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Synopsis

Claude Joséphine Rose Cardinale naît en 1938 à Tunis. D’une famille aux origines siciliennes émigrée en Tunisie sous protectorat français, elle est l’aînée de quatre enfants. Son père Francesco a refusé de prendre la nationalité française par patriotisme. Claudia conservera aussi la nationalité italienne.

Jeune fille agitée, garçon manqué, Claudia malgré les punitions qui lui pleuvent dessus s’oriente vers la carrière d’institutrice. Cependant elle rêve de cinéma. Tout le monde l’appelle C.C. en référence à B.B. (Brigitte Bardot) qui perce déjà en 1956 dans le film de Roger Vadim « Et Dieu… créa la femme » (1956).
Elle participe à deux tournages en Tunisie. « Les anneaux d’or » (1956) de Roger Vautier puis « Goha » (1959) de Jacques Baratier dans lequel tourne un inconnu : Omar Sharif. Ces deux films écument les festivals. Le premier à Berlin, le second à Cannes.

Mais c’est lors de la semaine du film italien que Claudia Cardinale remporte un inattendu prix de beauté. La récompense du prix est un voyage pour la Mostra de Venise. Elle se fait remarquer par sa beauté. Un producteur Salvatore Argento (père de Dario) lui conseille de prendre des cours d’art dramatique au Centro Sperimentale di Cinematografia (CSC) de Rome. Mais elle ne parle que le français et le sicilien. Et elle échoue après un trimestre.
Elle décide de rentrer en Tunisie et s’aperçoit qu’elle est enceinte. Claudia Cardinale évoquera bien plus tard avoir subi une agression sexuelle suite à une relation « terrible » avec un français de 10 ans son ainé.

Un producteur italien Franco Cristaldi parvient à faire signer Claudia Cardinale pour sa société Vides Cinematografica. Il s’engage à la préparer à devenir une grande actrice malgré son état de grossesse. Il prend en main son agenda.

Elle tourne en 1958 dans le premier chef d’oeuvre de la comédie à l’italienne « Le pigeon » (« I soliti ignoti« ) (1958) de Mario Monicelli avec Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Totò, Renato Salvatori et Carla Gravina. Le film lance l’actrice qui apparaît à la télévision et dans les journaux italiens.
Claudia Cardinale a la chance avec elle, elle apparaît sur les écrans alors que l’âge d’or du cinéma italien (1958-1975) débute.

Franco Cristaldi envoie à Londres Claudia Cardinale pour accoucher loin de l’Italie.
Le secret sera gardé 7 années. Elle tourne ensuite dans un film de Pietro Germi « Meurtre à l’italienne » (« Un maledetto imbroglio« ) (1959) avec Pietro Germi, Franco Fabrizi, Saro Urzi et Eleonora Rossi Drago.
Claudia Cardinale qui dit de son rôle que c’est celui qu’elle considère comme son véritable test en tant qu’actrice, est remarquée par la critique. Et notamment un certain Federico Fellini.

« Pietro Germi est le premier à m’avoir appris en quoi consiste le jeu d’acteur ».
« Il était à côté de moi, pendant le tournage du film, et m’expliquait, scène par scène, ce que cela signifiait, ce que je devais exprimer […]. Pour la première fois, avec Pietro Germi, je me suis sentie à l’aise devant la caméra, j’ai commencé à comprendre que je pouvais être en harmonie avec cet œil fixé sur moi […]. J’ai commencé à percevoir la caméra comme une amie, comme ma complice »

Elle enchaîne avec une suite au film « Le pigeon » (« I soliti ignoti« ). « Hold-up à la milanaise » (« Audace colpo dei soliti ignoti« ) (1959) de Nanni Loy. Le film est à nouveau un succès populaire en Italie.

Elle enchaîne par un film français tourné par un vétéran du cinéma français. « Austerlitz » (1960) d’Abel Gance.

Retour en Italie ou elle rencontre son premier réalisateur et esthète : pour Valerio Zurlini elle est « La fille à la valise » (« La ragazza con la valigia« ). Le troisième film de ce réalisateur est un chef d’oeuvre salué par le public et la critique. Le film est en compétition au Festival de Cannes. 

Autre cinéaste esthète : Mauro Bolognini. Elle est l’actrice principale du film « Le bel Antonio » (« Il bell’Antonio« ) (1960) avec Marcello Mastroianni. Le film est un grand succès international notamment parce que Marcello Mastroianni sex-symbole du cinéma italien joue un impuissant face à une beauté italienne. Il ne consomme pas son mariage affolant ainsi les familles. L’Italie est en émoi.

L’actrice éclate véritablement aux yeux des italiens dans le film aujourd’hui méconnu car oublié « Les dauphins » (« I delfini« ) de Francesco Maselli. Le film est un gros succès populaire. Méconnu en France.

Troisième esthète du 7ème art italien Luchino Visconti.
Elle interprète un second rôle dans un film qui obtient un grand succès international « Rocco et ses frères » (« Rocco e i suoi fratelli« ) (1960). Alain Delon avec le savoir faire du réalisateur transalpin explose.  Le film reçoit le prix du jury à la Mostra de Venise.

Elle tourne toujours pour Mauro Bolognini dans « Le mauvais chemin » ou « La viaccia » (1961) avec Jean-Paul Belmondo et Pietro Germi, Romolo Valli et Paul Frankeur. Elle joue une prostituée qui a une relation amoureuse avec le jeune Amerigo. Mais la société rejette cette union. Le rôle de prostituée, dans sa jeunesse puis mère maquerelle plus tard sera très récurrent dans la filmographie de l’actrice. Mauro Bolognini annonce ses futurs chefs d’oeuvre. Claudia Cardinale étoffe son aura internationale. Sa carrière va devenir fulgurante.

Après quoi elle inaugure une petite période française. Elle tourne pour Henri Verneuil un film mineur « Les lions sont lâchés » (1961) mis en dialogue par Michel Audiard.
L’année suivante sort « Cartouche » de Philippe de Broca film franco italien en costumes et de cape et épée en couleur. Elle retrouve Jean-Paul Belmondo. Ils forment un couple de cinéma inoubliable dans ce film. L’acteur français sensible aux charmes des actrices italiennes vivra une petite liaison sentimentale avec Claudia Cardinale. Mais Franco Cristaldi veille!
La fin du film somptueux et dramatique qui rompt avec le ton de comédie des deux tiers du film, marque les spectateurs.

Elle retrouve Mauro Bolognini pour « Quand la chair succombe » (« Senilità« ) (1962). Une fois encore le réalisateur prend fait et cause pour la prostituée. Il filme Claudia Cardinale comme un peintre peint une modèle. Claudia Cardinale ne tarit pas d’éloge sur ce grand réalisateur italien :

« Je considère Mauro Bolognini comme un grand réalisateur : un homme d’une rare sagesse professionnelle, d’un goût et d’une culture très sûrs, ainsi que, pour moi personnellement, un ami sensible et sincère »

Au tour de Federico Fellini à faire tourner l’actrice italienne la plus en vue en ce début des années 1960.rueducine.com-oscar1
« 8 1/2 » (« Otto e mezzo« ) narre les difficultés psychologiques d’un réalisateur dans son processus de créativité. Le film fait l’unanimité critique. Dans ce film Claudia Cardinale retrouve Marcello Mastroianni. Sont aussi présents Anouk Aimée, Sandra Milo, Barbara Steele, Rossella Falk, Madeleine Lebeau et Guido Alberti. Le film reçoit l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Tout en tournant le film de Fellini,  elle tourne enmême temps « Le guépard » (« Il gattopardo« ) (1963) de Luchino Visconti.
Ce film consacre définitivement Alain Delon et Claudia Cardinale. rueducine.com-palme-d-orLa somptuosité des images, le cadre historique, les costumes incroyables marquent le 7 ème art international. Au générique on trouve Burt Lancaster, Romollo Valli, Paolo Stoppa, Mario Girotti (futur Terence Hill), Romolo Valli, Giuliano Gemma, Ottavia Piccolo et Serge Reggiani. Le film reçoit la palme d’or à Cannes.

Claudia Cardinale résume ses relations avec les deux réalisateurs qu’elle voyait alternativement durant ces deux tournages :

« Luchino a fait et fera toujours partie de ma vie : il est dans mes pensées, mes souvenirs, mes rêves, mais je le retrouve encore plus concrètement, matériellement, dans le visage et le regard que j’ai aujourd’hui, dans mes mains […] Avec Federico, je n’ai tourné qu’un seul film. Il m’a fait me sentir le centre du monde : la plus belle, la plus « spéciale » de toutes, la plus importante. »

Elle enchaîne avec un autre succès dans la comédie « La panthère rose » (« The pink panther« ) (1963) de Blake Edwards. Le film fait pour David Niven et Claudia Cardinale devient de plus en plus le film fait pour Peter Sellers. Effectivement l’acteur montre une telle aptitude à la comédie et au slapstick finit par voler la vedette au fur et à mesure du tournage. Enorme succès en salles dans le monde.

Si l’on se retourne sur ces trois années 1961-1963 nous nous apercevons que l’actrice cumule les chefs d’oeuvre et les succès. Chapeau bas à Franco Cristaldi qui gère la carrière de l’actrice. Mais c’est au détriment de la vie intime de Claudia Cardinale qui souffre de ne pas pouvoir jouir d’une liberté sentimentale ou de déplacement.

Claudia Cardinale tourne l’avant dernier long métrage d’un grand cinéaste méconnu Antonio Pietrangeli « Le cocu magnifique » (« Il magnifico cornuto« ) (1964) avec Ugo Tognazzi.
Puis dans l’oubliable « Le plus grand cirque du monde » (« Circus world« ) (1964) d’Henry Hathaway elle rencontre John Wayne et a plusieurs scènes avec Rita Hayworth.

Elle renoue avec un très bon film italien « La ragazza » (« La ragazza di Bube« ) de Luigi Comencini. Avec George Chakiris.
Retour au noir et blanc pour une évocation des à-côtés de la grande geste de la résistance des partisans en Italie. Mais aussi un portrait d’une femme fidèle à un amour quitte à l’attendre plus de 10 ans avant de le retrouver. Et enfin une désillusion politique des communistes qui n’auront pas obtenu le pouvoir à l’issue de la guerre. Le film est célébré par la critique en Italie. Bien moins connu à l’étranger.

Claudia Cardinale dit de Luigi Comencini :

« Luigi Comencini est un autre de ceux qui m’ont comprise immédiatement, sans mots. Nous parlions très peu, même pendant les tournages : je n’ai pas besoin des mots du metteur en scène, j’ai besoin de me sentir comprise et aimée par lui. Et il m’a toujours aimée et comprise ».

En 1965 Luchino Visconti fait à nouveau appel à elle. Pour « Sandra » (« Vaghe stelle dell’orsa« ) film où l’inceste frère-soeur est le sujet principarueducine.com-lion-d-or-mostra-de-venisel. Ce n’est pas le film le plus célèbre du réalisateur italien. Le film reçoit le Lion d’or à la mostra de venise.

Claudia Cardinale part à Hollywood pour 3 ans et tourne « Les centurions » (« Lost command« ) (1966)  de Mark Robson avec Anthony Quinn, Alain Delon, Michèle Morgan et Maurice Ronet. Film de guerre sans intérêt.
Puis « Les professionnels » (« The professionnals« ) (1966) de Richard Brooks avec Burt Lancaster, Lee Marvin, Robert Ryan, Jack Palance et Woody Strode. Western désabusé et considéré comme un bon western. Mais elle y a un rôle peu développé.
Elle tourne enfin pour Alexander Mackendrick « Comment réussir en amour sans se fatiguer » (« Don’t make waves« ) (1967) une bluette avec Tony Curtis et Sharon Tate qui égrenne les poncifs de la vie en Californie du Sud.

De ses diverses expériences aux Etats-Unis Claudia Cardinale en retire ceci : 

« Mon avantage à Hollywood, c’est que l’initiative ne venait pas de moi, mais d’eux. C’était l’époque où ils invitaient toutes les actrices européennes ayant un certain succès, non pas tant par ouverture et générosité, mais plutôt parce que les Américains voulaient avoir le monopole des vedettes et, s’ils en voyaient ailleurs, ils essayaient de se les approprier tout de suite. La plupart du temps, en fait, ils vous détruisaient : vous alliez en Amérique, et vous reveniez sans rien ou personne. Je me suis défendue, par exemple en refusant résolument l’offre d’un contrat d’exclusivité avec Universal. J’ai signé à plusieurs reprises, pour des films individuels. Et en fin de compte, je m’en suis bien tirée »

Franco Cristaldi tente un coup de force en la rejoignant à Atlanta. Il a organisé une cérémonie de mariage pour elle et lui. Claudia Cardinale qui supporte de moins en moins la mainmise du producteur sur sa vie rechigne, puis accepte la cérémonie mais elle ne l’officialisera pas en Italie.

De retour en Italie elle tourne pour Franco Rossi dans la comédie « Une rose pour tous » (« Una rosa per tutti« ) (1967). Une femme refuse à son fiancé le mariage pour consacrer son amour à bien d’autres hommes.

rueducine.com-davide-di-donatelloEn 1968 Damiano Damiani fait tourner l’actrice pour son film antimafia « La mafia fait la loi » (« Il giorno della civetta« ). Damiano Damiani et Ugo Pirro adaptent un roman de Leonardo Sciascia. Le film raconte l’impossibilité de mener une enquête pour un policier face à la puissance de nuisance de la mafia. Claudia Cardinale y remporte le David di Donatello de la meilleure actrice.

La même année, Sergio Leone la convoque pour jouer dans « Il était une fois dans l’ouest » (« C’era una volta il west« ) chef d’oeuvre du western italien. Elle incarne une prostituée qui se rend dans l’Ouest pour vivre avec sa nouvelle famille et qui la trouve massacrée. Sur fond de pouvoir et d’enrichissement par l’arrivée du train dans les contrées encore sauvages, et sur fond de vengeance personnelle, 5 acteurs (Claudia Cardinale, Henry Fonda, Charles Bronson, Jason Robards et Gabriele Ferzetti) donnent le meilleur d’eux-même pour donner de la chair à un western hyper dilaté, opératique et violent qui reprend les codes du western classique pour mieux les tordre et en faire  autre chose que transcrire la légende sur pellicule. La musique d’Ennio Morricone sublime le tout.
Le rôle de Claudia Cardinale restera un des plus magnifique rôle féminin dans ce genre.
Le film est massacré par les studios américains qui le coupent dans tous les sens. Il sera un échec outre-atlantique. En France il cartonne ainsi qu’en Italie et dans le reste de l’Europe où il n’est pas charcuté.

« Sergio Leone était déjà un ami lorsqu’il m’a proposé de jouer le rôle de Jill dans Il était une fois dans l’Ouest. Pour me convaincre, il m’a invitée un jour chez lui et, sans scénario, m’a raconté son film plan par plan. Ça a duré huit heures ! »

Puis elle tourne « Les conspirateurs » (« Nell’anno del signore« ) (1969) de Luigi Magni. Elle y retrouve Nino Manfredi et Alberto Sordi. Ce film sur une conspiration durant le risorgimento bat tous les records de fréquentation de cette année et truste la première place au box-office. Film quasiment inconnu en France.

Claudia Cardinale achève sa décennie flamboyante par « La tente rouge » (« Красная палатка« ) (1969) de Mikhail Kalatozov qui raconte l’aventure du sauvetage de l’explorateur italien Umberto Nobile et son équipe dont le dirigeable s’est abîmé dans les glaces du pôle nord. Avec Sean Connery et Hardy Kruger.

Les années 1970 seront moins prolifiques en chefs d’oeuvre pour l’actrice mais elle parvient toujours à trouver des beaux rôles.rueducine.com-davide-di-donatello
Notamment dans le film « Bello, onesto emigrato Australia sposerebbe compaesana illibata » (1971) de Luigi Zampa une excellente comédie à l’italienne dite « de voyage ». C’est à dire qui concerne un ou des italiens hors de l’Italie. En vedette du film Alberto Sordi cherche une femme à épouser alors qu’il vit assez misérablement sur le plan pécuniaire et sentimental en Australie. Ce film inconnu en France permet à Claudia Cardinale de remporter son deuxième David di Donatello.

Sous la direction de Christian-Jacque, Claudia Cardinale va tourner avec le modèle de sa jeunesse : Brigitte Bardot. BB et CC font la une des journaux durant le tournage du western parodique « Les pétroleuses » (1971).
Hélas le film est loin d’être une réussite et frôle bien souvent le nanar malgré la plume de Daniel Boulanger au scénario. Cependant le film est un succès en salles. La mayonnaise médiatique ayant bien pris.

Elle enchaîne avec un film de José Giovanni où elle retrouve Jean-Paul Belmondo « La scoumoune » (1972). Un thriller qui se déroule dans les années 1930 en France. Mais le film sans sombrer complètement, ne se hisse pas parmi les grands films ni de Belmondo ni de Cardinale.

Pour le sulfureux Marco Ferreri, elle joue dans le film « L’audience » (« L’udienza« ) (1972). Elle interprète une prostituée qui aide un catholique à obtenir une audience avec le pape Paul VI. Enzo Jannaci tient le rôle principal avec aussi Ugo Tognazzi, Michel Piccoli, Vittorio Gassman et Alain Cuny. Ce n’est pas le film le plus connu du réalisateur.

L’année suivante elle tourne son dernier film avec Mauro Bolognini « Liberté, mon amour » (« Libera, amore mio« ) (1973).
Selon rueducine.com le plus beau rôle de la carrière de l’actrice.
Le film pour cause de blocage à sa sortie met 2 ans pour se retrouver en salles. Effectivement le sujet du film est la lutte d’une femme anarchiste contre le fascisme. Le film est considéré par le gouvernement et les distributeurs comme anti italien (plus qu’anti fasciste).
Le film dort dans des placards bloqué par le contexte politique. Une tension politique dûe aux années de plomb (1969 attentat de la piazza Fontana – 1980 attentat de la gare de Bologne) le retour d’une certaine nostalgie fasciste et la nostalgie d’un pouvoir autoritaire qui renaît en Italie. Cela étant dû à la stratégie de la tension mise en place par la CIA, l’OTAN et la loge maçonnique P2 ainsi que le réseau d’extrème droite Gladio pour fragiliser la démocratie italienne.

Elle tourne (sans être créditée au générique) aussi dans le film de Luchino Visconti, quasi paralysé suite à un accident vasculaire, « Violence et passion » (« Gruppo di famiglia in un interno« ) (1973) avec de nouveau Burt Lancaster, Anna Magnani, Romolo Valli et Helmut Berger. Le film montre à la fois une lutte des classes et des générations. La fin d’une vieille bourgeoisie italienne éclairée mais enfermée sur elle-même face à la montée du jeune fascisme exubérant, violent et bien plus vivant. Mais tellement dangereux.
8 jours avant le tournage, un attentat d’extrème droite, l’explosion d’une bombe à Brescia piazza della loggia, où une manifestation antifasciste avait lieu, fait 8 morts et 102 blessés. Un des bilan les plus lourd des années de plomb.
Le tournage est influencé par l’ambiance post attentat qui règne en Italie rendant le film plus oppressant dans son huis-clos.
Le film divise la critique. Il sera mieux reconnu après le décès du réalisateur. 

En 1974 Pasquale Squitieri la fait tourner dans son film « Lucia et les gouapes » (« I guappi« ). Claudia Cardinale n’a pas un très grand rôle coincée entre les acteurs Franco Nero et Fabio Testi. Le film écrit par Ugo Pirro montre l’emprise de la camorra sur la ville de Naples au XIXéme siècle.

En 1975 Claudia Cardinale s’émancipe de Franco Cristaldi et de sa boite de production Vides Cinematografica car elle rencontre le réalisateur Pasquale Squitieri dont elle tombe amoureuse.

« C’est eux [Vides Cinematografica NDLR] qui m’ont construite, lancée. Ils m’ont donné les couvertures des journaux du monde entier, mais ils m’ont enlevé ma liberté et ma vie personnelle. Pendant des années, je me suis sentie stupide, incapable. Il y avait toujours quelqu’un qui parlait à ma place, qui décidait pour moi ce que je devais faire, dire et penser »
« Je l’[Pasquale Squitieri NDLR] ai voulu à tout prix. J’ai su un jour qu’il était à New York, j’ai pris l’avion et, à l’aéroport JFK, j’ai appelé le seul numéro que j’avais, celui d’un de ses amis artistes. J’ai dit : « Je cherche Pasquale. » Il me répond : « Incroyable : il est à côté de moi. » Et il me le passe : « Claudia, pourquoi m’appelles-tu de Rome ? – Voyons ! Je suis à JFK. Viens me prendre ! » Et il est venu. Et nous avons passé vingt-sept ans ensemble. »
« Avec Pasquale, j’ai retrouvé une partie de ma vie que je n’avais pas vécue, à savoir toute mon adolescence, mon insouciance, tout ce qu’on m’avait empêché ou qu’on m’avait empêché de vivre »

Elle enchaine cette année deux comédies italiennes « Histoire d’aimer » (« A mezzanotte va la ronda del piacere« ) de Marcello Fondato et « Une blonde, une brune et une moto » (« Qui comincia l’avventura« ) dont le point commun est Monica Vitti en covedette Claudia Cardinale fait une dépression au sortir de ces deux tournages. Monica Vitti si charmante dans la vie se révélant insupportable sur les plateaux de tournage.

Quitter Franco Cristaldi aura un coût : 100 millions de lire à payer au fisc et deux ans d’inactivité professionnelle pour elle et Pour Pasquale Squitieri qui devient tricard auprès des autres producteurs qui n’osent pas contrarier Cristaldi et ne financent pas les projets du réalisateur.

Finalement elle tourne sur le film- série britannique télévisée « Jésus de Nazareth » (1977) de Franco Zeffirelli. Le film tourné en grande partie en Tunisie permet à l’actrice de se refaire une santé. Enorme succès en salles et à la télévision. Aujourd’hui quasi oublié.

Elle apparaît dans deux films de Pasquale Squitieri. « L’affaire Mori » (« Il prefetto di ferro« ) (1977). Le premier raconte la première campagne anti mafia sous Mussolini. On peut aussi le comprendre la mafia étant une affaire d’hommes.

Dans « Corleone » (1978) de Pasquale Squitieri elle a encore un rôle peu développé. Il s’agit pour le réalisateur de montrer l’ascension d’un mafieux qui fait énormément penser à Toto Riina. Peut-être voulait-il mettre en garde les italiens sur les capacités de nuisances futures de ce mafieux qui secoueront la Sicile. durant les années 1980 jusqu’à son arrestation en 1993.
Claudia Cardinale n’a pas un grand rôle. Mais elle semble s’en contenter.

« L’affaire Mori » et « Corleone » sont deux gros succès en salles. La musique d’Ennio Morricone sur ces deux films transcendent les images.

Pasquale Squitieri la fait tourner à nouveau dans un film sur la reflexion autour de la possession d’une arme à feu. « Homicide volontaire » (« L’arma« ) (1978) Claudia Cardinale est la femme d’un homme possédant une arme à feu et qui devient de plus en plus tourmenté en ayant conscience de la puissance destructrice de son arme. Ici le rôle de l’actrice italienne est important.
Les traumatismes des violences des années de plomb se situent dans le foyer même. Le film « Un jouet dangereux » (« Il giocattolo« ) (1979) de Giuliano Montaldo traitera du même sujet.
Pasquale Squitieri sera lui-même pris dans l’engrenage du port d’arme. Claudia Cardinale enceinte est poursuivie par les paparazzi de façon incessante, jusqu’à ce que son mari un jour, lassé et énervé sorte une arme et menace les journalistes.

Elle achève les années 1970 sur un film britannique de guerre signé George Pan Cosmatos « Bons baisers d’Athènes » (« Escape to Athena« ) (1979). On y retrouve David Niven Roger Moore, Elliot Gould et Telly Savallas. Claudia Cardinale interprète une tenancière de bordel qui aide des prisonniers de guerre à attaquer un monastère qui renferme des trésors archéologiques et des missiles. Film Oubliable

Elle entame les années 1980 avec « La peau » (« La pelle« ) (1981) de Liliana Cavani qui montre les exactions des militaires américains dans la ville de Naples en 1943. Au générique de nouveau Burt Lancaster et Marcello Mastroianni. Claudia Cardinale qui a un rôle secondaire reçoit dans cette catégorie le Nastro d’argento décerné par la critique italienne.

Elle poursuit avec « Fitzcarraldo » (1982) de Werner Herzog où elle interprète une mère maquerelle. Le film raconte une histoire folle interprétée par un acteur malsain et odieux (Klaus Kinski) que des figurants veulent assassiner « gratuitement » et tourné par un réalisateur jusqu’auboutiste. Claudia Cardinale parvient à tirer les marrons du feu dans cette entreprise extravagante et éreintante. Le film reçoit à Cannes le prix de la mise en scène.

« Tout nous est arrivé sur ce plateau […] Chaque jour, nous nous demandions si nous allions pouvoir tourner » ; « plus qu’un film […] une sorte de lutte pour survivre […] une lutte contre la chaleur terrifiante, contre les mille difficultés que nous rencontrions pour tourner dans cet endroit hors du commun ».

Claudia Cardinale se fourvoie dans la comédie qui se voudrait érotique (mais pas trop car il faut faire venir le public familial en salles) de Michel Lang « Le cadeau » (1981). Elle a pour partenaire Pierre Mondy et la très à la mode Clio Goldsmith.

Nous la retrouvons dans un film franco canadien d’aventures signé José Giovanni avec Lino Ventura et Bernard Giraudeau. « Le ruffian » (1982) apporte une musique d’Ennio Morricone qui marque le spectateur plus que le film. Le début du film commence comme un thriller costaud puis sombre mollement. Claudia Cardinale joue une gérante de bar qui finance une chasse au trésor.

Elle tourne à nouveau pour Pasquale Squitieri dans « Claretta » (1984) qui retrace la vie mouvementée et tragique de la maîtresse de Benito Mussolini Clara Petacci. Claudia Cardinale reçoit un nastro d’argento et un Golden Globe. Le film est inconnu en France.rueducine.com-golden-globe

En 1985 elle est dans le film de Nadine Trintignant « L’été prochain » avec Philippe Noiret, Fanny Ardant et Jean-Louis Trintignant et Marie Trintignant. Histoire de trois couples dans un chalet de montagne.

Elle se vieillit pour Luigi Comencini dans « La storia » (1986) coproduction germano-hispano-franco-italienne qui raconte une chronique autour d’une femme balloté par les évènements de la guerre et les errements de son fils aîné. Le film a deux version une pour le cinéma (135 minutes) et une pour la télévision (240 minutes).

En 1987 elle tourne pour Diane Kurys dans « Un homme amoureux« . Et en 1989 pour Denis Amar dans « Hiver 54, l’abbé Pierre« .

La carrière de Claudia Cardinale se poursuit au cinéma dans des seconds rôles voir des apparitions. Elle fait un peu de théâtre dans les années entre 2000 et 2007. Elle fait un retour sur sa carrière par ses mots :

« Je continue à travailler, ça me fait 142 films maintenant. D’habitude, quand on est vieux, on ne travaille plus, mais je continue à travailler, ce qui est bien… J’ai eu beaucoup de chance parce que j’ai eu beaucoup de réalisateurs fantastiques avec moi, Fellini, Visconti, Blake Edwards, beaucoup, beaucoup…

Elle s’est installée en France définitivement. Elle a quitté Pasquale Squitieri. Elle tourne jusqu’en 2022.

Claudia Cardinale meurt le 23 septembre 2025.q

 

 

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