POLIZIOTTESCO (LE) -genre-
- Adolfo Celi, Enrico Maria Salerno, Fabio Testi, Franco Nero, Gastone Moschin, Gian Maria Volonté, Henry Sylva, James Mason, Luc Merenda, Mario Adorf, Martin Balsam, Maurizio Merli, Raymond Pellegrin, Richard Conte, Tomàs Miliàn
- Bruno Corbucci, Carlo Lizzani, Enzo G. Castellari, Fernando Di Leo, Marino Girolami, Massimo Dallamano, Sergio Martino, Sergio Sollima, Stelvio Massi, Umberto Lenzi
- Mafia, Policier, Poliziottesco
- 1966-1980
- Italie, France
- Carlo Lizzani, Ernesto Gastaldi, Fernando Di Leo, Luciano Vincenzoni, Massimo Dallamano, Sergio Donati, Sergio Martino
- Armando Trovajoli, Ennio Morricone, Franco Micalizzi, Goblin, Guido & Maurizio de Angelis, Luis Enriquez Bacalov, Riz Ortolani, Stelvio Cipriani
Synopsis
Le poliziottesco (pluriel poliziotteschi), appelé aussi « poliziesco all’italiana » est un genre (filone en italien) cinématographique italien qui est né au milieu des années 1960 et mort au début des années 1980.
Genre éminemment urbain et violent qui colle à l’actualité italienne, à savoir le traumatisme des années de plomb qui frappe (souvent aveuglément) les citoyens italiens.
Les films n’ont pas une esthétique léchée comme le giallo mais plutôt proche du documentaire. Les images dans les rues des villes italiennes semblent prises sur le vif. Le mouvement des personnages et des caméras est un des aspects fondamental du genre. Les films collent aux faits divers très violents qui durant une grosse décennie (1969-1981) vont martyriser le pays.
Sur le fond les auteurs mettent en évidence les manques de moyens de la police face aux violences multiples (politiques, mafieuses, crapuleuses). Parfois un policier et un juge parviennent à s’entendre pour un cas particulier, alors que le poliziottesco a plutôt tendance à opposer les deux institutions.
Le poliziottesco se distingue du giallo parcequ’il est plus instinctif dans sa façon de filmer. Le poliziottesco se filme souvent caméra à l’épaule. Il a un rythme plus soutenu, et moins esthétisant que le giallo. Les plans sont beaucoup plus posés, la photo bien plus contrastée; et si la violence est présente dans les deux genres, dans le le giallo elle est plus érotisée, plus esthétisée, voire même graphique. Le meurtier commet ses meurtres avec une caméra objective. Les assassinats sont effectués avec une montée du suspens assez longue. Le poliziottesco voit sa violence surgir et de façon extrêmement brève atteindre son paroxysme. Souvent l’enquête du giallo est effectuée par un amateur. Les musiques du poliziottesco sont inspirés de la musique funk, tandis que celle du giallo est plutôt dissonnante.
Enfin le giallo peut-être perçu comme une sublimation esthétique de la violence des années de plomb, tandis que le poliziottesco se veut plutôt une retranscription réaliste, parfois avec un message politique plutôt de droite (dénonciation de l’insécurité), voire d’extrême droite (une police impuissante adossée à une justice laxiste et par conséquent la nécessité d’un pouvoir politique renforcé et de libertés individuelles rognées).
Les spécialistes du genre s’accordent sur la naissance du genre avec le film « Lutring… réveille-toi et meurs » (« Svegliati e uccidi« ) (1966) de Carlo Lizzani. Puis le genre s’installe pour de bon avec « Bandits à Milan » (« Banditi a Milano« ) (1968) toujours de Carlo Lizzani.
Mais c’est le film « Le témoin à abattre » (« La polizia incrimina, la legge assolve« ) (1972) d’Enzo G. Castellari qui devient le mètre étalon du genre. Ce film est influencé par des films américains comme « L’inspecteur Harry » (« Dirty Harry« ) (1971) de Don Siegel et « French Connection » (1971) de William Friedkin. Il installe définitivement les codes du genre. Enzo G. Castellari privilégiera la forme au fond dans sa filmographie.
Un des grands auteurs du poliziottesco outre Carlo Lizzani est Fernando Di Leo (1932-2003) qui tourne une trilogie autour de la mafia: « Milan Calibre 9 » (« Milano calibra 9« ) (1972), « Passeport pour deux tueurs » (« La mala ordina« ) (1972), « Il boss » (« Le boss« ) (1973). Il fera des films plus accès sur les personnages de flics « Salut les pourris » (« Il poliziotto è marcio« ) (1973) « Colère noire » (« La città sconvolta: caccia spietata ai rapinatori« ). Fernando Di Leo qui ne versera pas dans le poliziottesco protofasciste n’hésite pas à introduire la politique dans ses films. Quitte parfois à sacrifier le rythme des films.
Plus tard le genre s’inspire de films comme « Serpico » (1973) de Sidney Lumet ou « Un justicier dans la ville » (« Death wish« ) (1974) de Michael Winner, comme « Un citoyen se rebelle » (« Il cittadino si ribella« ) (1974) d’Enzo G. Castellari.
Mais il dialogue aussi avec les films de la blaxploitation américains. qui apparaissent au tout début des années 1970. Poliziottesco et blaxploitation règnent sur la série B.
Mais le poliziottesco influence de la même façon le cinéma français. Des films comme « Sans mobile apparent » (1971) de Philippe Labro ou « Peur sur la ville » (1975) d’Henri Verneuil qui sont des coproductions franco italiennes transpirent le poliziottesco et le giallo.
Des acteurs étrangers (américains et français) viennent volontiers jouer dans ce genre typiquement italien.
Le cascadeur Remy Julienne et sa team sont souvent appelés pour gérer les cascades de ces films.
Le poliziottesco envoie des signaux plutôt de gauche à ses débuts, mais très vite il devient un genre marqué par l’idéologie ultra réactionnaire. Il devient un éxutoire face à l’incapacité de l’Etat italien à juguler les multiples violences (criminelles, mafieuses, politiques, terroristes) qui secouent le pays.
A savoir un flic qui doit sortir des contingences imposées par la société et sa hiérarchie pour se lancer dans une sorte de vengeance plus que dans une enquête policière.
Une photographie des années de plomb vues et souvent subies par les policiers. L’impuissance de la police qui se voit souvent contredite par la justice.
La solution proposée est donc un flic hors des clous qui devient en même temps policier, juge et bourreau. Quand ce n’est pas le citoyen qui se fait lui-même justice « Un citoyen se rebelle » (« Il cittadino si ribella« ) (1974) d’Enzo G. Castellari.
Le représentant du courant réactionnaire (voire néo-fasciste) du genre est l’acteur Maurizio Merli (1940-1989). Il sera la figure incontournable du genre, au milieu et fin des années 1970. Par trois fois il interprètera le commissaire Berti qui préfère sa justice à celle de la société dans « Rome violente » « Roma violenta » (1975) de Marino Girolami « S.O.S. Jaguar : Opération casseurs » (« Napoli violenta« ) (1976) d’Umberto Lenzi et « Brigade spéciale en action » (« Italia a mano armata« ) (1976) de Marino Girolami. Mais l’essentiel de sa filmographie poliziottesque renvoie à ce type d’idéologie.
D’autres acteurs ont connu des moments de gloire dans ce genre typiquement italien. Par exemple Franco Nero « Le témoin à abattre » (« La polizia incrimina, la legge assolve« ) (1973) et « Un citoyen se rebelle » (« Il cittadino si ribella« ) (1974) tous deux d’Enzo G. Castellari .
Ou l’acteur cubain Tomàs Miliàn (1933-2017) qui tourne dans des films policiers sérieux et joue indifféremment les flics « Les féroces » (« Liberi, armati e pericolosi« ) (1976) de Romolo Guerrieri ou les ordures « Brigade spéciale » (« Roma a mano armata« ) d’Umberto Lenzi.
Il accompagnera la chute du filone dans des parodies de films policiers avec la série des « squadra » à la fin des années 1970 puis de la série des « delitto » au début des années 1980 tous signés Bruno Corbucci.
D’excellents musiciens illustrent le poliziottesco.
Parmi eux :
Ennio Morricone qui en faisant peu de films de ce genre compose néanmoins des musiques extraordinaires comme « La rançon de la peur » (« Milano odia: la polizia non puo sparare« ) (1974) d’Umberto Lenzi,
Luis Enriquez Bacalov et « Milan Calibre 9 » (« Milano calibra 9« ) de Fernando Di Leo,
ou encore le plus volubile du genre, Stelvio Cipriani « Société anonyme anticrime » (« La polizia ringrazia« ) (1971), « Le grand kidnapping » (« La polizia sta a guardare« ) (1973), « La lame infernale » (« La polizia chiede aiuto« ) (1974), « La polizia ha le mani legate » (1975).
Franco Micalizzi avec son groove funk-jazz illustre les opus signés Umberto Lenzi : « Il giustiziere sfida la città » (1975), « Brigade spéciale » (« Roma a mano armata« ) (1976), « S.O.S jaguar : Opération casseurs » (« Napoli violenta« ) (1976), « Le cynique, l’infâme, le violent » (« Il cinico, l’infame, il violento« ) (1977), « Échec au gang » (« La banda del Gobbo« ) (1978)
Le genre poliziottesco meurt au début des années 1980 comme est mort le western italien dix ans plus tôt. Le genre s’essouffle usé jusqu’à la corde à force de productions hasardeuses, peu ambitieuses et sans investissements financiers. Il s’éteint car il manque un, deux ou trois véritables auteurs du genre. Un ou des maîtres absolus qui aient tourné des films chefs d’oeuvre qui auraient servi de modèle.
Il meurt du fait des scénarios écrits au kilomètre tournés par des réalisateurs interchangeables par des acteurs (mis à part une poignée) tout aussin interchangeables, et débités sur les écrans des cinémas au plus vite dans un souci plus monétaire qu’artistique. Et malgré une surenchère dans la violence et dans le spectacle notamment les courses poursuites dans les rues des villes italiennes, les salles de cinéma sont peu à peu désertées par un public lassé.
Il meurt aussi en parallèle à l’extinction des années de plomb qui s’achèvent avec l’attentat de la gare de Bologne en août 1980.