est temps de leur donner des films d’action autour d’un certain « folklore » mafieux.
Il faut noter qu’il s’agit uniquement de films traitant de la mafia sicilienne. Celle-ci étant très médiatisée par les exactions qu’elle commet, et braquant tous les projecteurs sur elle.
« Baciamo les mani » de Vittorio Schiraldi, « Les grands fusils » (« Big guns« ) de Damiano Damiani, « L’homme aux nerfs d’acier » (« Dio, sei proprio un padreterno!« ) de Michele Lupo qui détient un titre qui semble tout droit sorti du western italien, « Le boss » (« Il boss« ) de Fernando Di Leo, « Le conseiller » (« Il consigliori« ) d’Alberto De Martino, « Le témoin à abattre » (« La polizia incrimina, la legge assolve« ) d’Enzo G. Castellari.
« Baciamo le mani » est accueilli très froidement par la population sicilienne et par la critique cinéma pour son manque de distance avec la violence mafieuse. Preuve que les tentatives d’héroïsation de la mafia ne fonctionnent pas en Italie venant de films italiens. Venant de films américains, ce n’est pas la même chose.
Un critique italien de cinéma écrit :
« La mafia « remercie » sans doute les producteurs et auteurs de films de ce genre. La violence y est décrite comme un élément pittoresque, les liens avec les instances officielles du pouvoir sont passés sous silence. Schiraldi a perçu la mafia sans le détachement critique nécessaire. Le réalisateur débutant nous offre un film purement commercial, où même des acteurs engagés comme Kennedy ou Focas jouent le rôle de mannequins mafieux et, surtout, présente encore la mafia comme un mythe et non comme une chose sordide ».
« Le témoin à abattre » se situe à Gènes. La mafia étant son influence sur l’ensemble de la péninsule et les trafics se multiplient. Le film est efficace malgrè quelques tics de mise en scène. Franco Nero en flic au destin funeste est particulièrement emblématique.
Franco Nero, acteur clef de ces films poliziotteschi des années 1970, qui ont pour fond la lutte antimafia, tourne pour Damiano Damiani « Comment tuer un juge? » Titre dévoyé. Le titre italien étant « Pourquoi tuer un juge? » (« Perchè si uccide un magistrato? ») (1974). L’enquêteur se heurte à une organisation tentaculaire et à l’époque quasi omnipotente, qui a investi tous les circuits financiers, et fagocité l’économie de l’île. Elle a la mainmise politique sur les grandes villes (Palerme, Catane et Gelà) et fait les élections en général au profit de la Démocratie Chrétienne. Trafique et exécute quiconque se met en travers du chemin. Et domine la pensée des siciliens qui soit acceptent le joug, soit meurent.
Retour à la camorra pour Pasquale Squitieri avec « Lucia et les gouapes » (« I guappi« ) (1974). La venue d’Ugo Pirro au scénario apporte quelque chose de supplémentaire à son film précédent: la perspective historique. Le film se conclut sur le fait que la camorra cent ans plus tard est toujours aussi vivace et nuisible dans la ville de Naples et sa région.
Le film tourne autour des personnages de Fabio Testi, Franco Nero et dans une moindre mesure Claudia Cardinale.
Luigi Zampa revient en 1975 avec un film formidable: « Gente di rispetto« . Adaptation d’un roman de Giuseppe Fava. Le film montre comment la mafia s’empare de la psychologie des habitants de la Sicile par l’intimidation, la mise en insécurité, puis en assurant une protection et enfin par l’impossibilité de savoir qui est mafieux, qui ne l’est pas, qui ne l’est pas mais s’en accomode. La paranoïa attisée par l’omertà s’empare des personnages et du spectateur. Les cadavres exposés sur la place de l’église et mis en scène sont des scènes frappantes. Ce film peut être vécu comme une expérience de vie sicilienne dans les années 1970.
La musique d’Ennio Morricone est l’une des plus magistrales qu’il ait composées pour ce genre de film.
Une fois de plus nous retrouvons Franco Nero ainsi que Jennifer O’Neill et James Mason.
Le film est tourné dans très joli village de naissance de Giuseppe Fava, nommé Palazzolo Acreide.
Francesco Rosi revient avec un film dont la portée politique est immense. « Cadavres exquis » (« Cadaveri eccelenti« ) (1976). C’est une adpatation d’un récit de Leonardo Sciascia. Le film part des assassinats successifs de trois magistrats pour finir sur une tentative de coup d’Etat.
L’intrigue est alambiquée à souhait mais ne perd jamais le spectateur.
Francesco Rosi embrasse toute la folie des années de plomb qui va des meurtres de haut fonctionnaires de l’Etat en Sicile qui renvoient vers les crimes mafieux, à la stratégie de la tension, en passant par la volonté de certains politiques déjà en place d’un pouvoir plus fort. Tout cela face à un parti communiste étonnamment inerte alors que la population de gauche manifeste.
Le film reçoit un accueil tempétueux notamment du côté de la Démocratie Chrétienne (DC). « Cadavres exquis » entre dans le panthéon du cinéma italien et est un phare qui éclaire les années de plomb.
Pour la deuxième apparition du commissaire Betti « S.O.S. Jaguar: opération casseurs » (1976) (titre français absolument stupide, « Napoli violenta » étant quand même explicite), celui-ci se frotte à a camorra. Les machoires serrées il botte le cul des délinquants napolitains. Umberto Lenzi ne porte qu’une vision spectacle de la lutte contre la camorra napolitaine. Mais elle est efficace en dépit d’un Maurizio Merli très limité dans son jeu, soutenue en revanche par la musique groovy de Franco Micalizzi.
Pasquale Squitieri remet de la perspective historique à la lutte antimafia avec « L’affaire Mori » (« Il prefetto di ferro« ) (1977). Le film revient sur la politique antimafia sous le fascisme.
En effet le parti fasciste n’avait pas la mafia sicilienne en odeur de sainteté et a mené une politique de répression sévère. Son bras armé est le préfet Cesare Mori. D’abord préfet de Trapani puis de Palerme avec pouvoirs exceptionnels.
Mori distinguent ses deux cibles:
« Les bandits et la mafia sont deux choses différentes. Nous avons neutralisé les premiers, qui représentent sans aucun doute l’aspect le plus visible du crime sicilien, mais pas le plus dangereux. Le coup fatal porté à la mafia sera celui où nous pourrons fouiller non seulement les zones de précarité, mais aussi les couloirs des préfectures, les commissariats, les demeures seigneuriales et, pourquoi pas, même certains ministères. »
Brigands (qui pullulent en Sicile) et mafieux sont réprimés souvent torturés, parfois froidement abattus pour peu qu’ils résistent.
Le grand fait du préfet Mori est le siège du village de Gangi (à mi chemin entre Palerme et Taormine) où se sont réfugiés bandits et mafieux. Mori n’hésite pas à prendre en otages femmes et enfants.
Les tribunaux sont au diapason et sanctionnent dûrement les prévenus. Certains mafieux quittent la Sicile pour l’Amérique du nord et transposent Cosa Nostra outre Alantique.
Mais Mori finit par se heurter à un élu palermitain, qui a des acointances mafieuses et des relations à Rome. C’en est fini de la guerre antimafia menée par l’Etat italien.
Le film avec des erreurs historiques afin de faciliter le récit, dit deux choses : Quand l’Etat italien le veut, il peut empêcher la mafia de prospérer. Cependant mener une guerre aveugle avec des moyens illimités n’est pas non plus viable longtemps.
Giuliano Gemma incarne le préfet Mori. La musique est signée Ennio Morricone. Comme à l’accoutumée elle frappe par sa portée émotionnelle, sa singularité orchestrale et sa puissance d’évocation.
L’année suivante Pasquale Squitieri poursuit sur le thème de la mafia. Il se penche (sans le nommer) sur la montée en puissance de Toto Riina avec son film « Corleone » (1978). Quelques lignes directrices biographiques et aussi avec pas mal d’inventions, il montre l’ascension d’un homme aux origines paysanes. Plus que sur le parcours du bonhomme, Squitieri s’interroge sur la violence à tout crin pour parvenir à ses fins. Sans le savoir encore, il annonce en 1978 la deuxième guerre de la mafia.
La deuxième guerre de la mafia sicilienne (1980-1984)
Elle s’étale sur 4 années et finit par imposer le clan Riina et Provenzano à la tête de la commission.
C’est la guerre entre les corleonesi et les clans palermitains pour mettre la main sur le trafic de drogue et sur la ville de Palerme.
Plus de 1000 morts. En moyenne quasiment un par jour. Pour éliminer son prochain (parfois son cousin, son oncle…) tout est bon: Le corps criblé de balles, les bombes, l’étranglement, les corps dissous dans l’acide, l’élimination de familles entières femmes et enfants sans distinction…
Nous n’évoquerons que les victimes issues de la magistrature, de la police et du personnel politique:
21 juillet 1979: Assassinat au café Lux de Palerme du commissaire de police Boris Giuliano par Leoluca Bagarella (corleonese) de 7 balles dans le dos.
25 septembre 1979: assassinat de Cesare Terranova et de son garde du corps le maréchal Lénin Mancuso.
6 janvier 1980 : assassinat de Piersanti Mattarella Président de la région de Sicile. Le meurtre serait le fruit d’une entente de l’extrème droite avec la commission ou une partie de celle-ci (le clan Bontate semblant réticent, le clan Riina très pressant).
4 mai 1980 : assassinat du capitaine Emanuele Basile qui mène l’enquète sur l’assassinat du commissaire Boris Giuliano. Deux tueurs lui tirent dans le dos.
6 août 1980 : assassinat de Gaetano Costa magistrat et ancien partisan (résistant).
13 août 1980 : assassinat de Vito Lipari, homme politique italien et maire de Castelvetrano.
30 avril 1982 : double homicide de Pio La Torre homme politique et syndicaliste, et de Rosario Di Salvo, son chauffeur. En 1980, il fut le premier signataire d’une proposition de loi présentée à la Chambre des députés , qui introduisait le délit d’ association de malfaiteurs et la saisie des biens d’origine illicite.
16 juin 1982: massacre du périphérique la cible de l’attaque était le chef de Catane, Alfio Ferlito, transféré d’Enna à la prison de Trapani. Les trois carabiniers de son escorte, Salvatore Raiti , Silvano Franzolin et Luigi Di Barca périssent, ainsi que Giuseppe Di Lavore, chauffeur de la société privée chargée du transport des prisonniers.
29 juin 1982 : Assassinat d’Antonino Burrafato, policier italien et sergent adjoint en poste à la prison de Cavallacci à Termini Imerese. Il a froissé lors d’une altercation Leoluca Bagarella en prison. 4 hommes l’ont abattu.
3 septembre 1982 : massacre de la Via Carini, au cours duquel meurent le préfet de Palerme Carlo Alberto dalla Chiesa Nommé préfet de Palerme par le Conseil des ministres le 6 avril 1982, son épouse Emanuela Setti Carraro et l’agent d’escorte Domenico Russo.
Le maire de Palerme, Nello Martelucci dont les accointances mafieuses l’obligeront à la démission, l’accueille par un avertissement à la limite de la menace:
Parler de mafia, c’est vouloir criminaliser toute une population et le pouvoir politique qu’elle exprime démocratiquement, ce qui rend suspect celui qui sait quelles connivences se trament.
Le général Dalla Chiesa s’est plaint à plusieurs reprises du non-respect des engagements pris par le gouvernement et du manque de soutien de l’État. Il le paiera de sa vie.
14 novembre 1982 : assassinat de Calogero Zucchetto, policier abattu par deux « killers » à moto.
25 janvier 1983 : assassinat de Giangiacomo Ciaccio Montalto , magistrat italien, victime de Cosa Nostra. Procureur adjoint à Trapani, Ciaccio Montalto avait mené des enquêtes sur le clan Minore, impliqué dans le trafic d’héroïne et d’armes, la falsification de vin, la fraude communautaire et les marchés publics liés à la reconstruction de la région de Belice après le tremblement de terre de 1968. Il fut le premier à saisir le rôle central de la province de Trapani au sein de Cosa Nostra et l’un des premiers magistrats à appliquer le nouveau délit d’ association de malfaiteurs.
13 juin 1983 : Triple homicide de Mario D’Aleo, officier des carabiniers, ainsi que de ses collègues Giuseppe Bommarito et Pietro Morici . Les trois carabiniers, et en particulier le capitaine D’Aleo (qui avait succédé à Emanuele Basile , tué en 1980), enquêtaient sur les intérêts économiques du clan Brusca de San Giuseppe Jato allié aux Corleonesi.
29 juillet 1983 : massacre de la Via Pipitone Federico à Palerme, au cours duquel l’explosion d’une Fiat 126 tue le juge Rocco Chinnici, conseiller enquêteur du tribunal de Palerme, et créateur du pool antimafia où l’on s’échange les informations et les dossiers. Meurent aussi le maréchal des carabiniers Mario Trapassi, le caporal Salvatore Bartolotta (tous deux escortes) et le portier de l’immeuble Stefano Li Sacchi.
Le 5 janvier 1984, Giuseppe Fava, dit Pippo, écrivain, journaliste, dramaturge, essayiste et scénariste italien, est assassiné de 5 coups de feu dans une rue de Catane.Giuseppe Fava privilégie les enquêtes sur Cosa Nostra et son emprise tentaculaire dans la politique et les affaires, en particulier ceux des plus grandes firmes de construction de Catane, détenues par les quatre célèbres Cavalieri del lavoro (« Chevaliers du travail ») Carmelo Costanzo, Francesco Finocchiaro, Mario Rendo et Gaetano Graci. L’assassinat est un cadeau à titre gracieux du parrain Nitto Santapaola aux cavalieri.
1980 le cinéma italien en crise majeure
Le cinéma italien traverse une crise très grave de fréquentation des salles, mais aussi de création.
Les scénarios ne sont plus aussi flamboyant que dans les années 1960-1975. Les auteurs vieillissent, certains sont décédés, et la relève n’est pas assurée.
La télé de Berlusconi achèvera de ruiner le cinéma italien. Il y a donc beaucoup moins de films qui sortent chaque année dans les années 1980 (5 fois moins que dans les années 1970).
Giuseppe Ferrara revient avec un film hommage au Préfet Général Carlo Alberto Dalla Chiesa. « Cent jours à Palerme » (« Cento Giorni a Palermo« ) (1984). L’ouverture du film saisit d’effroit. Il s’agit d’une énumération par l’action des scènes de meurtres dans les rues de Palerme de Michele Reina, Piersanti Mattarella et Pio La Torre.
Le film a quelques faiblesses comme celle de ne pas mieux souligner les relations néfastes entre la DC et la mafia. D’autant que la DC étant au pouvoir et que la Sicile est un réservoir de voix et de sièges, Giulio Andreotti met toute son influence avec Salvo Lima, son relais DC en Sicile, pour que Dalla Chiesa ne puisse pas démanteler la mafia.
L’interprétation de l’acteur franco italien Lino Ventura est la plus value du film. La scène de l’assassinat est bien retranscrite. Comme les scènes d’ouverture, elles sont le témoignage que Ferrara est efficace dans les scènes d’action et beaucoup moins dans les scènes politiques et dramatiques.
1985 avec son film « Il pentito » Pasquale Squitieri évoque, en prenant la précaution de changer les noms mais aussi en inventant des situations, le cas Tommaso Buscetta. C’est le plus célèbre des repentis.
Le film de Pasquale Squitieri montre que les confidences de Buscetta au juge Falcone permettent de comprendre le fonctionnement rationnel et très hiérarchisé de Cosa Nostra et qu’il ne s’agit pas d’une hydre qu’ils pensaient plus anarchique. Buscetta décrit avec précision le fonctionnement de la commission (cupula) des familles mafieuses sur leur territoire et les donneurs d’ordre des tueries.
Le théorème de Buscetta accolé à des lois votées pour plus d’efficacité dans les inculpations permettent à Falcone et Borsellino de mettre en place le « maxi blitz » notamment la nuit du 28 au 29 septembre 1984. Près de 800 arrestations sur tout le territoire italien. Riina et Provenzano qui ont été prévenus se sont cachés et échappent au coup de filet.
Tony Musante interprète le rôle de Ragusa (Buscetta). Franco Nero du juge Falco (Falcone). La musique d’Ennio Morricone transcende le film par une mélodie nostalgique et pénétrante. On peut y déceler le déchirement du repenti.
Lina Wertmüller tourne « Camorra » (« Un complicato intrigo di donne, vicoli e delitti« ) (1986). L’intrigue se situe à Naples. Des femmes napolitaines « mères courages » (madri coraggio), face aux ravages de la drogue qui circule dans les rues et la violence qui découle du trafic, décident de dénoncer leurs enfant pour les soustraire de la rue et de la camorra.
Le film contient deux parties distinctes la seconde qui se noie dans des explications et des scènes d’hystéries étant moins réussie que la première qui expose les faits et se rapproche du style poliziottesco des années antérieures. Très belle distribution féminine avec un Harvey Keitel, posé là, comme un cheveu sur la soupe.
La musique de Tony Esposito, musicien napolitain, ouvert sur les rythmes africains est une véritable plus value pour le film.
Le Maxi Procès
Des mafieux liés à Buscetta et des membres de sa famille son éliminés en guise de représailles.
23 décembre 1984: massacre du Rapido 904, attentat à la bombe commandité par le parrain Giuseppe « Pippo » Calò perpétré dans le tunnel des Apennins, contre le convoi ferroviaire, en provenance de Naples et à destination de Milan. 16 morts et 266 blessés. pour tenter de détourner l’attention des juges, mais aussi pour faire pression sur l’Etat italien.
28 juillet 1985: assassinat du commissaire Beppe Montana
6 août 1985: assassinat du commissaire adjoint de police Ninni Cassarà
Le ministre de la Justice de l’époque, Mino Martinazzoli, ordonna la construction, à proximité de la prison d’Ucciardone, d’une vaste salle d’audience. Celle-ci fut achevée en seulement six mois et aussitôt surnommée « le bunker ».
Aucun président de la Cour d’assises ne semblait disposé à présider ce procès exceptionnel. Dix d’entre eux parvinrent à se désister. Le poste fut accepté par Alfonso Giordano professeur de droit privé à l’Université de Palerme. Il avait consacré l’essentiel de sa carrière au droit civil et non pénal.
Le maxi procès s’ouvre le 10 février 1986.
475 accusés. 200 avocats. 600 journalistes accrédités.
Les principaux accusés sont : Parmi les accusés présents figuraient Luciano Liggio, Pippo Calò, Bernardo Brusca, Salvatore Montalto, Leoluca Bagarella, Giuseppe Marchese, Giovanni Bontate et Michele Greco dit « Le pape » et chef de la commission.
Audience du 10 avril 1986 Les capi derrière leur cage décident de discréditer Tommaso Buscetta et de faire ainsi s’effondrer les accusations. La plupart s’inscrivent pour une confrontation avec le « traitre » Buscetta. Le premier Giuseppe « Pippo » Calò l’attaque frontalement faisant jouer les liens familiaux et d’amitié qui les liaient puis l’accusant de mensonges. Mais Buscetta réplique. A bout d’arguments, Calò l’accuse de mener une vie sexuelle indécente. Buscetta, piqué, répond que Calò est l’homme qui a assassiné son frère. Pire il l’accuse de l’assassinat d’un ami commun Giovanni Lallicata. Calò perd ses moyens et se retrouve accusé d’un assassinat qui ne figurait pas dans le dossier du procès. L’avocat de Calò met fin à la confrontation. C’est la débandade chez les mafieux. Plus un seul ne veut se confronter à Buscetta qui gagne seul face aux capi de Cosa Nostra.
Les audiences des 11 et 12 novembre 1986 se sont tenues dans une salle du Palais de Justice de Rome, où Giovanni Spadolini (ministre de la Défense), Virginio Rognoni (ministre de la Justice) et Giulio Andreotti (ministre des Affaires étrangères) ont été entendus comme témoins concernant le refus d’accorder des pouvoirs plus étendus au préfet de Palerme, Carlo Alberto dalla Chiesa en 1982.
22 mois de procès.
35 jours de délibération.
16 décembre 1987 : verdict.
2665 années de prison et 19 perpétuités.
Procès en Appel
25 septembre 1988: assassinat du juge Antonino Saetta par balles, pour l’empêcher de présider le maxi-procès en appel.
22 février 1989: ouverture du Maxi procès en appel
10 décembre 1990: verdict. Prononcé par le président Palmegiano, il fut une déception pour les enquêteurs et la plupart des médias, au point de susciter une vive controverse. Les peines furent considérablement réduites.
1576 années de prison et 12 perpétuités.
Le « théorème de Buscetta » n’a été reconnu que dans les meurtres de la guerre mafieuse, tandis que les membres de la « Coupole » ont été acquittés en ce qui concerne les « crimes d’excellence » de Chiesa , Giuliano , Zucchetto et le « massacre du périphérique ».
La cassation
Le risque, que redoutait Giovanni Falcone, était que ce maxi-procès soit confié à la première chambre de la Cour suprême, présidée par Corrado Carnevale, le juge habituellement affecté aux affaires de mafia et surnommé « amazza sentenze »(tueur de sentences) en raison du grand nombre de condamnations cassées, pour des vices de procédure mineurs, contrairement aux acquittements, systématiquement confirmés.
Giovanni Falcone, nommé directeur des affaires criminelles au ministère de la Justice, avait instauré une sorte de « suivi » des arrêts de la Cour de cassation. Ce suivi consistait à recenser les chambres de la Cour auxquelles étaient confiés les procès mafieux et à en consigner l’issue. Afin d’éviter toute controverse, le premier président de la Cour de cassation décida que les procès mafieux seraient attribués à tour de rôle à tous les présidents de chambre. Par conséquent, bien que, Carnevale ait œuvré longtemps dans l’ombre pour obtenir le maxi-procès, celui-ci fut attribué à la sixième chambre de la Cour, présidée par le juge Arnaldo Valente.
Le jugement, rendu le 30 janvier 1992, fut très sévère : toutes les peines furent confirmées, tandis que la majorité des acquittements prononcés en appel pour les meurtres de Giuliano, Dalla Chiesa, Giaccone et d’autres furent annulés et un nouveau procès ordonné pour les accusés. L’une des principales raisons était que la Cour, en accord avec les juges de première instance, considérait le « théorème de Buscetta » beaucoup plus pertinent que ne l’avaient estimé les juges de seconde instance.
Procès de renvoi
Le procès de renvoi se tint entre 1993 et 1995 devant la Cour d’assises d’appel, présidée par Rosario Gino : tous les accusés furent condamnés à la réclusion à perpétuité. Le résultat final de ce maxi-procès fut donc la confirmation et le caractère définitif de la quasi-totalité des lourdes peines prononcées en première instance : un coup dur pour Cosa Nostra.
Les conséquences funestes du Maxi Procès
La mafia comptait sur Salvo Lima et Giulio Andreotti pour confier la révision des sentences au juge Corrado Carnevale promesse hâtive de la part de deux hommes de la DC.
Salvo Lima, 64 ans, quitte sa villa de Mondello lorsque son véhicule est la cible de coups de feu tirés par un tueur sur une moto. Son chauffeur est obligé de s’arrêter brutalement un peu plus loin à cause du trafic. Lima se rue alors hors de la voiture et tente de fuir, mais l’assassin, descendu de la moto, lui tire dessus dans le dos, s’approche de lui pour l’achever d’une balle dans la nuque.
23 mai 1992: Giovanni Falcone et sa femme qui habitent Rome, rentrent à Palerme. Sur l’autoroute qui mène de l’aéroport à la ville, une explosion due à 500kg de TNT placés sous un conduit de drainage des eaux est ressenti comme un tremblement de terre par les instruments sismographes. La première voiture, fut frappée de plein fouet par l’explosion et projetée hors de la chaussée, dans une oliveraie située à plus de dix mètres, tuant sur le coup les agents Montinaro, Schifani et Dicillo. La deuxième voiture, conduite par le juge, ayant ralenti, percuta le mur de béton et de débris soudainement soulevé par l’explosion, projetant violemment Falcone et sa femme, qui ne portaient pas de ceinture de sécurité, contre le pare-brise. Tous deux meurent.
Le pays est en émoi et certains magistrats et hommes politiques qui critiquaient Giovanni Falcone et mettaient en doute sa probité pleurent le défunt. Quelques années plus tard la magistrate Ilda Boccassini dira :
Ni le pays, ni la justice, ni le pouvoir, quel que soit leur signe politique, n’ont su accepter les idées de Falcone de son vivant ; et, au lieu de les comprendre après sa mort, ils se les sont appropriées à pleines mains, les déformant au gré des circonstances. […] Nul homme n’a vu sa confiance et son amitié trahies avec autant de détermination et de malice. Et pourtant, les cathédrales et les conférences, année après année, sont toujours bondées d’« amis » qui, du vivant de Falcone, étaient peut-être les marionnettistes ou les victimes d’une indigne campagne de calomnies et d’insinuations dont il a été la cible.
Comme Dalla Chiesa, Falcone s’est retrouvé isolé, en butte à de nombreux détracteurs y compris dans les rangs de la magistrature qui lui reprochait un plan de carrière par la lutte contre la mafia.
Suite à la mort de Falcone, des discussions entre l’Etat et Salvatore « Toto » Riina sont évoqués. Paolo Borsellino trop proche du défunt Giovanni Falcone devient génant pour tout le monde.
19 juillet 1992: Paolo Borsellino se rendit avec son escorte via D’Amelio, où vivaient sa mère et sa sœur Rita. À 16 h 58, une Fiat 126 chargée de TNT , garée sous la maison de sa mère, explosa au passage du juge, tuant non seulement Borsellino, âgé de cinquante-deux ans, mais aussi les cinq agents de son escorte : Emanuela Loi, Agostino Catalano, Vincenzo Li Muli, Walter Eddie Cosina et Claudio Traina.
« Le maître de la camorra » (« Il camorrista« ) (1986) est le premier film du jeune Giuseppe Tornatore. Au scénario Massimo De Rita qui est un vétéran du film d’action. Le film montre l’ascension et la chute d’un chef de la camorra inspiré par la figure du fondateur et chef de la Nuova Camorra Organizzata, Raffaele Cutolo.
Le film a le bénéfice d’avoir Ben Gazzara prenant le premier rôle. Et le résultat final est très satisfaisant. Giuseppe Tornatore est parvenu à faire une oeuvre à portée d’un large public avec suffisamment de violences, de tensions et sans éléver le personnage principal au-dessus de sa condition d’assassin. Nicola Piovani illustre le film sur les canons de la musique mafieuse.
Le film peut cependant sembler « anachronique » étant donné qu’en ces années-ci c’est sur la Sicile que les regard sont tournés.
Francesco Rosi avec « Oublier Palerme » (« Dimencatire Palermo« ) vient filmer la ville alors que le Maxi procès est en cour d’appel. Et que la ville de Palerme est sous tension, bien que la violence se soit atténuée, sans être disparue.
Le film raconte l’histoire d’un politicien américain voulant être élu maire de New York mais en panne dans les sondages, qui fait un voyage de noce sur les terres de sa famille palermitaine. Avant de partir déclare que dans son programme il légaliserait les drogues, fléau des rues de la ville.
Avec sa femme il fait des visites touristiques et sa côte monte outre atlantique. Cosa Nostra ne peut tolérer que cet homme assèche ses profits. Il est compromis dans le meurtre d’un fleuriste et contraint de négocier avec Cosa Nostra.
Film étrange de Francesco Rosi qui met en exergue la puissance de la mafia sicilienne jusqu’à New York. Mais rien de bien nouveau. Si ce n’est le gâchis architectural de la ville de Palerme montré par la caméra de Rosi. Et la rencontre avec un aristocrate contraint à l’exil dans le prestigieux Grand Hotel Delle Palme par la mafia.
C’est elle qui décide des parcours de vie.
Casting américain pour les premiers rôles: James Belushi et Mimi Rogers. Avec aussi Vittorio Gassman et Philippe Noiret.
La musique très enlevée d’Ennio Morricone surprend. Mais la mélodie entre dans la tête immédiatement.
En 2008 Matteo Garrone sort le film choc « Gomorra« . Le film se déroule dans les banlieues déshéritées napolitaine de Scampia et Secondigliano. La camorra régit le quotidien de milliers d’habitants.
Le film déroule 4 histoires liées à l’emprise de la camorra sur la drogue, le traitement des déchets toxiques, le trafic d’armes, le recrutement de jeunes camorristes, la mainmise sur certains pans de l’industrie (notamment textile), et la distribution de l’argent sale dans les foyers ayant un homme en prison, ou un retraité de la camorra, ainsi que les guerres claniques qui secouent l’organisation.
Le film est un thriller mais aussi un constat social. Le constat de Roberto Saviano et Matteo Garrone est des plus attristants pour ces quartiers napolitains pourris jusqu’à la moelle physiquement (les immeubles construits à la fin des années 1960 tombent en ruine) et moralement (la jeunesse apprend à vivre avec la camorra, pour la camorra et meurt sans atteindre le plus souvent la vingtaine d’années, tuée par la drogue ou les balles).
Le film montre enfin l’imbrication de la camorra dans l’économie régionale et nationale, qui par l’intermédiaire d’entreprises blanchissent l’argent de la drogue. Ces entreprises se spécialisent pour certaines dans l’enfouissement de déchets à très bas coûts. Quitte à mélanger déchets toxiques et non toxiques et polluer le sol pour des siècles.
Cette « industrialisation » de l’organisation mafieuse napolitaine rend les poursuites judiciaires plus compliquées. Car elle implique des collusions plus ou moins volontaires avec des élus, des chefs d’entreprises et des établissements bancaires.
Les auteurs se rapprochent du film documentaire autant que possible. Ils choisissent de privilégier l’expression des langues régionales.
Le film critique aussi le rapport du cinéma américain avec la mafia. Ils débitent bêtement les dialogues du film « Scarface » (1983) de Brian de Palma en tirant à l’arme automatique.
Le film de Matteo Garrone est primé au festival de Cannes (Grand prix du jury) aux Golden Globes. Il reçoit 7 David di Donatello, 5 prix du cinéma européen…
Le succès est aussi public. Et amène les producteurs à en faire une série télévisée en 5 saisons de 2014 à 2021.
Stefano Sollima fils du grand réalisateur de filone Sergio Sollima, propose « Suburra » en 2015. Un film qui reprend vingt années de (1990-2010) de politique italienne, de relations affairistes malsaines et de proximité pernicieuse avec la mafia. Le scénario reprend des faits avérés d’autres non, les mélange et en ressort ce film efficace mais trop esthétisant.
Le cinéma de Stefano Sollima flirte avec le romantisme américain des mafieux. Ce qui sauve le film sur cet aspect, c’est la mort des mafiosi qui n’a rien d’héroïque, bien au contraire.
Un des auteur Giancarlo De Cataldo est juge à la cour d’assises de Rome. Il est l’auteur du roman « Romanzo criminale » qui deviendra un film célèbre tourné par Michele Placido.
« Suburra » (2015) sera un gros succès en salles mais sera beaucoup moins primé que son aîné « Gomorra » (2008) de Matteo Garrone. Cependant comme « Gomorra » il sera transposé à la télévision sous forme de série.
Honneurs aux héros
Giuseppe Ferrara célèbre la figure de « Giovanni Falcone » (1993). Mais aussi de Paolo Borsellino et du pool antimafia. Le film est fidèle au parcours des deux hommes. Il a pour unique but de célébrer les martyrs de l’antimafia. Il permet aussi de montrer à la fin du film un peuple sicilien en révolte contre la violence mafieuse et l’inaction de l’Etat.
Le style du réalisateur est efficace. Et le film dérange quelque peu. Il ne passera à la télévision qu’en 1996.
Beaucoup de films et de séries télévisées italiennes vont célébrer la geste des deux magistrats palermitains:
« Falcone contre Cosa Nostra » (« I giudici« ) (1999) de Ricky Tognazzi,
« Paolo Borsellino » (2004) de Gianluca Maria Tavalleri mini série télé,
« Giovanni Falcone – L’uomo che sfidò Cosa Nostra » (2006) d’Andrea et Antonio Frazzi,
« Corleone » (« Il capo dei capi« ) (2007) de Alexis Sweet et Enzo Monteleone,
« Paolo Borsellino – I 57 giorni« (2012), film télévisé d’Alberto Negrin
« Era d’estate » (2015) de Fiorella Infascelli. Le film montre l’exil temporaire des juges Falcone et Borsellino et leurs familles à Asinara au nord de la Sardaigne. sérieusement menacés par Cosa Nostra tandis qu’ils préparent le Maxi procès, le film montre la relation d’amitié entre les deux hommes et leurs doutes quant à la volonté de l’Etat de les écarter du Maxi procès.
Film solaire.
Dans sa comédie dramatique « La mafia tue seulement l’été » (« La mafia uccide solo d’estate« ) (2013) Pierfrancesco Diliberto rend aussi hommage aux différents héros de la guerre contre la mafia. Le protagoniste principal du film, grand fan de l’homme politique de la DC, Giulio Andreotti, croise les grands hommes de Palerme et les voit mourir. Le film frappe au coin des sentiments et met en opposition la quête d’un amour et tout ce que cela a de naïf, beau et innocent et la violence aveugle de la mafia.
« Le traître » (« Il traditore« ) (2019) de Marco Bellocchio retrace les relations « de travail » entre le repenti Tommaso Buscetta et le juge Giovanni Falcone. Le film aurait mérité d’être plus long. Il passe trop rapidement sur certains aspects. Cependant il a un grand retentissement national et international.
Le général Dalla Chiesa est aussi commémoré à la télévision dans une mini série « Général Dalla Chiesa« (2007) de Giorgio Capitani.
« Il nostro generale » 2023 de Lucio Pellegrini et Andrea Jublin.
En 2000 deux biographies de victimes de la mafia sortent au cinéma. « Placido Rizzotto » de Pasquale Scimeca.
« Les cent pas » (« I cento passi« ) de Marco Tullio Giordana sur le destin tragique de Giuseppe « Peppino » Impastato. Marco Tullio Giordana signe un film passionnant qui montre une famille complètement dysfonctionnelle parcequ’en relation avec la mafia. Seul Peppino se révolte contre Cosa Nostra. Il montre aussi que si la mafia décide de supprimer le turbulent journaliste, elle est génée aux entournures et met du temps à décider l’élimination du géneur.
Luigi Lo cascio est très bon dans le rôle de Peppino.
Le film se vend à l’étranger et permet de faire connaître le triste sort du jeune journaliste.
La même année, le réalisateur Ricky Tognazzi sort en salles « L’escorte » (« La scorta« ) (2000) le film se veut un hommage à toutes les escortes des personnages protégés par l’Etat en raison des menaces qui pèsent sur leur sécurité. Ici il s’agit d’un magistrat de Trapani.
Plus que l’enquête du magistrat ce sont les relations entre les jeunes qui forment l’escorte qui sont montrés. Le film est cependant basé sur des faits réels.
Claudio Fragasso et son « Palerme-Milan aller simple » (« Palermo Milano solo andata« ) (1996) sur un scénario totalement fantaisiste veut aussi célébrer la valeur et l’abnégation du personnel policier désigné pour faire escorte. Le film est plutôt maladroit et manque particulièrement de crédibilité.
En 2012 sort un téléfilm « Vi perdono ma inginocchiatevi » (2012) de Claudio Bonivento dont le sujet est l’escorte de Giovanni Falcone.
« Boris Giuliano – Un poliziotto a Palermo » (2016) de Ricky Tognazzi série télévisée rend hommage au policier assassiné.
Nous remarquons la perte de vitesse du cinéma italien au profit de la télévision qui est un média très puissant d’autant plus puissant que la santé du cinéma en Italie est précaire. Ce média offre la possibilité de s’attarder plus longuement sur les destins de ces hommes et de mieux appréhender des phénomènes compliqués comme ceux qui concernent la mafia sicilienne et aussi la politique italienne, les hommes politiques n’étant pas irréprochables.
Les soubresauts politiques
Giulio Andreotti qui faisait par l’intermédiaire de Salvo Lima du clientélisme pour la DC auprès de Cosa Nostra, voit le système politique et judiciaire se retourner contre lui.
L’assassinat de Salvo Lima (vengeance de Cosa Nostra suite au désastre des arrêts de la cour de cassation qui contredident les promesses) est un coup dur et la DC perd son influence en Sicile.
L’assassinat du juge Giovanni Falcone, coûte cher à Giulio Andreotti: grand favori pour prendre le siège de la présidence de la République, il perd en crédibilité, et en fréquentabilité. Il voit Pier Luigi Scalfaro lui souffler la présidence de la République.
L’année suivante il perd son immunité parlementaire pour partir sur 10 ans de procès sur ses liaisons avec la mafia.
Tommaso Buscetta, à la mort de Giovanni Falcone, décide de parler des rapports entre la DC et Cosa Nostra. Il met à jour les relations d’intérêt entre les deux entités.
Buscetta accuse aussi Andreotti d’être le commanditaire de l’assassinat du journaliste Carmine « Mimo »Pecorelli qui avait des relations au sein de la loge maçonnique P2 à l’origine de bien des scandales de la République italienne et du Vatican. Pecorelli aurait eu entre les mains les carnets de notes d’Aldo Moro au complet. Ceux-ci mettraient en difficulté Giulio Andreotti.
Il est donc convoqué à un second procès pour le meurtre du journaliste qui durera aussi 10 ans à Pérouse.
Le juge milanais Antonio Di Pietro lance l’opération « Mani pulite » (« mains propres ») qui lamine les partis politiques historiques (à part le parti communiste). La DC se dissout. Giulio Andreotti qui a 40 ans de vie politique à la DC, n’est plus une valeur sûre.
En 2008 Paolo Sorrentino tourne un film sur Andreotti « Il divo » (un de ses surnoms). L’interprétation de son acteur fétiche Toni Servillo sert merveilleusement le film. Le film retrace avec une certaine distance le parcours entre 1991 et 1993 de l’homme politique qui tenait le courant droitier de la DC. Les zones d’ombres de l’homme restent dans l’ombre voir s’obscurcissent encore plus. Paolo Sorrentino nous dit qu’Andreotti mourra avec tous les soupçons des horreurs de la première République italienne sur ses épaules voutées. Paolo Sorrentino dira :
Andreotti a réagi avec irritation, et c’est bon signe car il est généralement impassible face à tout. Cette réaction me rassure et confirme la force du cinéma par rapport aux autres outils critiques de la réalité.
Le flm est primé partout à l’étranger. Il reçoit un prix du jury à Cannes. 7 David di Donnatello. Meilleur scénario aux Golden Globes
Les méfaits de la mafia par les exemples individuels
Giuseppe Tornatore avec son film « Marchand de rêves » (« L’uomo delle stelle« ) (1995) évoque la mafia sicilienne au tout début du film au milieu et à la fin. Un escroc parcourt la Sicile avec sa caméra sans film pour faire des bouts d’essai en promettant à tout un chacun les possibilités de devenir une star du cinéma. En se lavant le visage au bord d’une rivière, il voit passer un cadavre, des paysans tout à côté ignorent le passage du mort. Omertà.
Puis Joe Morelli (ainsi se nomme l’escroc) est prié par la mafia de filmer le cadavre d’un « Don » rural entouré de la famille et des hommes de main qui forment le clan, sur fond de musique d’enterrement typiquement sicilien. Bien entendu il n’y a pas le moindre bout de film dans la caméra. Sous promesse d’envoyer les bobines à Rome pour les faire développer puis les remettre, il s’en va poursuivre la vente d’illusions de gloire aux siciliens.
Mai le voici rattrappé par la police et un juge, le convoi qui le mène au tribunal est intercepté par la mafia et Joe Morelli est « donné » à la vendetta mafieuse qui lui brise une jambe. Il restera boiteux.
Giuseppe Tornatore montre la puissance de la mafia qui arrache des griffes de la police et de la justice un homme qui l’a flouée, le temps de le massacrer, puis le rend dans un sale état aux représentants de l’Etat la vengeance accomplie.
Le cinéma italien après avoir été didactique et historiographe à propos de la mafia, se tourne vers la synecdoque en illustrant un cas unique avec pour but une dénonciation générale.
Ainsi « Les conséquences de l’amour » (« Le conseguenze dell’amore« ) (2004) de Paolo Sorentino en est un exemple. Le film nous montre la vie déshumanisée d’un comptable de la mafia qui n’attend rien plus rien, reclus depuis 8 années dans un hôtel de Lugano. Et c’est au moment où sa vie est à nouveau animée par l’amour qu’il va devoir donner sa vie à la mafia.
Paolo Sorrentino tourne autour de ce personnage dans sa prison dorée. Le film devient la représentation de l’omertà. Du silence, des portes fermées, de rares déambulations feutrées…
S’il y a bien une chose que le film ne suscite pas, c’est l’envie de travailler pour le crime organisé. Par l’exemple de ce morne comptable à la vie terne et au destin fatal. Difficile d’exciter les vocations.
Le film est présenté en compétition à Cannes, il est couronné par les David de Donatello : meilleur film, meilleur réalisateur pour Paolo Sorrentino, meilleur scénario décerné à Paolo Sorrentino, meilleur acteur dans un rôle principal pour Toni Servillo, meilleur directeur de la photographie.
En 2013 « Le comptable de la mafia » (« Angelo Bianco, il ragioniere della mafia« ) de Federico Rizzo reprend le personnage emblématique du de l’administrateur financier de la mafia qui n’a pas de sang sur les mains, mais cependant salies par l’argent qui provient des trafics, des extorsions, des vols, des appropriations illégales etc…
Pour ce film il ne s’agit pas de Cosa Nostra dont il est question mais de la ‘Ndranghetta.
Depuis Al Capone il est reconnu que c’est par les flux d’argent sales et les mouvements financiers que l’on parvient à démanteler la mafia et ses réseaux de sociétés « légales ». Le comptable est donc un maillon faible et redoutablement expert du système de corruption.
Le film est très peu connu. Et ne mérite pas de l’être plus que cela.
L’héroïsme face à la mafia peut aussi être un parcours individuel.
Ainsi Marco Tullio Giordana dans un film tourné pour la télévision italienne, rend hommage à Lea Garofalo tuée par la ‘Ndranghetta dans son film « Lea« . Le film raconte le terrible et véridique destin entre 1995 et 2011 de Lea et sa fille Denise qui ont fui la ‘Ndranghetta. Le frère de Lea et son mari Carlo font partie de la mafia calabraise et ne cessent de pourchasser les deux femmes en rupture avec la violence des hommes de leur famille et par conséquent, en perpétuelle fuite à travers l’Italie. Jusqu’à l’assassinat de Lea brûlée, démembrée et finalement écrasée à coups de pierre en 2009 dont des morceaux de son corps sont retrouvés des mois plus tard. Le procès de Carlo et ses complices en 2011 est exemplaire. Perpétuité pour tous.
Marco Tullio Giordana dit à propos du film et de Lea Garofalo:
Elle avait montré « Les cent pas« à sa fille , en lui disant qu’elle subirait le même sort : ce film était un point de repère. Cela me rappelle l’un des faits divers les plus horribles, un massacre tribal atroce venu d’un monde lointain.
Le directeur de la RAI qui produit le film ajoute:
Ce n’est pas seulement un téléfilm d’une rare puissance, c’est aussi une œuvre d’une grande valeur civique, voire une dénonciation. Un engagement qui est une priorité pour nous.
Le film est interpété par des actrices et acteurs très peu connus du public de façon à ce que l’identification des personnages soit immédiate et qu’il n’y ait aucune référence à un autre film à partir des interprètes.






















